"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mardi 31 janvier 2012

De la nécessité du huit-reflets…

M. Gibus, l’inventeur de son célèbre chapeau, vient en effet de fermer sa porte. Il se retire. Une palissade en bois de sapin masque aux regards, rue du 4-Septembre, cette devanture volontairement funèbre, en deuil d’un siècle révolu, qui avait la majesté de l’histoire et où le commis de l’agent de change venait encore en 1900, choisir le "huit-reflets" de location qu’il était tenu de porter dans l’enceinte de la Bourse. L’homme était donc en deuil d’une grande chose. On a vite fait de tomber du gibus dans le melon, et du melon dans le chapeau mou, tant la décadence est rapide. Quand M. Gibus ferme sa porte, l’homme est en deuil d’une civilisation. Le gibus contribuait à la dignité de l’homme, à sa différence essentielle avec le lapin domestique et même le tigre du Bengale ; le gibus faisait de l’homme le roi des mammifères. M. Gibus, avec le huit-reflets, lui avait fourni la plus haute expression de son caractère supérieur dans une certaine façon de se terminer en tube, de finir en tuyau comme la cheminée prussienne, le poêle Godin, la chaumière bretonne ou les usines de l’Anilin Fabrik. On traversait un enterrement comme un paysage de la Ruhr. Depuis qu’on ne met plus le gibus, l’enterrement est moins triste, le mariage se fait moins joyeux ; le fêtard a moins l’air de faire la fête, il tombe moins gaiement dans l’eau sale. Tous les plaisirs sont émoussés.
(…)
Le départ de M. Gibus atteint la civilisation de façon bien plus générale. La civilisation tient à des choses fragiles. Tout ce qui est extrême particularité la renforce et lui donne du prix. Surtout quand c’est inexplicable. Comme le gibus. Et encore plus quand c’est gênant ou ridicule. Tel est le pouvoir de l’irrationnel. Quand l’homme accepte de se gêner ou de paraître ridicule sans aucune espèce de raison, sa civilisation est forte ; elle a toutes les chances de durer. L’homme a besoin de choses qui durent plus que lui. De choses magiques comme le gibus. Des choses magiques et surhumaines. Privé de ces choses, il est moins viable et dépérit. Il a besoin de respecter beaucoup ; quand il respecte en trop, c’est un excellent signe. Que ne respectera-t-il s’il respecte un gibus? L’Anglais sérieux respecte encore des plaisanteries qui avaient déjà perdu leur sel à l’époque de Charles le Chauve. C‘est pourquoi il dure si longtemps. Il est bon que l’homme croie au gibus. Et que le gibus survive à l’homme. Tant que l’homme croie au gibus, rien n’est désespéré ; il y a beaucoup à attendre de lui ; je ne dis pas de son intelligence, mais de son avenir, de sa vitalité. Ce ne sont pas des choses qui vont de pair : l’intelligence n’aide pas tellement les hommes à vivre, elle leur ouvre plutôt les yeux sur un paysage désolé. Mais, s’il y a peu d’avenir dans la raison humaine, il y en a beaucoup dans le gibus, et heureusement il y a beaucoup de gibus. Les gibus donnent des raisons de vivre, sans compter les raisons de mourir.

Le gibus, c’est la gêne inutile. Rien de plus fécond. Mais on ne s’en aperçoit que très tard. Lorsque j’étais enfant, on me traînait chez de vieilles dames qui me partageaient un gâteau sec. De leur côté elles buvaient un petit verre de malaga en se torchant la moustache du revers de la main, la dernière gorgée avalée. Je ne puis dire combien je souffrais dans ces endroits crépusculaires, où je devais passer deux heures sans un mouvement au pied d’une laitue exotique qui portait le nom d’Aspidistra. Mais c’est à ce prix que survivent les civilisations. La civilisation consiste à attacher du prix à l’homme, a ses manies et à ses rites ; à ses snobismes. Qu’est-ce qui n’est snobisme ici-bas ? C’est un snobisme de la part de l’homme de croire à l’homme, c’est de l’esprit de corps, c’est le conformisme d’un clan. C’est aussi sot, et aussi nécessaire, c’est aussi utile à la vie, par conséquent intelligent, que pour le chasseur alpin de croire au chasseur alpin, pour l’académicien de croire à l’académie, pour le blouson noir de croire au rock, pour l’anarchiste à l’anarchie, pour chacun de nous de croire à lui-même. C’est l’instinct de conservation. Si les coutumes sont excellentes, c’est parce qu’elles sont, dans beaucoup de cas, irrationnelles ; il n’y a pas d’argument contre l’irrationnel ; il y en a contre tout ce qui est fondé en raison. D’autant plus que la raison elle-même est un snobisme ; on ne croit à la raison que par un acte de foi ! Du clan humain qui veut se prendre au sérieux. Si on se mettait à traiter l’homme conformément au peu qu’il est aux yeux de la raison raisonnante, en poussière qui retourne en poussière, on obtiendrait une société semblable au camp de concentration. Voilà ce qui est écrit dans le gibus.

Je n’aime pas que M. Gibus ait fermé sa boutique. Le gibus augmentait le respect de l’homme pour l’homme. L’homme en gibus ne se prenait pas pour un cloporte ou pour un pipa du Surinam. Il faut du gibus en toute chose, des académiciens qui n’aient pas écrit de livre, des rois cruels, des généraux injustes, des juges qui condamnent l’innocent. Ne serait-ce que pour les combattre. Quand toutes ces choses auront cessé, la société sera peut-être parfaite mais elle aura signé sa mort.

Le gibus a des vertus magiques.
Rien ne sert la vie si bien que l’absurde.

Alexandre Vialatte – Chronique du nécessaire gibus.
[une des 898 chroniques qu’il écrivit entre 1952 et 1971]


Aujourd’hui, y a pas de souci.
On a le sportwear, on a le streetwear et egobody est bien dans ses baskets.

"Là où y a de la gêne, y a pas de présent sans souci d’avenir…"

lundi 30 janvier 2012

Aux horizons de l’acuité visuelle…

Un dimanche à la campagne

- Ce matin en ouvrant ma boîte, je me suis senti tout rajeuni. Comme quoi le fait d’avoir une adresse traînant encore dans une vieille mailing-list qui ne me lâche pas les baskets n’est pas toujours source d’exaspération mais peut parfois réchauffer mes vieux os (et me faire lever une paupière sur les incertitudes de l’avenir…)
Ce matin, donc,"Les jeunes actifs du Rhône et les trentenaires de l’UMP me souhaitent une bonne et heureuse année 2012."

Visiblement, ils ont toujours notre avenir plein les yeux…
Bon, ne soyons pas méchants ; ça nous change un peu des bras d’honneur horizontaux des jeunots cacochymes du Péèsse…

- Pour faire sa petite sortie apéritive du dimanche à l’heure de la messe, François Hollande est allé se divertir aux festivités du Nouvel An du quartier chinois de Paris. Ces braves gens lui ont fait l’honneur de lui confier le rite du réveil du dragon, lequel consiste à mettre de la peinture rouge dans les yeux de l'animal de papier endormi sur le parquet d'un gymnase du XIIIe arrondissement. Car c’est cette cérémonie de "baptême" qui donne vie au dragon…
La bête réveillée s'est ensuite longuement trémoussée au son des tambours, des cymbales et des "Hollande président" dans une cavalcade que notre François a suivi plus d'une heure au milieu des ballons et des pétards derrière une banderole de l'association des résidents d'origine indochinoise. On lui reconnaîtra qu’il a des joies simples…
A cette occasion, grâce à la presse judicieusement conviée à couvrir ce carnaval, nous avons appris que si le patron-baigneur de pédalo est un lion pour notre zodiaque, il est surtout un cheval pour l'horoscope chinois et en est très fier...

- La morale illustrée de ce dimanche, c’est que rien n’est perdu puisque nous avons encore le choix entre deux options :

Celle de nous en remettre à des trentenaires actifs chaussés de lunettes d’aveugles occultées aux couleurs de Paris surchargées d’un arbre qui ne porte pas de fruits.

