"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

dimanche 30 octobre 2011

Champignac en Euroland…








« … cet endettement, véritable épine dans le pied de notre croissance, lui coupant les bras en étranglant la consommation ! Repoussant d’une oreille sereine les objections de certains, nous avons hardiment tranché la question et décidé d’amputer !

ainsi l’Européen, poursuivant son droit chemin, tourne délibérément ses pas vers l’avenir, car il sait que l’interculturel, le durable et le festif sont les deux mamelles qui sèment les cinq fruits et légumes dont il abreuve ses enfants ! »


S’cuses, je n’ai pas pu m’en empêcher ! Mais ce n’est pas vraiment la récré…


Donc, oyant les propos de notre Président l’autre soir, j’ai retenu trois bribes :

- "On a évité l’événement de crédit",

- "L'euro continue à reposer sur des fondamentaux solides."

- "Nous faisons confiance à la Grèce, nous n'avons pas le choix"


- L’événement de crédit est pour moi une novation sémantique qui ne cesse pas de me réjouir. En bon plouc de base j’avais fini par intégrer le concept de défaut plus con-fortable et stressifuge que faillite ou banqueroute… Mais c’était sûrement encore trop pour la délicate sensibilité des acurabas. Maintenant, quand on me dira qu’il y a un événement dans la pompe de ma machine à laver, le delco de ma bagnole… ou dans mes coronaires, je saurai ce que ça signifie…

- En revanche, apprenant que les fondamentaux de l’euro sont solides à dire d’expert, je ne sais plus quoi penser : Dois-je, en comparaison, me réjouir de la super-solidité des miens ? Ou dois-je m’inquiéter de la fiabilité des normes et anxieusement vérifier mes propres fondations ?

- Mais quand j’ai entendu pourquoi nous devions faire confiance à la Grèce, j’ai compris que rien n’était perdu… Sous la gueul.. langue de bois du décideur surgit encore parfois par inadvertance, fugacement, inconsciemment un peu du réel


Malgré cette dernière imperceptible et éphémère lueur, l’ensemble du propos ne pouvait, avouez-le, que m’inciter à m’en remettre au style fleuri de M. le maire de Champignac en Cambrousse dont les fondamentaux sont à l’évidence éternels…


Heureusement, le réel reste présent à des échelons plus modestes de la hiérarchie sociale. A cet égard et pour me rassurer, il y a eu dernièrement le bref discours d’inauguration prononcé par M. le maire de mon douar d’élection. Il tenait en deux phrases :


"C’est un grand jour pour nous car c’est la première tranche de la restructuration du centre du village. Et c’est la seule qu’on peut se payer pour l’instant."


Lui, je l’ai applaudi…

samedi 29 octobre 2011

Un Téléthon pour la Libye…

300 millions d’euros. C’est la facture officielle du coût pour la Frwance de son intervention en Libye. Coût "officiel"n’incluant sans doute que les coûts directs (les "consommables", munitions, carburants, ravitaillement, entretien, primes d’OPEX, etc., éventuellement la "casse"…) mais glissant sur les surcoûts d’amortissement, l’usure accélérée, ignorant probablement certaines "livraisons" non prévues par la résolution du Conseil de Sécurité, l’aide humanitaire, et d’évidents surcoûts induits par l’hôtellerie post-Lampedusa et Cie dans divers budgets tels que ceux de l’OFPRA, de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration, etc.


Bref, à la louche, disons 600 millions


19 millions de couillons redevables de l’impôt sur le revenu vont se montrer solidaires des 65 millions d’acurabas consommateurs présumés redevables de la TVA pour couvrir cette dépense humanitaire. Quel téléthon ! Quel élan de solidarité !


Grâce à nos efforts les trois millions de femmes libyennes seront enfin libérées des obscurantistes obligations imposées par l’horrible Kadhafi depuis 42 ans : être les plus alphabétisées du Maghreb, supporter la mixité scolaire avec les garçons jusqu’à 16 ans, être plus nombreuses qu’eux dans les universités, ne pas être obligées de se marier avant 20 ans, etc.

Et, surtout, elles seront enfin débarrassées du poids de ces lois scélérates :

- Celle qui les autorise à prendre l’initiative de demander le divorce,

- Celle qui les autorise à plaider la garde de la maison dans les procédures de divorce…


Tout cela pour un coût modique de 200 € par femme (4° âge et nourrissons compris)

Franchement, c’est peu payé ; nous aurions pu faire mieux !


Mais tout ça, ce n’est rien. N’oubliez pas d’aller lire le dernier billet hebdomadaire d’Aymeric Chauprade.

(j’insiste…)

jeudi 27 octobre 2011

OTAN pour moi – les affaires continuent…

Oups ! Notez ça, everyone, j’en tremble encore ! Il vient de m’arriver un truc pas possible. On m’aurait dit ça hier, je serais monté aux rideaux !


Figurez-vous que je viens de me surprendre en train d’approuver des quatre pattes le point de vue de… Fidel Castro !


Notre inoxydable lider maximó émérite, tant vénéré par la veuve noire Danielle Gouze mais pas si gâteux que ça, vient de commettre dans une revue officielle de son Bretzelburg bananier héréditaire et moisi un article que j’ai illico contresigné… Je vous en livre ci-après la substantifique moelle :


« L'OTAN est devenu un instrument de répression après que l'URSS, prétexte à la création de cette Alliance par les Etats-Unis, a cessé d'exister »

« Les objectifs criminels de l'Alliance se sont révélés en Serbie en 1999, lorsque les pays de cette funeste organisation ont dépêché leurs troupes pour soutenir les séparatistes kosovars »

Et, commentant les événements en Libye :

« Le leader déchu Mouammar Kadhafi a été grièvement blessé par l'un des chasseurs-bombardiers les plus performants de l'OTAN pour ensuite, capturé vivant, être tué par des gens armés par cette organisation militaire… »

Qu’ajouter d’autre ?


A quoi a servi l’OTAN depuis l’implosion de l’URSS ? Exclusivement, grâce à des campagnes de désinformation bien orchestrées, à impliquer la vieille Europe dans des opérations douteuses n’ayant pas d’autre finalité que de l’affaiblir afin qu’elle ne risque en aucun cas de devenir éventuellement (on peut rêver et j’y reviendrai) un pôle significatif de la nouvelle mondialisation

- De l’Irak, on retiendra les armes de destruction massives…et la vente à la découpe à divers clients locaux d’un Etat digne de ce nom, puissance régionale mais guère compréhensif

- Du Kosovo, on retiendra aussi la désinformation, la mise à genoux de nos cousins Serbes, nouveaux nazis, avec l’organisation préméditée et musclée de leur épuration ethnique au profit d’une principauté maffieuse plus malléable…

- De Libye, on retiendra encore la désinformation et, surtout, le détournement, sciemment prévu dès le départ, d’une mission de protection des populations civiles en alliance guerrière assumée avec une faction improbable aux méthodes aussi sanglantes que celles du méchant de la fable.

