"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 24 mai 2010

Orthographe, mère des arts, des armes et des lois…

J’apprécie d’ordinaire et souvent beaucoup les billets d’humeur publiés par XP sur ILYS. Et voilà qu’il nous sort hier soir un papier ("conférence" que j’ose espérer pour lui écrite dans un contexte un peu alcoolisé derrière sa cravate ) Bref, je réagis, je m’insurge…

Il dénonce à juste titre les conséquences délétères d’un système débile et mortifère mais il se trompe carrément (et dangereusement) de cible. Je lis notamment :
"L’orthographe est du reste une saloperie (…) Les pays occidentaux ont fait de… et du culte de l’orthographe en particulier une espèce de religion totémique (…) La démence sur laquelle repose ce culte de l’orthographe apparaît d’autant mieux qu’il existe aujourd’hui des ordinateurs munis de correcteurs. (…) la nation aurait à gagner à … plutôt que de leur apprendre une orthographe que leurs ordinateurs savent déjà"

L’orthographe est un outil. Faut-il supprimer l’outil pour supprimer l’usage que l’on en a fait ? Plutôt que de supporter de voir une brochette de connards incultes fréquenter la rue d’Ulm, retournons donc au Néant-derthal… La pensée a sécrété les maîtres du soupçon, Marx, Freud, Sartre, etc. Et forcément ensuite Auschwitz, Katyn, Pol-Pot, etc. Et aussi Bourdieu, la Gay-Pride, la repentance, etc. Supprimons la pensée !

Au commencement était le Verbe, au commencement de l’Homme. Cette bestiole étrange a d’abord besoin de se parler dans sa tête. Déjà, pour se comprendre elle-même dans sa tête, elle a besoin d’ordonner rigoureusement ses idées et ensuite d’exprimer ce qu’elle pense avec un outil verbal de médiation qui, non seulement soit audible, non seulement soit grossièrement compréhensible par l’autre, mais qui permette à cet autre de saisir (le moins mal possible) le sens (à peu près) exact de ce que veut exprimer le locuteur. C’est ça ou c’est la barbarie, "sola barbaria" (il y déjà suffisamment d’occasions d’y plonger sans la rendre exclusive et définitive…)

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, disait l‘autre…. XP nous parle des correcteurs d’orthographe (bien pratiques) mais ils sont dans les ordinateurs, pas dans les têtes. Et ces dernières ont besoin d’apprentissage, il le dit d’ailleurs implicitement et c’est vrai dans tous les domaines, pas seulement littéraires. Mozart a commencé par s’exercer en faisant des heures de gammes abrutissantes sur son piano. Après deux générations à calculettes, les caissières ne savent plus faire une addition à la main. Et les copies de math de nos collégiens se retrouvent truffées de résultats faux, non par erreur du raisonnement mais par dérapage du doigt pour placer la virgule sur la machine. D’où erreur grossière d’ordre de grandeur qui saute aux yeux de simple bon sens mais échappe au pauvre gosse à qui on a voulu épargner l’apprentissage pénible du calcul mental.
Revenons à notre indispensable correcteur d’orthographe. Il vous propose sentencieusement une alternative argumentée (parfois, il est vrai orthographiquement plus correcte) ponctuée par un appel à cliquer impérativement sur remplacer. Et bien souvent ça dégrade l’intensité, voire change carrément le sens de ce que vous avez voulu dire. Que fait celui qui s’en remet à la machine ? Il remplace
Le robot à sa place, celle du domestique. Celui qui n’a pas avalé (et digéré) le minimum de carburant nécessaire pour faire tourner son esprit critique est dépendant du robot et devient lui-même tout doucement robot (zombie, mort-vivant quoi ! )
Prenez un logiciel de traduction automatisée. Convertissez "la chair est triste…" dans une langue que vous ne connaissez pas. Puis faites l’opération inverse. Vous obtenez quoi ?
-"la viande est de mauvaise qualité"…

"L’exclusion" dont on nous saoule, ce qui nous sépare en mondes inconciliables au lieu de nous unir, c’est un peu aussi l’orthographe du texto : disparition des nuances et des temps, pénurie miséreuse de mots. Les échanges onomatopéiques gentillets, ça ne marche que dans les BD de Rahan…

Toute langue évolue et doit évoluer pour rester véhiculaire de compréhension et de signification commune dans un espace donné. Je n’ai rien contre une simplification-actualisation des règles de l’orthographe. Supprimer une foule d’exceptions à la con (chou, genou…) d’incohérences de genre, d’accords de participe passé, homogénéiser des pluriels (s ou x…), s’exonérer de références à des racines originelles devenues inintelligibles au commun (orthographe, ôt pour ost, etc.) etc. Pourquoi pas ?

Le savoir n’est rien sans la culture. Non, il n’est alors pas rien. Le savoir est pire quand il se résume à un enseignement magistral hors sol reçu à la fois sans effort et en traînant les pieds. La culture et l’apprentissage au sens large, évidemment ; incluant dès le plus jeune âge un travail productif, une participation non ludique aux besoins prosaïques de la communauté.

Pointer l’absurdité de l’E.N. et les tares de son clergé, flinguer l’égalitarisme et les pédagogistes, c’est nécessaire. Mais toujours penser à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

5 commentaires:

  1. "Sans technique un don n'est rien qu'une sale manie" chantait tonton Georges.

    Coach Berny

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  2. Sans compter que, pour installer des correcteurs d'orthographe (à peu près inutiles, du reste), il faut bien que des gens sachent encore l'orthographe, non ?

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  3. Monsieur Goux, votre bon sens confine au "réactionnarisme" le plus virulent, voire nauséabond des puanteurs des heures les plus sombres etc...

    Popeye

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  4. Il est toujours bon de prendre la défense de l'orthographe française. Merci donc.

    Et comme vous le relevez, ce n'est pas parce qu'il existe de petites machines à calculer que cela doit nous dispenser d'apprendre nos tables de multiplication...

    D'ailleurs, n'a-t-on jamais songé à supprimer l'enseignement des maths dans les écoles? C'est pourtant un terrible outil de sélection...

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