Ou celle de nous en remettre à un bientôt sexagénaire qui suit en transpirant un dragon de papier qui va dans tous les sens, les yeux bouchés à coup de vernis d’un rouge si cher à Mélenchon…

samedi 28 janvier 2012

Locuteurs et volucompteurs…

Hier, le Pélicastre attirait mon attention sur les pompes à essence qui causent au client. Ça le scandalise ; j’voipapourquoi… Il est vrai que sa sortie sur ces pauvres pompes qui n’y sont pour rien m’a interpellé au niveau du vécu au point de me rendre tout honteux. J’ai en effet réalisé que chaque fois que j’aborde (fort civilement) une pompe pour verser ma sextuple dîme à la TIPP (TVA en sus) j’omets systématiquement de lui dire bonjour et de lui dire merci quand elle me rend ma carte. Ma première réaction a alors été de me dire que je faisais preuve en la circonstance d’une goujaterie qui ne me ressemblait pas (enfin je crois) Mais dans un deuxième temps j’ai repris mes esprits : J’voipapourquoi je causerais à une inconnue qui est infoutue de répondre verbalement aux éventuelles questions complémentaires et nuancées que je pourrais vouloir lui poser ; a fortiori une bêcheuse qui refuserait obstinément de faire un brin de causette ne serait-ce que sur la météo pendant que je m’emmerde à tenir le pistolet dans la bonde. Bon, c’est vrai qu’avec son genre de carrosserie, il ne m’est jamais venu l’envie de lui dire t’as de beaux yeux tu sais

Au demeurant, j’voipapourquoi le Pélicastre s’insurge en évoquant l’inutilité de doter la bête de la parole au motif prosaïque que les malvoyants ne conduisent pas. Qu’en sait-il ?
D’abord, je me souviens qu’un ancien préfet de Corse m’avait un jour chuchoté à l’oreille le nombre de bénéficiaires insulaires de pensions d’invalidité d’aveugles qui renouvelaient consciencieusement chaque année leurs permis de chasse… Un ça va, mais il y avait deux chiffres après le premier…
Ensuite, on peut très bien imaginer que ça fasse de l’exercice d’autonomie pour pépé assis à la place du mort… Il sort de la caisse qu’il contourne, tâtonne, se repère dans l’espace, etc. J’voipapourquoi il en serait privé. Couper le sifflet à la pompe serait une scandaleuse discrimination dont seraient victimes les handicapés du nerf optique. N’y en aurait-il qu’un seul à en souffrir, notre Etat de Droit ne doit pas le tolérer…
D’ailleurs, j’voipapourquoi les DAB et les caisses sans caissières des supermarchés ne causent pas encore comme mon ascenseur qui me prévient toujours : "l’ascenseur va monter" au lieu de me dire "Je vais monter" et oublie chaque fois de me rappeler "Entre le 2d et le 3°, je vais grincer"…

Bon. Ceci-dit, la légitime accessibilité des malvoyants aux pompes à essence n’est pas la raison première qui motive l’important et remarquable travail déjà réalisé par les têtes d’œufs qui mouillent la chemise dans les think tanks de ce qui reste de notre industrie. Ils contribuent modestement et pour notre plus grande fierté à conforter la part de notre PIB consacré à la Recherche & Développement, certes, mais là n’est pas l’essentiel.

L’essentiel, avec toute la retenue de politically correct attitude dont il est coutumier, notre Pélicastre n’a fait que l’effleurer dans son papier. Voyons les choses en face : Tout doit être mis en œuvre pour que l’acuraba générique dans toutes ses variantes, des plus bovines aux plus nauséabondes n’ait plus besoin d’adresser la parole à ses semblables, ne serait-ce que pour dire Passez-moi le sel, je vous prie. Cette simple phrase, en effet, peut être une porte ouverte sur l’inconnu, l’amorce d’un échange, déboucher sur l’expression d’un doute, d’un questionnement, que dis-je, d’une remise en cause, voire, qui sait, indicible horreur, une dérive agnostique portant atteinte à Droidlhom (que son Nom soit béni) et exprimant une vaine critique anticléricale contre notre sainte mère Laïcité. Bref, comme le disait en substance un obscur agitateur palestinien des temps révolus : "Ce n’est pas ce qui entre dans l’homme qui le rend impur, c’est ce qui sort de l’homme…" (Mc 7 20-22) Et ça, nozélites savent l’interpréter mieux que nous :

Il fait déshabituer l’homme à parler (et la femme itou bien sûr…) La parole ne doit plus servir à échanger au risque d’une altérité qui renverrait aisément aux heures les plus sombres dont nul ne sait heureusement plus ce qu’elles étaient mais que nous connaissons trop bien, vous voyez ce que je veux dire… La dialectique et la disputatio ont fait tant de mal qu’il est bon de le rappeler avec insistance, des guerres de religions aux diverses shoa (enfin, celles qui sont légalement accréditées…) Donc, une saine prophylaxie nécessite que les hommes ordinaires soient privés de l’usage de la parole (sauf ceux relevant de la diversité, évidemment, qui nous apportent tant de richesses) En revanche, pour accélérer dans l’harmonie l’avènement du vivre-ensemble, horizon indépassable, il faut que les hommes susdits (les acurabas donc) soient aptes à entendre la nouvelle Lectio Divina. Pour eux, être émetteur de paroles est un gadget inutile, voire dangereux comme nous venons de le dire. Il suffit qu’ils soient de bons récepteurs de la Parole dispensée avec gourmandise et philanthropie par nozélites.

Encore faut-il pour ça que l’acuraba n’ait pas perdu l’usage de la collection de phonèmes lui permettant de recevoir efficacement, sinon intelligiblement la Parole. D’où la nécessité de le doter de tablettes numériques, de GPS, de lucarnes cathodiques, etc.

Et même de pompes qui causent…

jeudi 26 janvier 2012

Digressions aéromentales…

Ni les 60 propales du patron-baigneur de pédalo ni le reste de l’actualité ne m’inspirent vraiment ces jours-ci. D’autres en parlent très bien. Du coup, qu’écrire pour meubler ? Je vous avais promis ici de ne pas trop vous embêter avec mes souvenirs perso’… Et bien tant qu’à faire, autant en finir tout de suite avec cette source de sujets de billets pour alimenter ma petite boutique.

J’avais donc envie de vous parler de mon voyage au Pérou. Rien de bien extraordinaire en soi que ce séjour de cinq semaines effectué en bricolant un cumul de retard de congés payés avec une logistique de routard et un billet d’avion pour le retour en Europe. Même si le dit vol était prévu sur une compagnie off-shore underground au bord de la faillite qui, déjà à l’aller, avait du retard au décollage pour défaut de paiement du carburant et nous avait offert un détour avec escale de nuit, en short et chemisette à fleur, par… le Labrador, histoire de trouver un pompiste compréhensif pour rajouter les trois gouttes et un peu plus de kérosène qui manquaient pour atteindre Nassau… Il est vrai que c’était une époque où le principe de précaution n’avait pas encore tué la Vie. J’avais alors déjà acquis une assez bonne expérience des compagnies bizarres et je ne m’en faisais pas (j’avais tort…)

A propos de compagnies baroques, je repense à Alia Royal Jordanian Airlines, à l’époque catalogué par IATA comme ayant le plus fort taux d’accidents ; Alia qui surbookait son Boeing pourave à l’escale d’Istanbul pour ramener les travailleurs turcs à Francfort ; Alia qui m’avait offert un grand moment dans une de ses Caravelles au-dessus de l’Irak : N’entendant pas l’arabe, je m’étonnais des mouvements divers de mes voisins quand le commandant répéta en mauvais anglais sa demande aux passagers de se regrouper vers l’avant… pour faire contrepoids...
J’avais aussi gardé une tendresse nostalgique pour la Bakhtar Afghan Airlines, lignes intérieures afghanes comme Air Inter à l’époque chez nous, mettez ça à l’échelle… La Bakhtar plus sympa et familiale qu’Ariana, sa grande sœur des lignes internationales et ses hôtesses à fichus et chemisiers avec des auréoles sous les bras. La Bakhtar et ses deux Yak 40 de trente-deux places. Le steward Tadjik était toujours le même et m’avait à la bonne ; il avait surtout toujours autant de mal et s’y prenait chaque fois à trois fois pour arriver à fermer la porte de l’avion…

Tiens ! Une anecdote quand même : Celle de ma non-visite à Hérat. Ce jour-là, je me pointe à l’embarquement à Kabul. No problem’. Notre avion était juste retardé en raison d’une rotation exceptionnelle pour transporter des huiles à une loya jirga, assemblée de notables réunie dans une autre ville. Il suffisait d’attendre… Il faut dire que dans ce pays moyenâgeux quasiment aussi grand que la France avec alors à peine 200 km cumulés de routes goudronnées, il y avait chaque jour un vol régulier pour partout. Cool ! Ouais… Le truc, c’était qu’un seul et même avion faisait la tournée de toutes les villes, un jour dans le sens des aiguilles d’une montre, le jour suivant dans l’autre… Fallait pas se tromper… Imaginez Paris-Marseille : un jour c’est 2h de vol, le lendemain la journée avec escales à Lille, Nantes et Bordeaux… J’suis pas con et j’avais un Kabul-Hérat via Kandahar seulement (un genre Paris-Bordeaux via Marseille…) Le zinc rentré de faire le taxi, nous n’avions que deux heures de retard au décollage ; bien !
Deux mots sur l’aéroport international de Kandahar. Furoncle inutile posé au milieu de rien avec un seul vol domestique par jour, le mien, c’était un cadeau financé par le contribuable US qui, outre leurs entreprises et cabinets d’études, a autant engraissé les cimentiers pakistanais que les maliks du bazar local et donné un peu de travail aux indigènes, c’était toujours ça… Bref, escale à Kandahar. En principe, les passagers qui vont plus loin restent à bord. Mais l’heure tourne sur le tarmac écrasé de soleil et on finit par nous faire descendre pour nous réunir dans le terminal avec les nouveaux passagers devant embarquer là pour Hérat. Ce qui était vachement sympa, c’est que tout ce qui a suivi s’est passé en totale transparence avec les usagers ; la SNCF peut en prendre de la graine... Heureusement qu’un jeune coopérant agronome parlant assez bien le dari était du voyage, seul autre étranger, ce qui m’a permis de rester dans le coup et de suivre la situation en temps réel…