La preuve ultime en a été magistralement donnée par la fin de Kadhafi que j’ai trouvé particulièrement réjouissante :

Dans le cadre d’une mission de protection des populations civiles, des aéronefs de l’OTAN ont arrosé de missiles un convoi de véhicules légers, voire civils, ne présentant aucun danger apparent pour la population, n’effectuant manifestement pas une "sortie" offensive mais prenant la fuite, "désertant", un réduit encore tenu par les "hostiles"…

Il fallait donc bien tuer toute cette vermine, point barre… Et on va continuer, le CNT voulant que l'Otan reste jusqu'à la fin de l'année pour empêcher les derniers partisans de Kadhafi de fuir le pays. Ben voyons…


Quand je dis "on retiendra", en fait on ne retiendra rien du tout… Même si le mondial de rugby est passé, les problèmes financiers de l’Euro-zone suffiront amplement à faire la une et éviteront qu’on ne cause trop des suites de l’opération Protecteur unifié


Mais moi je retiendrai que j’aurais presque fait la bise – un abrazo - à Fidel !

mardi 25 octobre 2011

Soins palliatifs et Sainte Rita…

La laïcité a ceci de délétère qu’elle interdit à nos médecins "traitants" d’aller en toute humilité mettre un cierge à Sainte Rita et s’en remettre à sa bienveillante intercession. Ils ont tort….


Sainte Rita de Cascia, épouse et mère, veuve et religieuse augustine, avocate des causes impossibles et sainte patronne des cas désespérés. J’en sais quelque chose ; je lui dois mon bac en son temps….


Hier encore, donc, nos Diafoirus ont confirmé à la famille l’état quasi stationnaire du (des) malades(s) qui bénéficie(ent) de toutes leurs attentions en soins intensifs. La 19° version définitive du Plan d’assistance respiratoire sera élaborée lors de la prochaine visite des chefs de service demain, ou plus tard… Il n’y a pas le feu au lac, tout est sous contrôle


La porte battante s’est refermée sur les blouses blanches. Il n’y aura pas d’autre bulletin de santé aujourd’hui… Dans le couloir, les proches discutent en petits groupes à voix basses. Enfin, les proches… Les créanciers, les héritiers, les fournisseurs et les clients du malade, plutôt… Les autres ayant droits, on les voit par la fenêtre jouer dans la cour ; on ne leur a rien dit. C’est mieux comme ça…


Derrière la porte, la faculté souffle un peu. Une pause après toutes ces questions chiantes posées par la famille…

Mais bon, va falloir trouver autre chose. De ce murmure des conversations entre spécialistes, surnagent toujours par bribes les mêmes refrains : "la saignée !", "la diète", "alimentation par voie centrale", "il a quoi comme Sécu ?", "sa mutuelle paiera !", "c’est quoi sa mutuelle ?", "la saignée, je vous dis !"… "Bon, on leur dit quoi demain ?"


Bonne question… Pour les soins intensifs, on repassera. Il ne faut surtout pas leur dire, mais on ne prodigue plus depuis longtemps que des soins palliatifs, avec un souci, un seul souci : Pourvu que ça dure


Il y a bien sûr ce cancer mou inopérable avec toutes ses métastases diffuses (impuissance fiscale, corruption et népotisme à tous les niveaux d’organes, etc.) qui nécessiterait des doses de rayon trop fortes pour être supportées.

Quant à l’euro, cette énorme tumeur qui va emporter le malade et qu’un coup de scalpel suffirait à enlever, il n’est évidemment pas question d’y toucher. C’est contraire à toutes les doctrines depuis Hippocrate !

D’ailleurs, la liposuccion de l’excès de dettes, cette mesure d’accompagnement indispensable qui pouvait éventuellement permettre au malade de supporter les suites d’une telle ablation, elle a déjà était amorcée dans le seul espoir de retarder les effets du cancer mou… Simple transfert graisseux donc vers des sujets aujourd’hui présumés encore sains. Mais c’est toujours ça de gagné…


Car pour nos Diafoirus, la seule chose qui compte, c’est de gagner du temps, chacun en fonction de son propre agenda, de sa propre réputation auprès de sa clientèle.


Prenez le nôtre, par exemple (et pour ses collègues, Angela et les autres, c’est pareil) : Je l’imagine agenouillé avec son cierge devant la statue de Sainte Rita (1) Ça peut surprendre mais c’est, me semble-t-il, à peu près la seule chose raisonnable qui lui reste à faire. Que pourrait-il lui demander, nom de Dieu ?


- Sûrement que la Grèce tienne le coup encore au moins jusqu’en juin 2012 avant que ça pète…

- Sûrement aussi que la Libye attende encore au moins huit mois avant de sombrer dans l’anarchie sanglante des guerres tribales et de remettre son pétrole et son Salut entre les mains exclusives d’Erdogan et du Qatar…

- Etc.


Sainte Rita a du boulot….


(1) Pour la statue, il a le choix. Il y en a suffisamment à Paris. Mais plutôt que celles-là ou celle de la chapelle de l’Annonciation du Vieux-Nice à qui je dois mon bac, ce serait peut-être pour lui plus approprié par les temps qui courent d’aller prier devant celle très kitch et Saint-Sulpice qui trône avec son nom calligraphié en arabe à droite en entrant dans la cathédrale melkite d’Alep (du moins si le "printemps syrien" ne l’a pas déjà réduite en graviers…)

lundi 24 octobre 2011

Du naturel et des bienfaits du progrès…

Sourions un peu. Aujourd’hui, ce sera récré… En rédigeant mon précédent billet, m’avait traversé l’esprit le souvenir d’un papier trouvé par un de mes fils, je ne sais où et il y a fort longtemps. Il nous avait bien amusé (je dis nous, donc aussi Mme Plouc et nos aînés…) Je savais l’avoir copié-collé et le retrouvant dans un fonds d’archives je vous le livre tel quel :


Chef d’œuvre social.


L'homme est une roseau pensant disait Pascal. Il aurait été bien inspiré d'ajouter un roseau "généralement" pensant, car tout aussi éperdu d’absolu que soit l'homme, il arrive parfois que sa basse condition de mammifère s'exprimant de façon relativement primitive prenne le pas sur ses plus hautes aspirations.


