"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

jeudi 26 janvier 2012

Digressions aéromentales…

Ni les 60 propales du patron-baigneur de pédalo ni le reste de l’actualité ne m’inspirent vraiment ces jours-ci. D’autres en parlent très bien. Du coup, qu’écrire pour meubler ? Je vous avais promis ici de ne pas trop vous embêter avec mes souvenirs perso’… Et bien tant qu’à faire, autant en finir tout de suite avec cette source de sujets de billets pour alimenter ma petite boutique.

J’avais donc envie de vous parler de mon voyage au Pérou. Rien de bien extraordinaire en soi que ce séjour de cinq semaines effectué en bricolant un cumul de retard de congés payés avec une logistique de routard et un billet d’avion pour le retour en Europe. Même si le dit vol était prévu sur une compagnie off-shore underground au bord de la faillite qui, déjà à l’aller, avait du retard au décollage pour défaut de paiement du carburant et nous avait offert un détour avec escale de nuit, en short et chemisette à fleur, par… le Labrador, histoire de trouver un pompiste compréhensif pour rajouter les trois gouttes et un peu plus de kérosène qui manquaient pour atteindre Nassau… Il est vrai que c’était une époque où le principe de précaution n’avait pas encore tué la Vie. J’avais alors déjà acquis une assez bonne expérience des compagnies bizarres et je ne m’en faisais pas (j’avais tort…)

A propos de compagnies baroques, je repense à Alia Royal Jordanian Airlines, à l’époque catalogué par IATA comme ayant le plus fort taux d’accidents ; Alia qui surbookait son Boeing pourave à l’escale d’Istanbul pour ramener les travailleurs turcs à Francfort ; Alia qui m’avait offert un grand moment dans une de ses Caravelles au-dessus de l’Irak : N’entendant pas l’arabe, je m’étonnais des mouvements divers de mes voisins quand le commandant répéta en mauvais anglais sa demande aux passagers de se regrouper vers l’avant… pour faire contrepoids...
J’avais aussi gardé une tendresse nostalgique pour la Bakhtar Afghan Airlines, lignes intérieures afghanes comme Air Inter à l’époque chez nous, mettez ça à l’échelle… La Bakhtar plus sympa et familiale qu’Ariana, sa grande sœur des lignes internationales et ses hôtesses à fichus et chemisiers avec des auréoles sous les bras. La Bakhtar et ses deux Yak 40 de trente-deux places. Le steward Tadjik était toujours le même et m’avait à la bonne ; il avait surtout toujours autant de mal et s’y prenait chaque fois à trois fois pour arriver à fermer la porte de l’avion…

Tiens ! Une anecdote quand même : Celle de ma non-visite à Hérat. Ce jour-là, je me pointe à l’embarquement à Kabul. No problem’. Notre avion était juste retardé en raison d’une rotation exceptionnelle pour transporter des huiles à une loya jirga, assemblée de notables réunie dans une autre ville. Il suffisait d’attendre… Il faut dire que dans ce pays moyenâgeux quasiment aussi grand que la France avec alors à peine 200 km cumulés de routes goudronnées, il y avait chaque jour un vol régulier pour partout. Cool ! Ouais… Le truc, c’était qu’un seul et même avion faisait la tournée de toutes les villes, un jour dans le sens des aiguilles d’une montre, le jour suivant dans l’autre… Fallait pas se tromper… Imaginez Paris-Marseille : un jour c’est 2h de vol, le lendemain la journée avec escales à Lille, Nantes et Bordeaux… J’suis pas con et j’avais un Kabul-Hérat via Kandahar seulement (un genre Paris-Bordeaux via Marseille…) Le zinc rentré de faire le taxi, nous n’avions que deux heures de retard au décollage ; bien !
Deux mots sur l’aéroport international de Kandahar. Furoncle inutile posé au milieu de rien avec un seul vol domestique par jour, le mien, c’était un cadeau financé par le contribuable US qui, outre leurs entreprises et cabinets d’études, a autant engraissé les cimentiers pakistanais que les maliks du bazar local et donné un peu de travail aux indigènes, c’était toujours ça… Bref, escale à Kandahar. En principe, les passagers qui vont plus loin restent à bord. Mais l’heure tourne sur le tarmac écrasé de soleil et on finit par nous faire descendre pour nous réunir dans le terminal avec les nouveaux passagers devant embarquer là pour Hérat. Ce qui était vachement sympa, c’est que tout ce qui a suivi s’est passé en totale transparence avec les usagers ; la SNCF peut en prendre de la graine... Heureusement qu’un jeune coopérant agronome parlant assez bien le dari était du voyage, seul autre étranger, ce qui m’a permis de rester dans le coup et de suivre la situation en temps réel…

Le problème était le suivant : Il y avait une tempête de sable sur Hérat et il fallait attendre… Pour ce qui est des acteurs jouant un rôle dans la pièce, il y avait là le chef d’escale de la compagnie, le pilote qui était Russe, le copilote qui était Afghan, le steward ainsi que tous les passagers, babouches, turbans et le Plouc compris... Auxquels il fallait ajouter une passagère que je n’avais pas encore vue puisqu’elle voyageait... dans le cockpit sur les genoux du pilote russkof. C’était une blonde au look Dallas du genre à flinguer JR, passablement torchée et furax : elle rapportait à Hérat des crèmes glacées qu’on ne trouvait sans risque sanitaire qu’à Kabul, glaces qui devaient fondre impassiblement dans le cockpit sous la fournaise du soleil de midi…
Tout ça s’éternisait et la météo ne s’améliorait pas sur Hérat… Que faire ? La question était la suivante : L’avion devait-il attendre le lendemain pour continuer son plan de vol ? Ou devait-il rentrer à Kabul ? Le pilote était d’un avis et le copilote de l’autre. Et tout un chacun autour donnait son avis… Plus personne n’était assis en tailleur, tout le monde était debout autour de l’unique table où trônait le téléphone. Finalement, entouré par tous les passagers attentifs, le chef d’escale a appelé le président de la compagnie à Kabul, lequel a tranché : l’avion rentrait à Kabul… Ceux qui devait embarquer là sont rentrés en ville et ceux qui venaient de Kabul ont eu le choix : attendre que l’avion revienne le lendemain ou rentrer à Kabul… Je suis rentré à Kabul et, comme les rois-mages, je suis retourné plus tard à Herat par un autre chemin (mais toujours avec le clin d’œil complice du même steward) Je dois dire encore qu’une fois rentré à Kabul je suis tout de suite allé en ville pousser le panneau de contreplaqué tenu par du fil de fer qui remplaçait la porte d’entrée vitrée des bureaux de la Bakhtar. L’employé m’accueillit avec un large sourire, heureux de me revoir encore vivant. Il était au courant et sans même que je lui sorte mon boarding-pass il me compta en petites coupures crades le nombre exact d’afghanis que j’avais déboursé pour mon voyage…
Ce fut une belle journée


Bon, je m’égare… J’ai écrit comme ça vient et je vois que l’heure tourne. Et que j’ai perdu le Pérou en route… Eternel retour à l’Afgha… Ce n’était donc pas le Pérou (où je n’ai eu sur place aucun souci avec Aeroperú, je précise) mais maintenant que j’en ai parlé, il faudra bien que j’y revienne…

Photo : YAK 40

1 commentaire:

  1. Ben bien sûr, et le plus vite possible. Des tranches de vie comme celles-là, ça fait plaisir à lire.
    A bientôt.

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