Le problème était le suivant : Il y avait une tempête de sable sur Hérat et il fallait attendre… Pour ce qui est des acteurs jouant un rôle dans la pièce, il y avait là le chef d’escale de la compagnie, le pilote qui était Russe, le copilote qui était Afghan, le steward ainsi que tous les passagers, babouches, turbans et le Plouc compris... Auxquels il fallait ajouter une passagère que je n’avais pas encore vue puisqu’elle voyageait... dans le cockpit sur les genoux du pilote russkof. C’était une blonde au look Dallas du genre à flinguer JR, passablement torchée et furax : elle rapportait à Hérat des crèmes glacées qu’on ne trouvait sans risque sanitaire qu’à Kabul, glaces qui devaient fondre impassiblement dans le cockpit sous la fournaise du soleil de midi…
Tout ça s’éternisait et la météo ne s’améliorait pas sur Hérat… Que faire ? La question était la suivante : L’avion devait-il attendre le lendemain pour continuer son plan de vol ? Ou devait-il rentrer à Kabul ? Le pilote était d’un avis et le copilote de l’autre. Et tout un chacun autour donnait son avis… Plus personne n’était assis en tailleur, tout le monde était debout autour de l’unique table où trônait le téléphone. Finalement, entouré par tous les passagers attentifs, le chef d’escale a appelé le président de la compagnie à Kabul, lequel a tranché : l’avion rentrait à Kabul… Ceux qui devait embarquer là sont rentrés en ville et ceux qui venaient de Kabul ont eu le choix : attendre que l’avion revienne le lendemain ou rentrer à Kabul… Je suis rentré à Kabul et, comme les rois-mages, je suis retourné plus tard à Herat par un autre chemin (mais toujours avec le clin d’œil complice du même steward) Je dois dire encore qu’une fois rentré à Kabul je suis tout de suite allé en ville pousser le panneau de contreplaqué tenu par du fil de fer qui remplaçait la porte d’entrée vitrée des bureaux de la Bakhtar. L’employé m’accueillit avec un large sourire, heureux de me revoir encore vivant. Il était au courant et sans même que je lui sorte mon boarding-pass il me compta en petites coupures crades le nombre exact d’afghanis que j’avais déboursé pour mon voyage…
Ce fut une belle journée


Bon, je m’égare… J’ai écrit comme ça vient et je vois que l’heure tourne. Et que j’ai perdu le Pérou en route… Eternel retour à l’Afgha… Ce n’était donc pas le Pérou (où je n’ai eu sur place aucun souci avec Aeroperú, je précise) mais maintenant que j’en ai parlé, il faudra bien que j’y revienne…

Photo : YAK 40

mardi 24 janvier 2012

The Vodka way of drive…

Quand on est "à la tête de l’exécutif" et qu’on veut être "un rassembleur au-dessus des partis", tenter d’éviter d’être le préfixe d’une phobie et d’être le gentil qui a la cote dans les sondages, il faut éviter tout ce qui fâche… Donc il ne faut rien faire ; CQFD. Non ! Ça ne va pas… On ne peut pas ne rien faire. Alors ?

Le seul truc que l’on peut alors se permettre de faire, c’est de décréter une "grande cause nationale" qui ne mange pas trop de pain ; j’entends par là qui coûtera peut-être un max de fric mais sur laquelle personne n’aura rien à redire, du moins ouvertement. Le modèle le plus achevé nous a évidemment été donné par Chirac : Le cancer, ennemi public n°1…

Même si l’actuel président aura été autrement plus actif sur tout ce qui fâche avec une efficacité très variable selon les dossiers, il n’a pas plus échappé que les autres à cette impérieuse nécessité d’ajouter une grande cause à sa panoplie. Bien sûr, la tarte à la crème qu’il a sortie du chapeau ne pouvait pas atteindre les sommets d’unanimisme de la lutte contre le cancer, mais elle était respectable, sinon respectée :

C’est notre nouvelle frontière, la plus noble des missions
Qu’imposait l’introduction du Principe de Précaution
Dans notre Constitution : La Sécurité Routière !

Sachant nos valeurs universelles et l’impérieux devoir d’en être le courtier, notre hyperprésident se devait évidemment de tout tenter pour en faire profiter les autres. Je me suis laissé dire à ce sujet que, compatissant aux soucis de son collègue du Kremlin confronté à quelques contrariétés dans la rue, il avait décroché le téléphone autrefois rouge pour conseiller à Poutine de s’inspirer du modèle français.

On n’obtient pas toujours les effets espérés, surtout quand Béachelle ne s’implique pas dans le dossier…

Bref, pour remercier la France de ses bons conseils et Sarko de sa délicate attention, Wladimir a envoyé à Nicolas par son ambassadeur une petite vidéo dont le FOPOD a reçu une copie...

dimanche 22 janvier 2012

Requiem pour deux épaves…

Avertissement : Rapporter ici des anecdotes vécues est une chose, mais dévoiler des "moments" de sa vie ? Pourquoi pas ? Le moins possible, rassurez-vous ; le bac à sable des morts-vivants suffit pour "meubler"… Va donc pour un extrait des "Mémoires du Plouc" au chapitre des rencontres. Il n’y en aura pas beaucoup d’autres méritant d’être publiés…
C’est parti. Trop long mais c’est comme ça et ce billet-là je ne sais ni le réduire ni le sortir en feuilleton :

C’était en 1972. Quarante ans déjà. Le tout dernier printemps des seules quarante années à peu près stables de leur siècle, avant que Daoud Khan ne renverse Zaher Shah et plonge la Terre de tous les temps dans quarante années de malheurs qui semblent n’être qu’un début…

En Afghanistan donc… Nous revenions d’un de ces trips qu’on n’oublie pas, plein de merveilleux souvenirs mais qui n’avait rien d’une promenade de santé.
A l’aller, déjà, c’était dans l’eau glacée jusqu’aux fesses que j’étais allé récupérer du matos dans le 4x4 immobilisé au milieu du torrent. Y avait un gué qu’y disaient… L’avantage, c’est que le truc qu’on m’avait ensuite prêté pour remplacer mon jean était suffisamment couleur locale pour ne pas faire lever le sourcil du natif environnant. Il est vrai que son œil réprobateur était accaparé par la minette blonde qui tenait mon jean à bout de bras pour le faire sécher au vent et par Mme Plouc qui se marrait de me voir ainsi reculotté… Le 4x4 disais-je. L’horizon mental de Hertz se limitant aux berlines, à Kabul City et à son aéroport, c’était bien sûr une caisse louée après force palabre à un particulier ayant imposé son chauffeur. Le type était bête à bouffer du foin et la caisse ne marchait que sur deux pattes, le crabot ayant rendu l’âme aux premières lueurs… Un vieux Land-Rover Defender châssis long, grave erreur ! Il fallait ça puisque nous étions six mais l’engin était trop lourd dans le contexte ; d’ailleurs, on n’a vu que des jeeps russes et des Toyota Land-Cruiser plus légers…
Puis il y a eu ce fameux soir du retour. Ce jour là nous avions fait une rencontre presque aussi improbable sur zone qu’un commentaire de Béachelle chez F.Desouche : Celle d’un fils de ministre du cru faisant faire du tourisme à un professeur d’université français d’âge mûr accompagné de sa jeune nièce (du moins nous l’avait-t-on présentée ainsi) Nous avions alors décidé de faire route ensemble sur la trace incertaine tenant lieu de piste sur ce plateau désertique des contreforts de l’Hindou Kouch. Roulant trois cent mètres devant nous, la jeep russe du fiston ministériel s’était brusquement immobilisée dans ce bourbier d’après mousson. Nous comprîmes vite le sens de leurs grands gestes, mais nos injonctions en dari et anglais n’eurent aucun effet sur notre chauffeur qui n’en accéléra que plus pour aller se fourrer dans ce merdier au-dessus des moyeux avec un mélange de dignité de Pachtoune offensé et d’impassibilité de mongolien sûr de son fait…
Le soir venait… La vanité de nos efforts pour nous en sortir était déjà avérée lorsque nous vîmes apparaître sur la ligne d'horizon une vingtaine d’hommes en file indienne : des Koutchis sortis de nulle part et allant d’un pas lent vers Dieu sait où…