Car bien qu'il lui répugne fort de l'admettre l'homme est un animal appartenant à l'espèce des mammifères. Surtout la femme d'ailleurs, et lorsque celle-ci pousse la complaisance envers cette appartenance jusqu'à un petit quatre-vingt quinze bonnet C, l'homme se dit alors en lui-même que le monde est rudement bien fait et qu'il aurait été plutôt vexé d'appartenir à une espèce moins prodigue en signes extérieurs de féminité. De ce point de vue l'homme ne se serait pas très bien vu en lamellibranche encore qu'il lui arrive fréquemment de se comporter en mollusque.


En vertu de sa condition animale l'homme n'échappe pas à une préoccupation qui tracasse à intervalle régulier les mâles de toutes les espèces confondues : la quête de la femelle. En ce qui concerne l'homme, la civilisation aidant, ce qui n'était qu'une simple formalité empreinte d'une convivialité dépourvue de simagrées s'est transformée en un rituel compliqué fait d'une infinité de règles emplies d'un ésotérisme qui ravirait le cabaliste le plus fervent.


Certains représentants déviants de l'espèce ayant trouvé dans ce rituel un sens à leur existence lui consacrent l'essentiel de leur temps et de leurs efforts. Les autres regrettent l'époque heureuse où une grande claque sur l'épaule de la femelle, agrémentée d'un grognement tendre et mélodieux, suffisait à faire comprendre à celle-ci la nature du tourment spirituel qui vous empoignait à ce moment précis. Soit celle-ci faisait preuve de bonne volonté et, par une posture adéquate, montrait qu'il était permis d'entrer séance tenante dans le vif du sujet, soit manifestait une indifférence que des caresses préliminaires à grands coups de fémur de mammouth transformaient en adhésion bruyante.


Quelles que soient les dispositions de la femelle le tout ne prenait pas plus de trois minutes à la grande joie d'au moins un des participants. Il arrivait parfois qu'il faille se munir d'une massue pour aller convaincre un autre mâle sournoisement accapareur quant à l'utilité de la mise en commun de précieuses ressources naturelles, mais ce n'était toutefois qu'un avatar qui ne remettait pas en cause l'existence d'un système fonctionnant à la satisfaction générale. Un système dans lequel il n'était nullement besoin d'obtenir l'autorisation de la femelle pour parvenir à ses fins. L'âge d'or quoi.

De nos jours l'assentiment de la femelle est un préalable nécessaire, ce qui se révèle généralement malaisé car la femelle en question est rarement convaincue du bien-fondé de vos prétentions. Et même si le but ultime n'a pas changé dans sa roborative simplicité, les prémisses en sont devenus tellement compliqués que l'on se demande parfois si dans certains cas relevant plus de l'hygiène corporelle que de l'élévation spirituelle, le recours à des palliatifs manuels, pour honteux qu'ils soient, ne se justifierait pas. Comme on le voit le progrès n'est pas toujours porteur de simplification et trahit quelquefois les espoirs que l’on aurait pu mettre en lui.


Pour accomplir son destin de mâle l'homme est muni d'organes dont la laideur affligeante est très largement compensée par une excellente adéquation au but visé. C'est la moindre des choses me direz-vous, certes mais cela n'est pas toujours aussi évident, tout le monde a vu au moins une fois dans sa vie un quidam pourvu d'une tête hideuse au cerveau plein de synapses en court-circuit en faisant quelque chose de parfaitement inutilisable, la nature n'est pas toujours aussi rigoureuse qu'elle se devrait de l'être. On doit pouvoir trouver d'autres exemples d'inadéquation foncière. Si le cœur vous en dit.


L'homme est donc muni d'un appareillage comportant deux boules plus ou moins volumineuses appelées testicules, complétées d'une plomberie compliquée et au détail pas vraiment passionnant chargée de produire une liquide aussi blanchâtre que gluant, vaguement répugnant en un mot, appelé sperme, le tout enfermé dans une enveloppe cutanée ou scrotum surmonté d'un appendice nommé pénis, tout cela abondamment recouvert d'une pilosité dont le soyeux évoque plus facilement le tapis-brosse pur fibres de coco que le vison. L'homme tire de son pénis une fierté dont l'ampleur est directement fonction de la taille de celui-ci, on dit de l'homme qu'il a des joies simples.

Il semblerait selon des milieux autorisés, et ce malgré qu'elle s'en défende ardemment, que la femme ne serait pas aussi indifférente à la taille de l'outillage que ses discours sur les qualités du partenaire idéal pourraient le laisser croire. On peut toutefois légitimement soupçonner les milieux dits autorisés d'une certaine perfidie car il est bien évident qu'intelligence, culture et sens de l'humour, toutes qualités fort prisées dans les dîners en ville sont indispensables en toutes situations, notamment durant les exercices qui font parfois suite à ces mêmes dîners.


Lorsque la pression exercée par le sperme accumulé dans ses testicules devient trop forte, l'homme est alors pris d'une envie aussi irrésistible que généreuse de faire partager ce surplus liquide à une personne favorablement disposée. On dit alors de l'homme qu'il devient romantique. C'est à ce moment précis que commencent les désagréments. C'est le début d'un itinéraire auprès duquel un parcours du combattant type stage commando pour troupe d'élite particulièrement féroce passerait pour une promenade de grabataire.

Jeter son dévolu sur une représentante décemment comestible du sexe opposé avec qui partager un trop-plein de spiritualité en échanges enrichissants n'est pas en soi une difficulté car la femme est abondante en quantité comme en qualité sous nos latitudes, le problème étant d'obtenir en retour de l'élue un intérêt, même vague. Les échecs seront nombreux la quête sera longue et semée d'embûches mais lorsque vous arriverez enfin à susciter cette étincelle d'intérêt sans laquelle rien n'est possible il ne faudra pas pour autant vous croire arrivé au bout de vos peines. La femme est naturellement madrée, elle ne se fait aucune illusion sur le but que vous poursuivez et va vous faire payer chèrement le prix d'une reddition dont elle a déjà décidé du moment opportun.

L'homme tout à sa transe amoureuse va alors se lancer dans une succession de rites qui ne sont pas sans rappeler la parade amoureuse du dindon, offrant des fleurs ou des bijoux là où le gallinacé glougloute, les plumes de la queue en éventail, allant dans les cas les plus graves jusqu'à écrire des poèmes. Le dindon est généralement moins ridicule.

