"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mercredi 21 juillet 2010

Le sac Vuitton, signe extérieur de pauvreté

Je ne "descends" plus que rarement sur la Côte d’Azur. Seulement par obligation et c’est de plus en plus rare. J’ai là-bas trop de nostalgie de tant de jeunes années que je ne m’y reconnais plus…
Bon. Je profite de ma flemme estivale pour vous donner à lire le billet d’humeur publié le 9 juillet dernier par Nicolas Bonnal sur
Liberté Politique. D’autant que la ligne éditoriale de ce site que je recommande ne nous a pas accoutumé à ce genre de prose :
_____________________________________________

On a connu des temps meilleurs, comme tout le monde : mais telles sont les années 2010, après Bush ou Blair, avec Lula ou les Chinois, les différents krachs si bienvenus pour Goldman Sachs & consorts ; elles dessinent un destin profondément lamentable, dont même les plus repus de stupidité socialiste ou capitaliste se rendent compte maintenant.
De quoi veux-je parler ? Oui, de la Côte d'usure, qu'on appelait jadis Côte d'azur. C'était un endroit pour riches, naturellement, et pourquoi pas, ils avaient de la domesticité, comme le remarquait Lénine, mais, depuis le passage à l'euro, c'est devenu un endroit invivable pour les autres, les pauvres, et les prix y sont devenus, comme à Paris, tellement invraisemblables, de 5 à 100 000 euros le mètre carré, que la vie y est devenue comme impossible.

Et l'on se retrouve comme dans la grotte du Cyclope, avec personne précisément, en attendant d'être mangés tout cru lors du retour de l'huissier ou du proprio. Les riches y ont acheté leur baraque à quarante millions, au cap d'Antibes, au cap Roux, au cap Ferrat, où jamais ils ne viennent, les pauvres, les autres, pardon, fuient ; quand ils ont un peu de raison. C'est un peu comme du Descartes : je pense, donc je fuis. Il n'est plus temps de rester. On y erre parfois vraiment dans l'ère du vide, comme disait ce bon Lipovetsky. À ces tarifs en effet, on y fait le vide, sur la nouvelle côte d'Adam, d'où ne viendra pas la prochaine Eve.

Il reste quelques gens. Mais sur la Côte d'usure, au moins entre Cannes et Menton, plus personne ou presque n'a de voiture personnelle ; tout le monde y crève de faim, monte donc dans les bus, dans les trains, quand ils ne sont pas en grève ou hors de prix, et rêve de se loger dans plus de vingt mètres carrés, quand ils n'ont pas été achetés à temps, c'est-à-dire à temps, vraiment, avant les années Volcker ou les années rigueur, avant l'euro, entre autres.

Quand on n'a pas de place, il est difficile de se reproduire, ou même de penser aux sentiments. Quand la vie est trop chère, il faut aller voir ailleurs. Quand le mètre carré vaut un an de SMIC ou huit mois de bac+5 (puisque c'est à ce prix que l'on estime le DEA, si l'on estime le footeux insulteur et fainéant à six millions d'euros), il devient difficile de fonder un foyer et d'avoir des enfants, à moins de se les refiler, comme le font les innombrables familles recomposées.

Un Signe

C'est ainsi que l'on voit plein de jolies jeunes filles, et même un petit peu moins jeunes, puisque tout vieillit sur cette terre (même Mmes Binoche ou Marceau, fort célibataires, mais peu endurcies) et qui, se rendant compte de leur prolétarisation récente, qui ne fut donc pas celle de leurs parents, mais celle seule de leur génération, se désespérer, et se raccrocher à ce qu'elles peuvent avoir : un sac Vuitton, un chihuahua, un Blackberry.

Le reste est hors d'atteinte, sauf le pastis entre copines, qui est devenu d'usage sur la Côte d'usure. La programmation cybernétique de la société postmoderne, décidée sous Nixon ou Pompidou, a ainsi porté ses fruits : on est désexualisé, on ne conteste pas, on est pauvre, et on fait profil bas. Et qui en profite ? Pas Nietzsche, pas Lénine, pas Sorel, non : on ne citera pas de noms, les people les plus riches de l'Hexagonie.

Alors on voit de splendides sirènes monter dans des bus bondés avec leurs attributs nouveaux, crème machin, colifichet : si je ne peux me payer un mètre carré, du moins pourrais-je, moi qui vis dans une chambre de bonne ou chez mes parents, me payer un Signe. Et ce signe, c'est le sac Vuitton. On reconnaît une pauvre à son sac Vuitton.

Le luxe n'est plus ce qu'il fut : il est aujourd'hui symbole de prolétarisation, signe de désespoir, symbole d'une civilisation terminale, où les anciens princes charmants, hommes désexualisés n'ont plus rien à apporter aux femmes ni l'inverse.

Pendant trente ans, nous avons eu des rêveries richissimes, comme aurait dit Baudelaire. Aujourd'hui, la société bat de l'aile. Bernard Arnault n'a cependant pas de soucis à se faire : les pauvres de son Nouveau Monde ne voudront pas d'un nouveau petit Livre Rouge, ils voudront d'un de ses sacs. À quand un chat botté, qui défiera ceux qui ne se rallient pas à un sac Vuitton, mais à un panache blanc ?

1 commentaire:

  1. Bien vu...
    Par opposition, j'ai connu une vieille bique aristocrate, qui - combe du luxe ! - donnait de libre cours à sa radinerie maladive à mesure que l'âge venait. Aujourd'hui c'est une véritable clocharde : vous pouvez la croiser ramassant des fruits pourris sur le marché en traînant ses pieds nus dans des tennis troués... Puis elle rentre dans son gigantesque appartement du 17ème. Elle est propriétaire de plusieurs immeubles à Paris !

    RépondreSupprimer