Résumons : D’un côté, vingt Koutchis, c’est à dire une engeance considérée par l’Afghan moyen (toutes ethnies confondues) comme l’équivalent chez nous des gitans, romanichels, bref des roms… Mettez ça à l’échelle… Et avec, comme d’hab’ chez ces gens-là, une douzaine de fusils et bien sûr vingt coutelas…
De l’autre, un Pachtoune citadin, un autre minus habens, quatre guignols franchouillards sinon trouillards dont un vieux et quatre jeunes et jolies blondes (non, trois, quoique fort séduisante Mme Plouc a toujours été brune) Et avec ça, un seul et unique pistolet…
La balle était dans leur camp et il nous fallait la jouer car après nous avoir observés de loin ils semblaient prendre le parti de passer leur chemin. Or nous ne pouvions nous en sortir seuls et une autre opportunité d’aide pouvait passer par-là… un jour prochain. La négo’ a pris un moment… Heureusement, prudents, nous étions plusieurs à avoir chacun, outre une poignée d’afghanis (des bank-notes plus crades, tu meurs), une liasse de billets de un dollar dans nos doublures… Les koutchis sont partis chercher des pierres plates, dans un rayon de plus de 500 mètres pour en trouver assez. Puis que je te tire, que je te pousse, une fois la jeep – plus légère – au sec et son treuil aidant, la Land a suivi. Ayant pris congé des Koutchis avec les salamalecs et tashakor d’usage (et les transferts de biftons), il nous fallait encore gagner Bâmiyân, premier lieu présentant un semblant de quelque chose pouvant évoquer un contact distancié avec la civilisation… Sous une pluie féroce, fourbus après avoir mis six heures pour faire 70 km, nous montâmes directement à la ville haute, sachant pouvoir trouver là une sorte de motel à côté de l’espèce de fortin du gouverneur de district. Vide de clients, le motel en préfabriqué n’avait que trois chambres monacales hors de prix que le fiston ministériel a illico retenu pour lui et ses hôtes, nous laissant avec le sourire le privilège de profiter des yourtes voisines "équipées moderne" qui complétaient la capacité hôtelière. Conservées et meublées dans un naïf espoir de futur développement touristique, les dites yourtes avaient été montées pour… le tournage du film Les Cavaliers de Kessel ! (on notera que l’action du film est sensée se passer du côté de Maïmana, paysage très différent à 300 km de là à vol d’oiseau…) Bref, les dites yourtes étaient perméables, moisies et gonflées d’humidité…
Peu soucieux d’attraper une crève définitive, nous avons remercié et sommes descendus tenter notre chance dans le cloaque de la ville basse…

Femmes et enfants couchés avec les poules derrière les hauts murs et tout un chacun s’abritant de la pluie diluvienne et glacée, la rivière de boue tenant lieu de rue principale était évidemment totalement déserte. Il restait à trouver la tchaï-khanas, l’équivalent en version locale de l’indispensable "bistrot du village-bar-tabac-PMU-Les Routiers sont sympas"… J’étais déjà un vieil habitué des tchaï-khanas, mais toujours "en terrasse"… Vite déniché, l’établissement offrait le standard habituel en zone rurale : Une grande pièce sombre en terre battue avec l’indispensable samovar au milieu. Son eau en constante ébullition assurait une relative raréfaction des amibes dans les théières made in China et les verres Duralex douteux dédiés au service du thé. Pour le reste, le contrôleur de l’hygiène passera… On avait l’habitude… Il y avait du monde, que des hommes mûrs évidemment.

L‘accueil fut aimable, empreint ici de ce masque d’indifférence forcée propre aux adultes mais ignorée des enfants. A cette heure tardive, pas question d’espérer brochette de mouton et riz zamarod ! Le khalifa n’avait même plus de pain mais on pouvait tirer du sac sans le vexer, on n’était pas sur les Champs-Élysées. Et son tchaï sia brûlant réchauffait bien. Il était convenu qu’une fois la clientèle rentrée dans ses foyers, nous pourrions étaler nos sacs de couchage et dormir là, serrés les uns contre les autres…

NDLR : Tout ce que je vous ai raconté jusqu’ici ne visait qu’à planter le décor pour la suite qui justifie à mes yeux de vous embêter avec mes souvenirs.

C’est alors, qu’ILS sont entrés…
Ils étaient deux ; deux fantômes fagotés dans ce qui avait dû être des robes de bonzes bouddhistes. Sans qu’on sache si leurs crânes étaient rasés ou nettoyés par les parasites, ils étaient trempés jusqu’aux os et transis de froid. Faciès et frêles carrures semblaient sortir tout droit de Dachau…
Il y avait chez ces deux cadavres encore ambulatoires des je-ne-sais-quoi qui ne trompent pas : Rien à voir avec des Pachtounes, Tadjiks ou Turkmènes, encore moins avec des Hazaras ou Ouzbeks ; Nouristanis peut-être ? Non ! Manifestement c’étaient des Aryens de plus à l’ouest…
A l’ouest, ils l’étaient d’ailleurs carrément… D’autres signes ne trompent pas non plus. Ces deux là (sur)vivait par et pour le haschisch et Dieu sait quoi d’autre… Le khalifat leur a servi son thé brûlant et, pour eux, a déniché encore un peu de pain qu’il leur a glissé furtivement et qu’ils ont dévoré sur-le-champ… Personne n’a fait de remarque, la clientèle n’avait pas l’air étonnée.

Nous étions tous assis en tailleur sur le sol, le dos au mur ; nous d’un côté et eux en face. Progressivement la salle se vidait de sa clientèle autochtone, chacun réajustant son caftan et son turban pour regagner ses pénates sous la pluie. Moi, Plouc, je suis par nature plutôt naïf. Et puis il fallait l’intuition féminine… Au bout d’un moment, après s’être concertée en chuchotant avec sa voisine, Mme Plouc s’est tournée vers moi et m’a glissé à l’oreille : "- Tu n’as pas compris, celui de droite c’est une fille…"

Je résume ce que nous avons reconstitué ou compris, et complété le lendemain matin en interrogeant le khalifat qui ne parlait que dari : Ces deux-là, arrivés là Allah sait comment, vivotaient dans la forêt voisine en mangeant ce qu’ils trouvaient, devenus trop faibles pour louer leurs bras et être de quelque utilité aux solides villageois. Quand arrivait la neige, trop de froid ou de pluie, ils descendaient mendier et demander refuge ici et là. Le khalifat ne leur demandait rien en contrepartie du gîte et du pain. Quarante ans ont passé et ils n’ont sûrement pas fait de vieux os… Je rêve qu’aujourd’hui un naïf peace corps non encore égorgé par les Taleb’ vient dire au Khalifat nonagénaire que chez nous, au pays des ventres pleins, on se paie un truc appelé SAMU Social…

Mais ce n’était pas tout… Les conversations aux accents gutturaux s’étant raréfiées, nos échanges à voix basses devenus audibles ont éveillé quelque chose comme un vague intérêt dans les regards des deux zombies pour qui nous étions jusqu’alors aussi transparents que le reste de la compagnie. Petit à petit, du fond de leurs cerveaux remontait le sentiment d’ouïr quelque chose autrefois familier. Nous leur avons alors parlé. Après bien des réticences ils ont fini par lâcher quelques phrases hésitantes, remplaçant en dari les mots qu’ils ne trouvaient plus…

Ils étaient Français…

Nous n’en avons rien tiré, pas même un prénom, mais le film est facile à imaginer. Ils étaient plus jeunes que nous. Un couple d’ados parti pour Katmandou, horizon indépassable de l’époque, mais pas en avion comme le bourgeois car le monde leur appartient. La longue route passe par ici. On leur vole leurs papiers, on leur vole leur argent, on leur vole tout. Pas question de renoncer à leur rêve, de s’en remettre au semblant d’autorité locale la plus proche pour quémander le consulat et rentrer la queue entre les jambes chez papa-maman qu’on a envoyé paître. Mais il y a le réel. Moment difficile, donc encore plus besoin de shit ; certes, il est ici en vente libre et coûtait bien moins cher que les clopes mais ils n’avaient rien à offrir en échange… Petit à petit, les corps s’affaiblissent, les neurones aussi ; on se pose là, on ne peut plus aller plus loin… Voilà.
Sans brusquer, nous avons essayé. Y avait-il encore un possible ? Finalement non. Nous vivions là "la parabole du jeune homme riche" à l’envers : Tombés trop bas, ils ne pouvaient plus lâcher ce qui leur restait, grabataires avant l’heure… Peut-être avions-nous cru deviner dans les yeux de la fille comme un soupçon de voile de détresse qu’elle voulait résolument masquer... Ou l’avons-nous rêvé ? Finalement nous avons dû partir.
Il est possible qu’au même moment, quelque part chez nous, des parents, des pères, des mères, attendaient, voulaient savoir, espéraient peut-être encore…