Cette période de gestation amoureuse peut durer relativement longtemps à la grande joie de commerçants comblés au nombre desquels on peut compter sans hésiter les fleuristes les bijoutiers et les restaurateurs prospérant en véritables parasites de la séduction. Et un beau jour quand elle jugera les étapes nécessaires dûment franchies la femme fera comprendre au moyens de signaux infiniment subtils qu'elle enverra à son partenaire qu'enfin elle consent et que ce soir sera LE soir où pourra s'accomplir enfin le rituel tant attendu, le soir où l'homme va exprimer en trois ou quatre minutes dans le délire de sens en fusion tout un potentiel jusque là injustement bridé.

Il l'aura attendu ce moment où arc-bouté au dessus de sa conquête, se trémoussant spasmodiquement avec dans les yeux juste ce qu'il faut de révulsé pour évoquer la plus belle tête de veau à l'étal d'un tripier il pourra enfin expulser dans un grand cri de bûcheron ce surplus de sentiment qui lui gonflait le cœur. Puis avant de s'abattre sur le dos comme un grand chêne foudroyé, en poussant un énorme soupir de ravissement juste avant de plonger dans un profond sommeil, l'homme prendra le temps de s'enquérir du bien-être de sa compagne au moyen de cette phrase toute en délicatesse et beauté " Alors, heureuse ? ". Car l'homme n'est pas égoïste…

samedi 22 octobre 2011

Il y a zéro mec dans votre panier…

En traînassant je ne sais plus où, je suis tombé sur le lien vers un site présumé de rencontres dont voici la charmante bannière : avec dans le coin supérieur droit le cartouche classique chez Price Minister, La Fnac ou Ikéa : "il y a 0 mec dans votre panier"…Il y a des fiches produits et tout et tout. Et même une mini revue de presse à la gloire du site avec ce conseil du Monde, le quotidien de révérence : "C’est en baguenaudant sur ce genre de site que l’on hume l’air du temps."

Humons… Il est vrai que, la civilisation aidant, la chose a bien changé depuis ces temps obscurs où la femelle se portait naturellement vers l’homo erectus le plus brutalement dégourdi dans le maniement du fémur de mammouth… C’est ce qu’on appelle le progrès et Darwin n’y est pour rien. Et le progrès ne cesse de nous émerveiller car il modifie les critères mainstream suscitant les affinités électives à une vitesse tellement accélérée qu’il nous en donne à voir plusieurs stades sur une seule génération….


Stade 1 - J’ai repensé à un excellent billet de l’ami Vertumne disparu des écrans radar (mais qui a eu la bonne idée de nous laisser ouverte la porte de sa boutique), billet qui mérite d’être lu (ou relu, j’insiste) sur ce qu’il appelle la tropicalisation de l’Europe. Son analyse du glissement progressif de l’archétype prince charmant du pourvoyeur européen vers le reproducteur "bogoss" africain est tout à fait pertinente. Mais son billet date d’il y a plus de deux ans et le progrès a encore frappé !


Stade 2 - Il y a au moins dix-huit mois, j’ai eu l’occasion de visionner (chez ILYS, je crois) une vidéo sidérante d’une vacuité sans nom montrant une foule de groupies agglutinées autour de Justin Bieber pour obtenir sa photo avec autographe…

A première vue, outre le fait qu’elle confirmait que plus aucun code social ne régule les pulsions hormonales infantiles, cette vidéo semblait bien illustrer le propos de Vertumne sur le bogoss, nouveau dominant.

Oui… et non. Car si l’idole de toutes ces petites hystériques devait bien avoir seize ans, il avait l’air tout lisse et encore prépubère… Ce qui semble donc désormais mobiliser le cerveau reptilien des futures reproductrices européennes est, certes, une addiction au bogoss, mais même plus au reproducteur, seulement à une image androgyne, lisse, asexué, incarnation d’un gender indifférencié et polyvalent…


Stade 3 – Aujourd’hui, la lecture de la presse spécialisée et des sites web dédiés, nous donne la fréquence des adjectifs utilisés pour identifier les cibles de la demande : Immatures, tendres, attentifs, charmants, à l'écoute, pleins d'humour et de fantaisie, délicieux, serviables… Bref, "the nice guy"… Les mâles doux, compagnons rêvés de femmes affirmées débordantes d'énergie… Le mec, mesdames, qui vous aide dans la gestion domestique, certes (normal), mais qui ne vous gonfle pas dans l’intimité en osant timidement vous faire part de ses désirs (notamment sexuels) ; qu’il se contente de répondre aux vôtres… Et, surtout, qu’il ne vous gonfle pas avec ses soucis au boulot ! La vie professionnelle est devenue atrocement cruelle et concurrentielle pour les mecs, et alors ? Qu’il en parle avec son psy….

Du coup, le mec qui veut garder sa meuf n’a qu’une idée : éviter les conflits. Et il gère sa relation avec elle comme il la gérait avec sa mère…


Stade 4 – On y arrive… Déjà l’adoption (et la mère porteuse pour les friqués) c’était devenu le top pour celles qui veulent être mère mais, bien que le pouvant, ne veulent pas se farcir neuf mois d’emmerdes avec un polichinelle dans le tiroir et supporter un accouchement… Maintenant, elles peuvent avoir les deux en un : Le mec et l’enfant qu’il est (re)devenu… Suffit d’aller se servir dans les rayons en épluchant les fiches produits. On paie à la caisse en sortant (euh, enfin, c’est à voir…)

C’est plus l’arche de Zoé, même pas l’arche des michés, c’est l’arche des poupées… Et des poupées-chiffons vu que le Kent de Barbie est d’un plastoc encore trop rugueux. Des doudous, quoi !

Ci-dessus, deux images par la même agence de pub pour le même client la même année. Elles illustrent bien que les communicants ont du mal à suivre la vitesse des évolutions : A gauche, exit le cow-boy Malboro en pleine action et à la barbe de deux jours, bienvenue à l’imberbe adulescent qui rêve en cocoonant… Mais à droite, ils n’ont pas encore osé ; l’idée est excellente, elle reflèterait parfaitement le réel, mais à un détail près : ils n’ont pas encore osé inverser les genres…


Stade n – On va y venir… Qu’en dire ? Simplement copier-coller ici les dernières lignes d’une de mes rares œuvres poétiques que j’ai consenti un jour à publier (rendre public…) :


Areuh du vieillard, infantilisme de l’adulte,
Lassitude de l’ado, alzeihmer du nouveau-né.