Voilà le travail. Herbert Marcuse sera mort dans son lit entouré d’honneurs au lieu d’être collé au mur. Mai 68 avait juste quatre ans. Daniel Cohn-Bendit était retourné chez maman le temps de se refaire et Alain Geismar suivait tranquillement son cursus pour devenir Inspecteur général de l’Education Nationale avec le parrainage attendri des larves qui nous gouvernent. Encore deux ans et on allait entrer dans l’ère giscardienne. Je me retiens…

Avec nos deux zombies, sans doute nous serions-nous tabassés dans une manif quatre ans plus tôt. Petits cons ! Mais peut-être étaient-ils des purs… Ils y croyaient à leur trip, se voyant aventuriers avides de grands espaces. Comme nous… Eux, enfants perdus des fantasmes de leurs gourous tout confort, n’étaient que des sous Kerouac de Prisunic mais ils ne le savaient pas…

Le mois suivant, j’ai repensé à eux un soir d’humeur morose. C’était au Pen Club de Kabul, mariage et réception dans une famille kabuli aisée où j’étais invité, et même un des rares invités et le seul étranger avec Mme Plouc conviés à assister au rituel strictement familial de l’échange des consentements. Morose pourtant pour deux raisons : La première c’était de voir cette société bourgeoise frivole et son mollah s’empiffrer en commentant le prix de la voiture flambant neuve dont je n’ai pas compris si elle faisait partie de la dot ou était offerte par un oncle. Et encore étais-je loin d’imaginer que tous allaient bientôt être balayés par Taraki rentré dans les fourgons de Moscou…
La deuxième raison, surtout, c’était que je partais le lendemain pour Téhéran puis la France. Là aussi sans me douter que je ne reviendrai plus jamais…

Plus tard, je me suis parfois demandé lequel des deux avait survécu à l’autre, lequel avait dû rester seul ; peu de temps sans doute… Car je ne peux croire qu’ils aient pu durer longtemps et soient toujours de ce monde où ils n’auraient pourtant aujourd’hui qu’environ soixante ans. Je me souviens même m’être surpris à prier pour que ce ne soit pas la fille… De toute façon, c’était leur choix. Ce Choix si difficile à faire au sortir de l’adolescence. Ils avaient choisi et n’avaient plus le choix…
"Pour survivre, tu choisiras parmi les miroirs infinis un seul miroir. Un seul qui te reflètera irrévocablement. Tu te sacrifieras en choisissant, tu cesseras d’être tous les autres hommes que tu aurais pu être."
Pour moi une référence, cette phrase de Carlos Fuentes a été reprise dix ans plus tard comme citation d’exergue d’un livre sur le drame afghan écrit par un ancien attaché culturel de notre ambassade à Kabul retourné clandestinement là-bas après l’invasion soviétique. Coïncidence étrange car le bouquin a pour titre : "La cité des murmures", ce qui donne littéralement en dari "Shar-i-Gholgola" : Le nom d’une antique ville livrée aux flammes par Gengis Khan. Elle se trouvait sur l'emplacement de Bâmiyân…
Ils se rêvaient aventuriers avides de grands espaces. Mais leur rêve, ils avaient choisi de le fumer…

Nous aussi rêvions d’aventures et de grands espaces ; du Nouristan pakistanais à Palmyre en Syrie, du Sinaï à la Cyrénaïque et jusqu’à la Cordillère andine… Et aussi, au nord de là bas, les plaines de l’Amou-Daria, l’Oxus des anciens, imaginant Samarkand au loin, au pays de Zarathoustra… Les deux loques de Bâmiyân avaient dû en rêver aussi…
Mais il y a aussi d’autres grands espaces. Mme Plouc rentrait avec moi. Nous avions déjà fondé notre couple venu se risquer aux cailloux d’Asie Centrale et singulièrement à cette terre afghane où elle aurait dû consumer sa jeunesse à y pousser la seringue et le laryngoscope si nos routes ne s’étaient pas croisées. Et nous avions choisi.
Une autre aventure nous attendait, celle de fonder notre Clan…

Nous étions encore des aventuriers.

Eux aussi auraient pu l’être…

In memoriam

vendredi 20 janvier 2012

Hollande, ce héros au regard si doux…

Hier à Nantes, François Hollande a convoqué le ban et l’arrière-ban de l’armée des ombres, symbole de notre avenir ! La cohorte de ceux qu’il vénère (ou non) et qui, par leur soutien évident (ou non), sont la preuve vivante (ou non) que lui, François, est bien l’incarnation du changement, du renouveau, de l’avenir, enfin de tout ça…
Ils sont venus, ils sont tous là, même ceux qui sont pas là, car il a besoin de tous, François, le candidat d’union, le marieur des mariages arrangés du vivre-ensemble… Il a besoin de la salive des vivants chevrotants comme des mânes des morts dont on se doit de baiser le soulier (aï ! mes reins…)

Faut dire que c’était dans le cadre de la Biennale internationale du spectacle…

Symbole de la jeunesse en marche et de notre avenir radieux aux hormones de croissance, Stéphane Hessel a chauffé la salle. Qui d’autre que lui pouvait mieux incarner l’a-venir ? Qui d’autre que lui pouvait être l’icône inévitable dont la belle et fraîche figure transcende pour chacun de nous l’espérance de se réveiller encore vivant demain matin, après-demain et encore et encore ?
Ses assistants du maintien à domicile, ses accompagnateurs de fin de vie (ou assistantes en charge du retour à la petite enfance, je ne sais…) l’avaient tenu par la main pour l’emmener chez Cécile Duflot puis ensuite chez Martine Aubry. Bien sûr, maintenant ils l’ont aidé à monter sur l’estrade à côté de François, ultime espérance des fins dernières qui chantent pour les masses baigneuses et pédaleuses de la sarkophobie…
Il a mis le paquet, Hessel. Il s’est adressé à nous tous, pas seulement aux deux millions de couillons qui ont acheté son prospectus, pas seulement aux centaines de mille encore plus couillons qui l’ont lu jusqu’à la fin. Il a bien dit, Hessel, faut le croire :
"… le prochain homme de gauche qui sera président aura à cœur de faire de la présidence la fonction qu'elle peut et doit être : laisser au gouvernement la tâche quotidienne et être, lui, une grande référence, un visionnaire (…) et je vois bien François Hollande prendre l'identité que nous voulons"

Et, bien entendu, le bon Stéphane nous sait toujours sous la botte de la bête encore féconde. Et chaque jour un peu plus, sinon que lui resterait-il de ce résistancialisme dont il a fait son seul fonds de commerce depuis 2/3 de siècle ? Il a donc martelé encore et encore :
"- Il faut résister à l’envie de dire "allons-y mollo"… Il faut que François sache résister à ces désirs d’apaisement…"
Compris les mecs ?

Bon, y avait aussi les morts sur l’estrade (Mendès-France et même De Gaulle…)

Le bon François, fallait bien qu’il cause aussi. C’est bien. C’est ainsi qu’on a appris le scoop :

"A 13 ou 14 ans j'avais déjà le regard tourné vers François Mitterrand"

Cette campagne s’annonce gustative…

jeudi 19 janvier 2012

De l’agrément des galères à travers les âges…

Dans son billet de mardi, le naïf Pangloss s’interrogeait sur les satisfactions que les passagers des croisières Costa pouvaient bien trouver à s’embarquer sur de telles galères…

Il n’a pas lu Antonio de Guevara ! Celui-ci (1480-1545), évêque de Mondoñedo, prédicateur, chroniqueur et conseiller de Charles Quint, avait une sainte horreur des traversées maritimes. Fort de l’expérience de ses allers et venues entre l’Espagne et les Pays-Bas, il ne manqua pas de coucher par écrit d’excellents conseils pour ceux qui naviguent sur des galères.

Je vous en livre quelques extraits :

Sur le débarquement des croisiéristes aux escales :

La galère offre aux passagers qui débarquent dans un bel endroit prospère, le privilège de ravager les forêts, de fracturer les ruches, d’abattre les arbres, de détruire les pigeonniers, de chasser le gibier, de saccager les jardins, de lutiner les jeunes filles, de débaucher les femmes, de voler les enfants, d’enlever les esclaves, de vendanger les vignes, de dérober le lard et de saisir les vêtements ; ainsi, ce que le gel, la grêle et les sauterelles peinent à causer de dégâts en une année rigoureuse, les hommes des galères y parviennent aisément en une demi-journée.

Sur les avantages offerts aux croisiéristes par la vie à bord :

La galère offre aux passagers, à Pâques, à la Trinité et même le dimanche, le privilège de continuer à jouer, à voler, à cocufier, à blasphémer, à travailler et à naviguer ; car non seulement on ne célèbre aucune fête sur les galères, mais on ne sait même pas quand elles tombent.
La galère offre à ceux qui y séjournent le privilège d’ignorer le mercredi des Cendres, la Semaine Sainte, les vigiles de Pâques, les Quatre-Temps et le Carême…
La galère offre à tous ceux qui y séjournent le privilège de manger de la viande pendant le Carême, les Quatre-Temps, le vendredi, les vigiles, le samedi et tous les autres jours prohibés – et ce avec d’autant moins de retenue qu’ils n’en ont même pas conscience. Pour ma part, quand il m’est arrivé de protester contre cela, on m’a répondu que si, à terre, tout le monde se permettait de manger du poisson n’importe quand, il n’y avait aucune raison de ne pas faire de même en mer avec la viande.
La galère offre le privilège d’être dispensé d’assister aux cérémonies et d’entrer - fût-ce une fois l’an - dans une église ; ce qui n’empêche pas le bon chrétien qui est en chacun d’eux de prier, de soupirer et de gémir quand ils sont pris dans la tourmente. Mais une fois sortis d’affaire, ils se remettent très tranquillement à manger, à bavarder, à jouer, à pécher et à blasphémer tout en se racontant les uns aux autres les frayeurs qu’ils ont eues et les vœux qu’ils ont faits.

Sur l’avantage pour un armateur de transporter des croisiéristes :

La galère offre aux patrons, pilotes, marins, matelots, timoniers, espaliers, rameurs et vogue-avant, le privilège de solliciter, ponctionner, corrompre et même voler les pauvres passagers (…). Quant au passager quelque peu novice qui n’aura pas attaché sa bourse à son bras, il pourra toujours se dire qu’il l’aura oubliée à Séville.

Enfin, sur les avantages offerts aux croisiéristes par les naufrages en haute mer :

La galère offre à ceux qui y meurent le privilège de se passer d’extrême-onction et de n’avoir à payer ni sacristain pour sonner le glas, ni croque-morts pour lever le corps, ni curé pour procéder à l’enterrement, ni maçons pour bâtir la sépulture, ni moines pour dire la messe, ni pauvres pour porter les cierges, ni hommes de peine pour ouvrir la fosse, ni confrère pour avertir la confrérie, ni commère pour coudre le linceul…

Antonio de Guevara - L’art de Naviguer, publié à Valladolid le 25 juin 1539.
Traduction en français publiée par les éditions Vagabonde à Marseille.

mardi 17 janvier 2012

S’il te plaît, dessine-moi un mouton*…

[* blanc, le mouton…]

On va essayer…

"Tentative de représentation graphique d’un spécimen standard de mouton blanc chargé d’accueil de clientèle, modèle 2012 modifié 2017" :

Requis de compétence pour le poste : Ecole primaire Philippe Meirieu ; Collège post François Bayrou ; Lycée Monomotapa ; complément à Bac+5½ incluant IEP Richard Descoings ; stage quotidien de remise à niveau au 20h (assistante-maître de conférence Audrey Pulvar) ; équivalence BAFA obtenue en cours du soir sur internet.

Non ! Ça ne va pas ! Ça passerait encore pour le modèle 2012 mais pas pour la version 2017… Plus mat le teint, plus noir le poil, plus court aussi (sauf la barbe peut-être ?), le streetwear à repenser entièrement. Et les baskets ? Où sont les baskets ?
Et puis y causera plus rosbif dans le phylactère le mec, il tricotera des macaronis dans la bulle…

De toutes façons, ce ne sera pas un mouton noir…

NB : C’est à des trucs comme ça qu’on réalise à quel point Jacques Faisant est désormais une sorte de saurien antédiluvien. Et pourtant parfois si actuel…

dimanche 15 janvier 2012

La mission oubliée par l’Education Nationale, et caetera...

J’hésite… Une fois n’est pas coutume. Je vais jouer à "Le Plouc-em’ chez les modernoeuds…"

Hier, googueulant sur une requête avec le mot précaire (ce qui mène à tout), j’avise un libellé qui m’accroche et je clique :
Apparaît à l’écran la bannière du truc ; c’est "Gay, Ma Santé ! Site web d’expression, d’échange et d’information sur la santé gay et ses enjeux" dont je ne vous donnerai pas le lien.
Sous un des signets référencé "Technique", s’affiche en tête un article assez ancien intitulé "L’art du lavement" pompeusement suivi d’un "Sommaire de l’Article" : - Introduction ; (…) ; - Le matériel ; - La technique ; - Le timing

Euh, je passe et vais directo aux commentaires…

Sur la douzaine, je n’ai lu que le premier, commis par un(e) certain(e) Zezetta :

"Voila ce qu’on devrait apprendre à l’école. Au moins quelque chose d’utile."

On ne prend jamais assez en compte les avis de bon sens du citoyen de base…
Quel sera le candidat qui saura répondre à cette évidente et scandaleuse carence de notre système éducatif ?
- J’ai tout de suite pensé à Efâ Choly qui cherche chaque jour un truc en plus à âchouter à son brôgrâmm pour sortir du 3 % (un taux bien plus près du BB- que du triple A…)
- A moins que le patron-baigneur de la flotte pédalomotrice soit plus rapide qu’elle ou surenchérisse, soucieux d’être scrupuleusement cohérent avec ses promesses faites récemment à ses groupies d’HES…
On verra bien…

Digression annexe :

Sur le coup, je songeais ne poster ce qui précède que jusqu’au commentaire de Zezetta et m’en tenir là, …sans commentaires. Cherchant un titre pour ça, de chic j’avais pensé à : "Une revendication de plus pour Act’Up…"

Mais je me suis dit que ça faisait bien longtemps que je n’avais plus aperçu cette "raison sociale" sur mes écrans radar. Des fois que ce truc se soit sabordé (on peut toujours rêver) j’aurais bonne mine… Donc, scrupuleux comme je suis, je me suis un peu rencardé sur son devenir récent. Car oui je suis scrupuleux. D’ailleurs, comme disait fort justement Turgot : "-Les gens scrupuleux ne sont pas faits pour les affaires importantes" (c’est aussi valable pour le patron-baigneur évoqué plus haut…)

Bref, Il semble bien qu’Act’Up soit confronté depuis quinze ans à une baisse significative du nombre de ses adhérents. Et si j’éprouve le besoin de vous en parler quand même c’est pour vous rassurer sur son aptitude à la survie.
Pour s’en tenir à ses comptes de l’année 2009, les derniers trouvés, Act’Up réalisait avec "environ 137 adhérents" la louable performance d’entretenir 5 salariés…
Bon, il est vrai que du côté des recettes, outre la vente accessoire de tee-shirts et autres produits dérivés, on trouvait cette année-là divers dons privés et subventions : 100 000 € de la Fondation Pierre Bergé ; 131 500 € de laboratoires pharmaceutiques ; 45 000 € de la région Île-de-France ; 302 354 € de divers ministères ; et même 11 088 € du CNASEA, oui pas d’erreur, après vérif’, c’est bien lui : le "Centre National pour l’Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles", établissement public basé en province et dont le président est nommé en Conseil des Ministres…

On fait tous ce qu’on peut pour sauver la Fwance. Ce sera tout pour aujourd’hui…

vendredi 13 janvier 2012

Le stade suprême du socialisme…

Pensant à ceux d’entre vous qui n’ont que rarement le temps de parcourir les pages d’Atlantico.fr, j’éprouve l’envie d’intercaler ici quasi in-extenso le billet de Serge Federbusch publié mardi dernier :
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Ne pouvant rien faire, François Hollande a le courage de ne rien dire. Saluons cet exemple de cohérence en politique ! (…)

Acceptant d'entrée les contraintes de l'Union européenne, François Hollande, s'il devait devenir président de la République, après une ou deux épisodes psychodramatiques avec madame Merkel tout au plus, rentrera dans le rang. Il l'a déjà dit : il ne pourra rien faire, les Français devront subir au minimum deux ou trois années de rigueur avant d'hypothétiques lendemains qui chantent à voix très basse. Du reste, ses promesses sur l'embauche de fonctionnaires ou la fusion CSG-impôt sur le revenu sont déjà abandonnées.

Dans ces conditions, il est fort logique qu'il n'ait rien à faire espérer ni même à formuler. Son intelligence, presque son génie, consiste à donner à son impuissance le nom d'honnêteté. Il ne prendra pas les Français par surprise : il ne les prendra pas du tout.

Et si François Hollande n'était au fond que l'incarnation de cet Etat humble que Michel Crozier appelait de ses voeux dans son essai : "Etat modeste-Etat moderne" en 1998 ? S'il était une sorte de Mario Monti et de Lucas Papademos ayant réussi à gagner des élections afin de rassurer les puissants du monde entier sur le caractère désormais inoffensif de cet exercice démocratique éculé ? L'immobilisme, stade suprême du socialisme ?

Il est vrai qu'après un hyper-président taxé d'agitation, un infra-président frappé de stupéfaction fait figure, en soi et pour soi, d'alternative. On nous promettait la fin de l'Histoire, se profile au moins celle de la politique. La mondialisation a-t-elle donné le dernier mot aux marchés financiers ? A observer le candidat socialiste, la réponse est oui. Puisque la démocratie occidentale est une machine à arbitrer entre les pouvoirs de nuisance, celui qui est censé détenir "le" pouvoir doit tendre à une neutralité telle qu'elle le rend transparent.