Retour au ballon rouge sur console Nitendo,

Et retour dans les couches, la tétine à la bouche.
Retour dans l’utérus. Et puis plus d’utérus…

Des ventres libérés remercions la Science.

Gloire au Gender parfait au sperme sans semence...

jeudi 20 octobre 2011

Les grands cimetières sous la thune – 2

Il y a tout juste un an, je publiais ici sous le même titre deux visions parallèles :

Le port de Hambourg et Le Mémorial de l’Holocauste à Berlin.


Avec pour légende :

"Importations matérielles - Implantations mémorielles"


Vous m’excuserez de vous les ressortir aujourd’hui complétées.

"Décérébrations culturelles"


C’est juste mon hommage du jour aux installations et aux performances de l’art contemporain…


PS : Manque juste les douches au Zyklon B et les fours au fond de l’allée. Encore un effort…

mercredi 19 octobre 2011

Quand le mensonge devient "devoir de mémoire"

Il y a des commémorations qu’on ne peut pas laisser passer sans rien dire. Avant-hier par exemple…


Que puis-je faire ? Guère plus que relayer ici et commenter un peu le billet publié hier sur son blog par Bernard Lugan :


Cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, par le biais d’une machination particulièrement bien orchestrée, policiers, gendarmes mobiles, CRS et Harkis engagés le 17 octobre 1961 à Paris dans une opération de maintien de l’ordre, sont devenus des agresseurs accusés d’avoir massacré 300 manifestants algériens, d’en avoir jeté des dizaines à la Seine et d’en avoir blessé 2300.

Tous les ans depuis 1991, ceux que le FLN désigne sous le nom de « Frères des Frères », organisent à grand renfort médiatique une cérémonie à la mémoire des « Martyrs Algériens » du 17 octobre 1961. Au mois d’octobre 2000, les « Frères des Frères » ont créé l’ « Association 1961 contre l’oubli ».

Cette année, la commémoration a pris un éclat particulier avec la présence du candidat socialiste aux futures élections présidentielles lequel a lancé une rose rouge à la Seine en mémoire des manifestants qui y auraient été noyés…

Or, contrairement à ce qui est affirmé par des médias dont l’inculture est à l’égal de l’esprit partisan, le 17 octobre 1961, il n’y eut pas de massacre d’Algériens à Paris.

Revenons aux faits. Nous sommes en pleine guerre d’Algérie et le FLN qui cherche à prendre le contrôle de la communauté algérienne vivant en France organise une manifestation surprise et clandestine devant converger vers la Place de la Concorde et l’Elysée afin de montrer sa force et pour peser sur les pourparlers de paix qui ont lieu à Evian.

Assaillis de toutes parts, les 1300 hommes des forces de l’ordre rassemblés en urgence, et non 7000 comme cela est toujours dit, firent preuve d’un grand sang-froid et d’un immense professionnalisme se traduisant par un bilan des pertes « modéré » dans de telles circonstances.

Contre les affirmations des complices du FLN et des auteurs militants, les archives de l’Institut Médico Légal de Paris, (la Morgue), sont pleines d’enseignements. Le Graphique des entrées de corps « N.A » (Nord-africains) par jour. Octobre 1961, nous apprend ainsi que du 1° au 30 octobre 1961, 90 corps de « NA » , Nord-africains selon la terminologie officielle de l’époque, sont entrés à l’Institut médico légal, la plupart étant d’ailleurs des victimes du FLN…

Le 17 octobre, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant massacre, l’Institut Médico Légal n’a enregistré aucune entrée de corps de « NA ». Et pour cause, le 17 octobre 1961, de 19h30 à 23 heures, une seule victime fut à déplorer dans le périmètre de la manifestation, et ce ne fut pas un Algérien, mais un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé et dont rien ne permet de dire que ce fut par la police. En dehors du périmètre de la manifestation « seuls » 2 morts furent à déplorer, Abdelkader Déroues tué par balle et retrouvé à Puteaux et Lamara Achenoune étranglé gisant dans une camionnette, également à Puteaux.

Certes, nous dit-on, mais les morts ont été déposés à la morgue les jours suivants. Or, et une fois encore, ce n’est pas ce qu’indiquent les archives de l’IML car, entre le 18 et le 21 octobre, seuls 4 cadavres de « NA » (Nord-africains) furent admis à la Morgue :

- le 18 octobre, Achour Belkacem tué par un policier invoquant la légitime défense et Abdelkader Benhamar mort dans un accident de la circulation à Colombes.

- le 20 octobre, Amar Malek tué par balles par un gendarme.

- le 21 octobre Ramdane Mehani, mort dans des circonstances inconnues.

Soit du 17 au 21 octobre, 7 morts, dont deux seulement peuvent être imputés aux forces de police. Nous voilà bien loin des 300 morts avancés par certains… Ces chiffres prennent toute leur signification si nous nous reportons au début du mois d’octobre. Ainsi, entre le 1er et le 3 octobre, 24 corps de « N.A » entrèrent à l’IML, victimes de la guerre inexpiable que le FLN menait contre ses opposants partisans de l’Algérie française ou du MNA de Messali Hadj. Pour mémoire, de janvier 1955 au 1er juillet 1962, les tueurs du FLN assassinèrent en France métropolitaine 6000 Algériens et en blessèrent 9000.

Pour mémoire encore, le 26 mars 1962, devant la Grande Poste de la rue d’Isly à Alger, les forces de l’ordre ne firent pas preuve de la même retenue que le 17 octobre à Paris quand elles ouvrirent directement le feu sur une foule de civils français non armés, faisant entre 70 et 80 morts et 150 blessés. Sur ces victimes, réelles celles-là, la mémoire sélective a jeté le voile de l’oubli.

Bernard Lugan

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On me rétorquera que B.Lugan est un partisan au regard sélectif…


A son billet, j’ajouterai d’abord deux précisions pour contextualiser comme dirait Tarik Ramadan :

- On retient à l’envie que la manif ne visait qu’à protester contre le couvre-feu imposé exclusivement aux N.A. par le Préfet Maurice Papon (oui, celui-là, vous m’avez compris…) On oublie trop que cette mesure visait surtout à freiner les assassinats répétés par le FLN des Algériens refusant sa tutelle.