La méthode Hollandaise ayant fait ses preuves durant les "primaires citoyennes", ses pourfendeurs risquent d'être déçus du peu d'effet de leurs attaques. Culbuto a la vie dure. Comme il a réussi à éliminer Martine, Arnaud et les autres, il est en bonne voie pour se débarrasser de Nicolas, François bis et les autres. François Mitterrand restait dans l'ambiguïté, François Hollande restera dans le vide, son être confinant au néant, l'étatique à l'extatique. Un vrai président-philosophe !

Un gauchiste de mes amis me soutient qu'Hollandus Elyseis finira par paniquer quand le réel le rattrapera et que des émeutes réveilleront son quinquennat. Fidèle aux traditions social-démocrates, il fera tirer sur la foule. Il faut vraiment être un gauchiste pour penser des choses pareilles ! Je prétends au contraire qu'en offrant aux Français un vote qui équivaut à une abstention, il réconciliera ceux qui ont déserté les urnes avec la politique.

La France va mal, elle a besoin de morphine. La narcose collective porte un nom et elle a un visage, le faciès poupin d'un anesthésiste qui se penche sur la table d'opération sans qu'on sache où est passé le chirurgien. Et dire qu'on n'a même plus d'argent pour se faire assurer !

Serge Federbusch

jeudi 12 janvier 2012

Transgonades-Express…

Mieux que l’Eurostar et autres TGV, le TGE vous conduira partout dans le confort douillet de vos désirs du moment. Formalités d’embarquement simplifiées ; réservation interactive ; tarifs subventionnés ; accès prioritaire pour la clientèle(g)hébétée ; aménagements selon affinités permanentes ou éphémères (choix entre l’espace multi-genres et sept types d’espaces entre-mêmes) ; salle de jeux pour enfants avec consoles de jeux unisexes et prise en charge éducative ; nouvelles toilettes poly-genres avec urinoirs pour pisser assis ; environnement cool, les services à bord et le contrôle des titres de transport étant exclusivement assurés par des robots humanoïdes au look neutre donc non agressifs pour garantir un respect scrupuleux de la sensibilité de chacun…
Ce sera le must du transport ferroviaire que l’industrie française exportera dans le monde entier !

- TANSGONADES-EXPRESS sera le plus complet, le plus moderne et le plus sûr des moyens de transports doux, collectif, durable, modulable, etc. Multi-modal, il desservira toutes les destinations avec une garantie d’acheminement rapide aux culs de sac des bouts de ligne [1]
- Dès le 1° juillet 2012, grâce à un énorme effort d’investissement productif, priorité nationale, TANSGONADES-EXPRESS remplacera les TGV, Corail, Lunéa, les TER de province [2] et les trains de pèlerins pour Lourdes…

[1] : En raison de quelques petites contrariétés techniques résiduelles, la ligne du Transgonades-Express Paris - Istanbul –Téhéran sera mise en service ultérieurement.
[2] : Dans un souci de respect des identités régionales et après concertation avec les instances représentatives des quartiers relevant de la politique de la Ville, les TER d’Île de France seront encore maintenus.

De quoi je cause ? Ben du grand chantier du prochain quinquennat ! Les autres avant ont eu leurs grandes réalisations de mandats ; La bombe A, l’indépendance énergétique nucléaire, le Concorde, le TGV… Mais qui s’en souvient ? D’autres ont eu le regroupement familial, l’IVG, les 35 heures, le PACS, les lois Guigou et Gayssot… Là, on s’en souvient, sans doute parce que ça ne coûtait rien sur le coup ; les suivants passeront payer…

Donc, quel grand chantier mettre en œuvre, capable d’enthousiasmer les acurabas, ne coûtant pas un rond sur le coup avec retour immédiat sur investissement ? Et pouvant être réalisé aussi sec dès que François II aura porté sa rose à Jaurès et donné les apparts’, voitures et huissiers à chaîne qu’il faut à Duflot, Bayrou & C° pour qu’ils ne l’interrompent pas trop quand il cause… Et bien le Transgonades-Express ! Grand chantier national aussi structurant que les grands travaux autoroutiers ou les lignes à grande vitesse !

L’affaire est déjà bien sur les rails, c’est quasiment dans le sac ! Suffit que l’amiral du pédalo tienne la distance jusqu’à fin avril. Et il donne les coups de pédale qu’y faut…

Pour amorcer ce grand chantier national, solution à la crise et à l’endettement, le groupe PS a déjà déposé une proposition de loi visant à simplifier la procédure de changement de la mention du sexe dans l'état civil, encore outrageusement conditionnée en France à la preuve d'une modification physique irréversible. Vous rendez-vous compte ! "Les personnes trans-genres sont encore contraintes à des parcours pénibles, coûteux, psychologiquement et physiquement douloureux. Il faut supprimer le caractère traumatisant, voire barbare des procédures médicales qui conditionnent encore la reconnaissance légale de l'identité de genre…"

C’est vrai que ça mange moins de pain et cause moins d’emmerdes que de causer du Mox, des centrales nucléaires, de la sinécure à Duflot, du financement des retraites ou des solutions pour rapatrier l’industrie… Du coup, le patron-baigneur de la flotte pédalopède s’étend volontiers sur le dossier (ou le divan, je ne sais pas) et nous en apprends beaucoup plus sur ses projets de société que sur le reste (de minimis non curat praetor…) :

Notre François Normal, espérance des masses baigneuses désespérées de la sarkophobie, donc, a accordé une longue interview aux humanoïdes d’Homosexualité et Socialisme, "HES" pour les intimes, lesquels se sont fendus d’une plaquette de seize pages afin que nul n’ignore les courageux projets du susdit :

"Les questions de société sont pour moi tout aussi importantes que les questions économiques et sociales" Traduisez : "-Je vais m’en occuper perso, pour le reste vous verrez en mai avec le bosco de pédalo qu’on me fera choisir…"
Le catalogue est épais. Les mesures concerneront l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, la possibilité pour ces couples d’adopter et d’avoir recours à l’assistance médicale à la procréation, la reconnaissance du statut de beau-parent, l’amélioration du PACS, des textes sur la fin de vie des personnes transsexuelles…
Sans oublier l’ajout de "l’identité de genre" parmi les motifs de discriminations punis par la loi…

Les associations LBGT seront le fer de lance pour mener à bien cette politique. Il compte bien "soutenir le tissu associatif qui lutte au quotidien contre les discriminations LGBT-phobes", entendez augmenter largement leurs subventions et leur attribuer une place de choix dans les instances de la nouvelle HALDE à recréer comme tribunal de la lutte contre les discriminations…
Bien sûr, ça ne suffira pas : "dès le plus jeune âge, en primaire, l’éducation devra faire une place aux questions de genre et d’orientation sexuelle pour changer la perception sociale de l’homosexualité…"

Et François n’oublie pas que la Fwance est un grand pays qui a des choses à dire au monde !
"Je veux que notre diplomatie prenne toute sa place dans les initiatives internationales pour défendre les droits LGBT et combattre l’homophobie. Je lancerai d’ailleurs une initiative européenne pour une action concertée. Il est temps de faire revivre pour toutes et tous les valeurs de la République et du siècle des lumières…" [il doit bien y avoir une dizaine de voix à gratter chez Villepin…]

Va falloir que je révise ma définition du socialisme (celle de mon Littré à moi…) :
" Socialisme : Système consistant à tondre les moutons pour leur tricoter des pull-overs trop courts avec leur propre laine." Ça ne va plus ; ça passait encore du temps de Jaurès, de Blum et même de Jospin. Maintenant c’est obsolète… Faut trouver autre chose… Peut-être ça :
"Système universel de dignité et justice sociale consistant à tondre les béliers et brebis pour tricoter des strings, une maille à l’endroit, une maille à l’envers, aux seuls ovnis, pardon ovins de foire primés au concours arboricole (on dit gay-pride je crois )"

mardi 10 janvier 2012

Le scoop : Freddy et Jacky sont tombés de leurs chaises !

Pour épouser sa compagne marocaine, un Français s'est vu demander par sa mairie d’Aubervilliers (9-3 of course) un document attestant sa conversion à l’Islam pour que le mariage puisse être validé au Maroc.