- On oublie aussi que la Police était alors victime d’attentats quasi permanents de la part du FLN (47 tués, 140 blessés

au total cumulé) Les flics parisiens ne faisaient plus la distinction entre citoyens Nord-Africains et agents du FLN. S’en indigner aujourd’hui n’est qu’un ridicule anachronisme…


Les "victimes innocentes" directes ou indirectes de la répression policière du 17 octobre 1961 ont très probablement été supérieures à zéro… Mais si on se réfère au travail d’historien sérieux de Jean-Paul Brunet, ancien directeur du département d’Histoire de Normal Sup’, on arrive péniblement à évoquer, post 17/10, une grosse trentaine de décès [kolossal crime contre l’humanité dans un contexte de guerre de fait] dont une large majorité serait le fait du FLN. Je cite Brunet : «anciens harkis, militants du MNA, anciens combattants de l’armée française, "traîtres" divers : maris de métropolitaines, Algériens refusant de payer l’impôt mensuel au Front, rétifs à la loi coranique, ou faisant simplement appel aux tribunaux français pour régler un litige…»


Maintenant que François Hollande est allé jeter une rose dans la Seine qui n’en a rien à foutre, il n’est pas douteux qu’il se voit déjà Président de la République allant main dans la main avec Delanoë et le président du CFCM inaugurer en grande pompe un monument mémoriel élevé aux frais du contribuable. Et il y a des honnêtes fonctionnaires jouissant aujourd’hui de leur retraite qui auront du souci à se faire vue l’imprescriptibilité de certains crimes

mardi 18 octobre 2011

L’homonitaire, suprême critère de l’aide financière

Non, je ne parle pas de la Grèce...


Si vous ne respectez pas les droits des gays, on vous coupe l'aide financière ! Voilà en substance le message que le gouvernement de la Grande Bretagne adresse aux pays qui répriment l'homosexualité.


La menace a déjà été mise à exécution puisque le secrétaire d’État au développement international a privé le Malawi de 19 millions de livres (21,8 millions d'euros) d'aides. Deux homosexuels y avaient été condamnés à une lourde peine de travaux forcés. Les deux hommes ont finalement été libérés après les protestations de la Grande-Bretagne…


L'Ouganda et le Ghana, aux législations particulièrement homophobes, sont aussi visés par l'administration de David Cameron : Le gouvernement britannique a déjà menacé le Ghana de lui supprimer les 80 millions d'euros d'aide promises s'il ne mettait pas fin à la persécution contre les homosexuels.


J’attends de voir le devenir des aides promises au boxon libyen lorsque sa nouvelle législation démocratique sera codifiée (ce qui risque d’être long…) En Somalie, ce n’est pas un problème, la population s’en passera très bien…


Dites-lui bien au môme :

"- Tu vois garçon, si ton père s’était mis des plumes au cul, tu n’en serais pas là !"

Et ne vous gênez pas d’ajouter :

"- D’ailleurs, tu ne serais pas là pour nous faire chier…"


PS : Le cliché de la gay-pride, piqué chez Google-images, provient d’un site gay, amateur du "divin marquis", dont la bannière affiche le titre "Souverain en MON droit"

La photo illustre un billet dénonçant la position du Vatican et des rabbins ; billet intitulé "Ultime Holocauste"…

lundi 17 octobre 2011

Vernissage du garçon de bain…

Je m’en serais voulu de vous priver de ce souvenir de l’inauguration de la Biennale d’Art Contemporain de Lyon (thème de l’édition : "Une terrible beauté est née") par notre ministre de la Cul-ture, en charge notamment (reprenez votre respiration) de l’Architecture et du Patrimoine, des monuments historiques, des Archives de France, du Livre, de la Lecture et des bibliothèques, de la Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles, du spectacle vivant, des Musées de France, des Arts plastiques, de la langue française et des langues de France…(1)


Je me suis demandé s’il était arrivé en avance et qu'un manutentionnaire pris au saut du lit achevait encore fébrilement la mise en place…

A la réflexion, c’est peu probable. J’ai trop confiance dans les syndicats…

Il est donc plus que probable que celui qui, tel Sisyphe, s’épuise à charrier je ne sais quoi – et je suppose n’importe quoi – fait parti intégrante de l’installation

Bien que n’ayant pas une vue d’ensemble de la dite installation que je me suis bien gardé d’aller contempler, je suis intimement persuadé que notre homme est l’œuvre d’art plastique la plus achevée de l’ensemble…


(1) : Liste quasi exhaustive des raisons sociales des diverses directions et délégations du ministère…

dimanche 16 octobre 2011

Vu de Russie et de "l’entre-deux"…

Je lisais l’autre jour une tribune libre d’Hugo Natowicz, journaliste français vivant en Russie. Elle a été publiée sous le titre "la guerre inconnue" par le journal en ligne de RIA-Novosti.

L’envie m’a pris de la reproduire ici in-extenso :


Peu avant sa mort, l'ancien président français François Mitterrand s’est livré à une confession au caractère inhabituel, troublant. Au milieu des entretiens publiés dans le livre de Georges-Marc Benhamou "Le dernier Mitterrand", l'ex-chef de l’Etat glissait: "La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C'est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort".

Les observateurs se sont interrogés sur ces propos : M. Mitterrand divaguait-il, ou s'agissait-il de la vérité nue d’un homme ne se sentant plus lié par sa fonction présidentielle, l’éclair de lucidité d’un individu qui n'a de comptes à rendre à personne ? Pour quiconque a vécu en Russie et s'est imprégné des problématiques de cette partie du monde, à la fois européenne et extra-occidentale, la déclaration de l’ancien président a tout d’une évidence : cette guerre invisible fait désormais rage à l’est.

Cette tension, je ne la percevais pas tant que je vivais en France et en Espagne, deux pays largement intégrés au système économique, idéologique et militaire que les Etats-Unis ont apporté dans leurs valises à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Un système qui englobe ce que les Russes appellent l’« Occident »: une somme de nations fondues au sein d’un même paradigme économico-politique. Observateur de l'actualité russe depuis plusieurs années, il me semble que le leitmotiv des relations entre la Russie et l'Occident, c'est ce rapport de force constant qui sous-tend les relations dans tous les domaines, rythmé par les efforts américains visant à faire plier Moscou à l'aide de "condamnations" et de sanctions diverses [
l’auteur fait là un renvoi à quelques exemples récents passés chez nous inaperçus].