Gêne impalpable de l’employée de mairie devant l’étonnement et l’indignation inattendue du demandeur qui s’en va raconter la chose dans les agences de presse ; lesquelles s’en font l’écho, faut bien trouver de quoi tirer à la ligne…


Une remarque préliminaire et deux franches rigolades tant je trouve ce fait divers exemplaire :


- D’abord, quoi de plus naturel ? Lorsqu’un des deux conjoints est étranger, il est d’usage de remettre au couple une attestation lui permettant de faire enregistrer le mariage dans celui des deux pays où il n’a pas été célébré. En bonne fille, l’Etat Civil Fwançais tient à faciliter les choses à ses administrés. Donc, quand on veut convoler avec un sujet du Commandeur des Croyants, quoi de plus normal que d’exiger parmi les pièces du dossier le "certificat de coutume" délivré par le consulat du Maroc, ne serait-ce que pour s’assurer que le conjoint étranger n’est pas déjà uni ailleurs par les liens du mariage… Ouais, mais s’agissant d’une femme, le dit consulat ne délivre le certificat qu’après conversion du futur mari à l’Islam… Pourquoi s’en indigner ? Seuls les Bisounours indécrottables veulent ignorer qu’en terre d’Islam une femme musulmane ne peut pas épouser un non musulman.


- Et c’est là que je rigole : Fait divers exemplaire car figurez-vous que le futur souhaitant convoler avec sa copine chérifienne dont il a déjà une gosse, est journaliste ! Cet homme de 52 balais, un dénommé Frédéric Gilbert, a déjà derrière lui une longue carrière de journaliste d’investigation ayant réalisé des sujets pour TF1, M6, France 5, pour les émissions de Laurent Ruquier et de Thierry Ardisson, journaliste pour une émission de Stéphane Bern sur France 2, auteur et réalisateur d’une série documentaire sur NT1, etc. Un pro de l’information, donc. Un mec qui a l’expérience du monde réel, qui peut en causer (et l’interpréter) avec une légitime et crédible autorité aux acurabas lambda avides de s’informer…

Et voilà que, comme l’autruche recevant un caillou sur le popotin sort la tête du sable et découvre le monde, notre journaliste se réveille ! Et, qui plus est, en est si épouvanté qu’il y va de son coming out en mangeant la grenouille : "-Je suis laïc intégriste et fils de curé défroqué ! Je refuse ce qui est contraire à l’esprit de la République !" Et notre courageux résistant laïc, ne voulant pas le croire, s’en va interroger tout son carnet d’adresses de gens comme lui mariés à des marocaines ou autres maghrébines : Las ! Tous lui ont répondu : "-Bof, pas d’histoires, tant pis, on s’est converti…" Le voilà donc qui monte au créneau, dénonçant un "excès de zèle" des services d'état civil et s’indignant que les maires puissent exiger un justificatif de conversion à l'islam…

Rassurez-vous, il se mariera quand même samedi prochain en se passant du certificat de coutume. Bien sûr, il est chagriné de savoir que son mariage n’aura pas de valeur légale au Maroc, mais bon. C’est un combattant de la laïcité Freddy Gilbert ! Un pur ! Il va au front, prêt à prendre des risques ! Pensez ! Quand il ira avec Madame en ouiquende à Essaouira et qu’ils feront chambre commune à l’hôtel, sa mahométane et néanmoins légitime épouse pourrait se voir arrêtée et inculpée pour atteinte à la morale publique et prostitution… Il est prêt au martyr Freddy ! Surtout dans les journaux…


- Mais il y a une autre bouffonnerie exemplaire ; c’est monsieur le maire !

A 63 ans, Jacques Salvator, le maire d’Aubervilliers, fait partie de cette élite de nos concitoyens dont le vécu nous rassure quant à la parfaite expérience du monde réel qu’ont nos édiles responsables. Sont parcours est à ce titre exemplaire : Militant précoce à la JOC puis à l’UNEF et pour l’indépendance algérienne, membre des comités de soldats, créateur en 1977 d’une librairie haut lieu de la contestation à Saint-Denis, secrétaire national du PSU en 81, à 46 ans il rejoint le PS dont il sera ensuite salarié. Au congrès de Reims, il soutient la motion Delanoë puis se rallie à Dame Martine…

C’est son premier mandat de maire de cette ville qu’il connaît bien pour la ratisser depuis sa première campagne législative comme candidat du PSU il y a trente-huit ans… Et ça fait quand même bientôt quatre ans qu’il s’intéresse à priori de près à ce qui se passe dans les services de sa bonne ville de 75 000 habitants…


Et bien figurez vous que, interrogé par la presse sur ce fait divers, Jacky a répondu :

"- Je suis tombé de ma chaise en apprenant ça !"


Vous vous rendez compte ? Pauvre chou !


Mais rassurez-vous. Il s’est immédiatement remis et, avec ce vieux reflex pavlovien dont on ne peut se défaire à force d’enfiler les discours et propos de tribune, il a ajouté :

"- J’assisterai personnellement au mariage par solidarité"…


Jacky et Freddy sont sur le même bateau et aucun n’est tombé à l’eau… La Fwance est sauvée !

dimanche 8 janvier 2012

Boutique franchisée et sentiment d’appartenance…

L’Epiphanie de Notre Seigneur étant passée, vous aurez peut-être remarqué que j’ai enlevé et rangé jusqu’à l’année prochaine le sapin reacospherus persistant que je sors pour les fêtes dans la colonne de droite (forcément de droite..)


Occasion de réfléchir au contenu de cette foutue colonne où j’entasse notamment divers panonceaux sensés éclairer l’éventuel chaland sur les fondamentaux de la boutique, à l’instar des bouts de tôle du Touring Club de France et autres guides gastronomiques sur les façades des auberges, ou de la quincaillerie aux plastrons des maréchaux soviétiques trop longtemps alignés en brochettes sur le mausolée de la place Rouge…


Cela m’a fait repenser au vieil époux de ma marraine, grand vieillard encore de belle allure mais aux gestes devenus avec l’âge aussi hésitants que sa mémoire. Accroché aux brumes de ses souvenirs, lorsqu’il s’apprêtait à recevoir chez lui un hôte qu’il considérait de marque pour un événement qu’il jugeait exceptionnel, il s’évertuait d’une main malhabile à épingler sur le veston de son complet élimé la batterie de ses croix de guerre et autres médailles militaires… Cela, évidemment, à la grande gêne de son épouse…

Je me souviens en particulier du jour où j’étais venu leur présenter la future Mme Plouc. Quand il est apparu dans l’encadrement de la porte du salon avec sa volonté de ne pas voûter les restes tassés de son ex-mètre quatre vingt cinq, j’ai bien vu qu’il avait dû passer un bon moment à astiquer les croix sorties de leurs écrins pour l’occasion…

Sa femme, rouge de confusion, l’avait rabroué. Mais lui s’en foutait. Et il avait raison…

Franchement, pourquoi lui aurait-on refusé cette petite manie, d’autant qu’elle exprimait de sa part l’importance qu’il accordait à notre visite ? On passe sa vie à soigner l’altérité qui est essentiel à la Vie. Mais il arrive un âge où l’on doit pouvoir se permettre de dire "- Si je vous choque, allez vous faire foutre !"

Ça fait du bien et entretient l’énergie vitale chez les vieux. Surtout aujourd’hui où ça devient suspect de dire qu’il fait jour à midi…


Mais je m’égare. Revenons à ma colonne de droite.


Lorsque j’ai commencé ce blog, il y a bientôt deux ans, je n’imaginais pas garder sous le coude mes divers sentiments d’appartenance… Je ne me souviens pas de l’avoir fait dans aucun domaine et c’était donc valable aussi dans celui de la blougi-boulgasphère. C’est ainsi qu’au bout d’un ou deux mois d’activité j’ai pris la liberté de visser ici sans rien demander à personne la plaque à l’effigie Johnny Walker carte rouge dont j’ignore d’ailleurs qui en fut l’initiateur.

Mais ça me laissait un peu sur ma faim… Admirateur timide de certains, outre mes sentiments d’appartenance, j’ai aussi des envies d’appartenance ; car bien que résolument sorti de l’adolescence depuis fort longtemps, je reste encore un grand enfant…

Bref, sans rien demander à l’Amiral, oh combien démoniaque père du concept (1) ; maintenant qu’Albertine est partie chercher son Salut sur d’autres routes que celle de Stello ; maintenant que Fromage+ à qui nous devons le graphisme du label a suspendu sa production ; avec mon autorité de membre du triumvirat fondateur et d’actuel président du soviet suprême devenu unipersonnel du FOPOD (Front Ouvriériste Populacier d’Oppression Démocraticide, rappelons-le) et à jour de ma cotisation au MERDE (Mouvement des Etudiants Recalés à Divers Examens, autre structure historique), j’ai envoyé balader mes derniers scrupules et décidé ce jour, tout seul comme un grand, de m’auto attribuer le panonceau qui me faisait tant envie : celui de la Confrérie des Punks à diplômes


Que les autres franchisés de la marque que ça dérangerait m’envoient du papier bleu ! Ils auraient tort : Il faut passer leurs caprices aux vieux… Et puis il se pourrait même peut-être bien que je puisse siéger dans la Confrérie avec le titre respectable sinon respecté de doyen d’âge… L’idée d’être le doyen d’une telle bande de oufs est un ravissement qui réchauffe mes vieux os…

1 : ici puis .