Il faut franchir les frontières orientales de l’Union européenne, et aller dans les pays en transition, pour ressentir la violence latente qui accompagne l’extension du système de valeurs promu par l’Occident. La première fois que j’ai pris conscience du choc, et perçu ce qu’était la culture occidentale de l’extérieur, c’était en 2006 en Ukraine, un pays où les tensions avec la Russie avaient pris une dimension particulièrement palpable. J’étais venu pour refaire mon visa, et je fus choqué par l’omniprésence visuelle des femmes dénudées diffusées en boucle sur les écrans suspendus à l’intérieur même des rames de métro, et des publicités aguicheuses qui ponctuaient les escalators, les rues, le moindre espace libre. Pourtant aguerri, je me suis dit littéralement : « En France on n’irait quand même pas jusque là ! » Il y avait en effet dans ce déballage publicitaire quelque chose de particulièrement agressif, débridé, un peu comme si une bataille se déroulait sous mes yeux. Je me souviens aussi de la frénésie qui régnait dans les nombreux McDonalds, et de ce passant qui avait refusé de me répondre en russe. Ce fut un spectacle à la fois imperceptible et impressionnant. En France ou en Espagne pas de problème, j’étais chez moi ; en Russie, ou je vivais depuis quelques mois, je commençais à m’acclimater. Ici, je me sentais littéralement pris dans un entre-deux angoissant. Cette sensation me rappelait la jeunesse dorée de Slovénie, mettant un point d’honneur à afficher son ancrage à l'ouest par le biais d’habits de marque et de toute une série de références culturelles occidentales, comme pour se démarquer ostensiblement d’un passé communiste abhorré, pas "cool" (un mot marquant l’irruption de la mondialisation des valeurs dans le langage).

Bien sûr, les valeurs occidentales s’implantent également en Russie : MTV, fer de lance à la conquête de la jeunesse après la fin de l’URSS, reste populaire. Les McDonalds ne désemplissent pas. Pourtant, l’assimilation culturelle, économique, et politique de cette énorme masse qu’est la Russie reste superficielle et irrégulière. Militairement, Moscou continue de défendre sa zone d’influence au mépris des défis de l’Otan qui implante, doucement mais sûrement, son potentiel militaire aux portes du territoire russe. Economiquement, la Russie est certes intégrée dans l’espace mondialisé, mais elle est tenue à l’écart des grands clubs libéraux que sont l’OMC et l’OCDE. Culturellement, la Russie est un Etat attaché à un ensemble de valeurs ancestral qui n’aura bientôt plus cours en occident, schisme notamment cristallisé par l’interdiction de la « gay parade ». Politiquement, la Russie n’est pas un Etat démocratique au sens occidental, tout en ayant réussi à surmonter l’expérience totalitaire. C’est un régime hybride qui s’attire régulièrement les foudres de l’ouest.

Le commentateur de la Russie se trouve dans une situation délicate: doit-il se poser en vecteur de l’idéologie occidentale, raillant et condamnant systématiquement ce pays ? Doit-il au contraire faire preuve de compréhension envers la Russie et son évolution historique? Jusqu'où faut-il critiquer le système mis en place par les Américains, qui libérèrent tout de même l’Europe au prix du sang versé ? Cette libération justifiait-elle l'impérialisme sur lequel elle a débouché?

Force est de constater que malgré la fin de la guerre froide, les tensions sont toujours palpables. Avec toutes ses contradictions, la Russie incarne une tendance forte : la volonté de vivre en marge du carcan occidental, tout en partageant avec l'ouest un socle de valeurs communes. Une soif d'exister à sa façon, sans pour autant se cacher derrière un rideau de fer.

Cette posture historique complexe, instable, n'a pas fini d'alimenter la guerre silencieuse opposant la Russie et l'Amérique.

Hugo Natowicz – 7 octobre 2011 (source)

vendredi 14 octobre 2011

Manuels scolaires d’histoire : copies à revoir !

Mon petit doigt me dit que vous vous en doutiez un peu… Ouais… Mais les avez-vous bien lu comme il faut ? C’est peu probable, aveugles que vous êtes avec vos yeux indécrottablement eurocentrés


Nous savions depuis l’affaire du gender que le ministère dédié à la chose n’a aucun pouvoir sur le choix des programmes et qu’il en est navré. Nous savions aussi que le même ministère pond des circulaires impératives (1) pour remplacer Napoléon par le Monomotapa dans les mêmes programmes. Et aussi qu’il est nécessaire d’adapter en permanence les dits programmes au public scolaire concerné (2) Mais n’oublie-t-on pas quelque chose ?


Les Allemands nous montrent la voie. Spécialisé dans la recherche internationale sur les manuels scolaires, l’institut Georg Eckert a réalisé une étude axée sur la représentation donnée de l’Islam par les manuels d’histoire en Europe.


Les auteurs de l’étude ont épluché plus de vingt manuels d’histoire allemands, autrichiens, français, britanniques et espagnols en usage dans les grandes classes du secondaire. Avec un objectif : examiner comment le monde arabo-musulman et ses ressortissants sont traités, qu’il s’agisse des textes ou de l’iconographie utilisée. Que révèle ce travail ?


Une petite anthologie de la lamentation du bobo face au mensonge du réel :


Un point commun navrant : "Dans les 5 pays, les musulmans sont représentés comme un groupe extra-européen très marqué religieusement. Globalement, ils sont présentés comme “autres”."

En vrac, je résume quelques-unes des conclusions critiques présentées par Suzanne Kröhnert-Othman, ethnologue de son état, qui a dirigé l’étude :

"On mélange tout, les musulmans, les Arabes, les Turcs, les immigrés, tout cela est interchangeable. C’est un bloc dominé par la religion. C’est un amalgame entre l'islam comme religion et la variété régionale des vies politiques et culturelles. On ne met pas en avant la diversité de l’Islam en Turquie, dans le monde arabe, en Indonésie ou… aux USA…. On n'évoque pas les différences d'interprétations religieuses, les différentes écoles ou l'influence de philosophies ou théologies non musulmanes en bien des lieux…

Elle déplore la confusion entre l’Islam et des sociétés montrées comme patriarcales et moyenâgeuses, illustrées par les mariages forcés et le niqhab…

Bien sûr, la tolérance est documentée jusqu’à la chute d’Al Andalus, mais c’est comme si rien ne s’était passé depuis cinq siècles…"


Sa conclusion est sans appel :

"Notre représentation de l’islam en dit moins sur l’islam que sur le regard que nous portons sur nous-mêmes. Nous sommes euro-centrés."


Et surtout, surtout :

"Ce sont les chapitres sur l’immigration qui nécessitent une révision particulière. Tant que les musulmans seront présentés dans les livres comme un groupe distinct de la société allemande, le thème ne pourra jamais être correctement traité en classe."


Bref, en Frawnce (nous sommes en avance, vous savez…), on dirait en faisant beaucoup plus court que les muzz sont stigmatisés par les manuels scolaires et que c’est inacceptable…


Source (NB : Neues Deutschland est un quotidien au moins aussi à gauche que Libé…)

jeudi 13 octobre 2011

Diversité, pot-au-feu, arts et lettres…

Le réalisateur de “Beurs sur la ville” (que vous ne manquerez pas d’aller voir), Djamel Bensalah est un réalisateur et scénariste français de 35 ans né en Seine-Saint-Denis (of course) Découvert il y a une quinzaine d’années grâce à son court métrage "Il y a du foutage de gueule dans l’air", il en est depuis lors à son cinquième long métrage dont diverses petites choses comme : "[je ne sais plus quoi] et… ta mère ! " ou "Il était une fois dans l’oued". Il est chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres (1) depuis l’an dernier…


Interrogé à l’occasion de la sortie de son nouvel opus - interrogé sur tout et sur ce que vous imaginez - Djamel Bensalah a solennellement suggéré de "classer la diversité issue de l’immigration au patrimoine culturel national, comme l’a été la gastronomie".


Je me perds en conjectures…


La Convention sur la valeur du patrimoine culturel du Conseil de l’Europe en octobre 2005 a, il est vrai, défini le patrimoine culturel comme "un ensemble de ressources héritées du passé que des personnes considèrent, par-delà le régime de propriété des biens, comme un reflet et une expression de leurs valeurs, croyances, savoirs et traditions en continuelle évolution. Cela inclut tous les aspects de l’environnement résultant de l’interaction dans le temps entre les personnes et les lieux". Goûtez ce petit bijou de jargon diplomatique : On ne sait de quel passé ni de quelles personnes on cause, ni où et quand on place le curseur pour constater l’évolution qui est continuelle… De ce point de vue, la proposition de M. Bensalah est parfaitement dans les clous. Et personne ne saurait s’y opposer sans être l’objet d’un signalement (là ce n’est pas stigmatiser…) pour délit de… (mettez les mots auxquels vous pensez)


Au demeurant, M. Bensalah, dont je ne saurais contester la grande culture, semble se fourvoyer et développer une argumentation risquée : Hisser la diversité sur le même podium que la gastronomie française est erroné car la gastronomie n’est pas inscrite au patrimoine culturel national, mais au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Mais ce n’est là que broutilles. Il y a plus grave : Ce n’est pas seulement erroné, c’est fautif !

Le patrimoine culturel, on vient de le dire, résulte de l’interaction dans le temps entre les personnes et les lieux. Comment oser alors mettre l’expression des valeurs, croyances, savoirs et traditions de la diversité sur la même étagère, dans une inacceptable promiscuité avec le ragoût au jarret de porc ou les pieds et paquets marseillais ?


Mais ne pinaillons pas. La suggestion de ce chevalier des arts et lettres est si pertinente que je n’imagine pas qu’elle ne puisse aboutir !


(1) L’ordre des Arts et des Lettres est une décoration honorifique gérée par le ministère de la Kultuur. Elle récompense "les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou leur contribution au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde." C’est avec les Palmes académiques et le Mérite agricole un des très rares ordres ministériels à ne pas avoir été aboli quand de Gaulle en supprima 13 pour instituer l'ordre national du Mérite.

Le contingent annuel se limite à 450 chevaliers, 140 officiers et 50 commandeurs. "En raison de ce contingent extrêmement restreint [??], il s'agit d'une décoration très peu distribuée [!!] "…

mardi 11 octobre 2011

Commediante ! Tragediante !

Rendons hommage aux artistes ! Ils n’ont pas fini de battre l’estrade et ont encore du boulot…


Tout d’abord, rendons-leur hommage pour l’exceptionnel succès de leur pièce qui a battu tous les records d’audience et montre à quel point ils ont innové avec courage et révolutionné leur art. Les spectacles de leur spécialité ne pourront plus jamais être comme avant…


Ouais… Sans même se référer aux coutumes en usage chez les modernes puritains d’outre-Atlantique, il n’y a guère à s’esbaudir, ni de la soi-disant innovation, ni du succès de la pièce auprès du chaland…

Relativisons :


Chez les enfants aussi adultérins que putatifs de Molière, qu’observe-t-on ?

Après un battage médiatique ahurissant où, outre la presse et les médias en ligne, la Télé n’a parlé que de ça durant quatre semaines, sans qu’il n’y ait un seul soir au moins deux des six compétiteurs présents sur les plateaux ; avec une couverture médiatique comparable à celle d’un mondial de foot organisé en France. Avec le soutien logistique de milliers de communes et de la quasi-totalité des départements et régions. Et avec tout ça, dans un pays de 65 millions d’habitants, il n'y a eu qu'un peu plus de 2 millions de guignols pour se déplacer en payant en moyenne leur place de théâtre 1/5° du prix d’une place de cinéma, ce qui valait sans-doute le coup…


Et alors ?


Dans le pays de la Commedia dell’Arte, bien rôdé à la chose, cette pratique des primaires ouvertes est une routine à gauche depuis déjà plus de cinq ans.

Voilà un pays, on nous le dit assez, où la presse et la Télé sont muselés par l’affreux Berlusconi dont l’indigène, paraît-il, veut se débarrasser au moins autant que de Sarkozy ici. Dans ce pays de seulement 60 millions d’habitants, donc,

- 6 millions de guignols se sont déplacés en octobre 2005 pour désigner Romano Prodi comme leur leader.

- Et près de 5 millions en mai 2007 pour désigner Walter Veltroni pour le même rôle d’acteur…


Bon, 2 millions quelque chose, y a pas de quoi pavoiser…


Il y a pourtant un truc intéressant dans la version franchouillarde de cette spécialité théâtrale. C’est la deuxième partie après l’entracte. La première partie est à l’évidence une pièce "à masques" qui sacrifie à une collection bien connue de figures imposées. Mais à part la haute figure de Ségolène qui se veut Antigone mais tient compagnie à Jean-Michel dans le rôle oh combien nécessaire de hallebardier, ça n’a rien à voir avec les tragédies grecques… Nous sommes jusqu’au cou dans la commedia dell’arte. La distribution des acteurs est telle qu’on sait d’avance qui est qui, ne serait-ce que par son costume ou son phrasé…


Ouais, mais tout se joue dans la deuxième partie. Là, les acteurs résiduels sont en principe libres de choisir leur masque et le livret n’est pas vraiment écrit.


Vous avez déjà vu une compagnie théâtrale, même une vague troupe de saltimbanques, qui fête le succès de sa première à peine le rideau retombé sur le prologue ? Vous leur confiriez la salle ?