"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

samedi 28 janvier 2012

Locuteurs et volucompteurs…

Hier, le Pélicastre attirait mon attention sur les pompes à essence qui causent au client. Ça le scandalise ; j’voipapourquoi… Il est vrai que sa sortie sur ces pauvres pompes qui n’y sont pour rien m’a interpellé au niveau du vécu au point de me rendre tout honteux. J’ai en effet réalisé que chaque fois que j’aborde (fort civilement) une pompe pour verser ma sextuple dîme à la TIPP (TVA en sus) j’omets systématiquement de lui dire bonjour et de lui dire merci quand elle me rend ma carte. Ma première réaction a alors été de me dire que je faisais preuve en la circonstance d’une goujaterie qui ne me ressemblait pas (enfin je crois) Mais dans un deuxième temps j’ai repris mes esprits : J’voipapourquoi je causerais à une inconnue qui est infoutue de répondre verbalement aux éventuelles questions complémentaires et nuancées que je pourrais vouloir lui poser ; a fortiori une bêcheuse qui refuserait obstinément de faire un brin de causette ne serait-ce que sur la météo pendant que je m’emmerde à tenir le pistolet dans la bonde. Bon, c’est vrai qu’avec son genre de carrosserie, il ne m’est jamais venu l’envie de lui dire t’as de beaux yeux tu sais

Au demeurant, j’voipapourquoi le Pélicastre s’insurge en évoquant l’inutilité de doter la bête de la parole au motif prosaïque que les malvoyants ne conduisent pas. Qu’en sait-il ?
D’abord, je me souviens qu’un ancien préfet de Corse m’avait un jour chuchoté à l’oreille le nombre de bénéficiaires insulaires de pensions d’invalidité d’aveugles qui renouvelaient consciencieusement chaque année leurs permis de chasse… Un ça va, mais il y avait deux chiffres après le premier…
Ensuite, on peut très bien imaginer que ça fasse de l’exercice d’autonomie pour pépé assis à la place du mort… Il sort de la caisse qu’il contourne, tâtonne, se repère dans l’espace, etc. J’voipapourquoi il en serait privé. Couper le sifflet à la pompe serait une scandaleuse discrimination dont seraient victimes les handicapés du nerf optique. N’y en aurait-il qu’un seul à en souffrir, notre Etat de Droit ne doit pas le tolérer…
D’ailleurs, j’voipapourquoi les DAB et les caisses sans caissières des supermarchés ne causent pas encore comme mon ascenseur qui me prévient toujours : "l’ascenseur va monter" au lieu de me dire "Je vais monter" et oublie chaque fois de me rappeler "Entre le 2d et le 3°, je vais grincer"…

Bon. Ceci-dit, la légitime accessibilité des malvoyants aux pompes à essence n’est pas la raison première qui motive l’important et remarquable travail déjà réalisé par les têtes d’œufs qui mouillent la chemise dans les think tanks de ce qui reste de notre industrie. Ils contribuent modestement et pour notre plus grande fierté à conforter la part de notre PIB consacré à la Recherche & Développement, certes, mais là n’est pas l’essentiel.

L’essentiel, avec toute la retenue de politically correct attitude dont il est coutumier, notre Pélicastre n’a fait que l’effleurer dans son papier. Voyons les choses en face : Tout doit être mis en œuvre pour que l’acuraba générique dans toutes ses variantes, des plus bovines aux plus nauséabondes n’ait plus besoin d’adresser la parole à ses semblables, ne serait-ce que pour dire Passez-moi le sel, je vous prie. Cette simple phrase, en effet, peut être une porte ouverte sur l’inconnu, l’amorce d’un échange, déboucher sur l’expression d’un doute, d’un questionnement, que dis-je, d’une remise en cause, voire, qui sait, indicible horreur, une dérive agnostique portant atteinte à Droidlhom (que son Nom soit béni) et exprimant une vaine critique anticléricale contre notre sainte mère Laïcité. Bref, comme le disait en substance un obscur agitateur palestinien des temps révolus : "Ce n’est pas ce qui entre dans l’homme qui le rend impur, c’est ce qui sort de l’homme…" (Mc 7 20-22) Et ça, nozélites savent l’interpréter mieux que nous :

Il fait déshabituer l’homme à parler (et la femme itou bien sûr…) La parole ne doit plus servir à échanger au risque d’une altérité qui renverrait aisément aux heures les plus sombres dont nul ne sait heureusement plus ce qu’elles étaient mais que nous connaissons trop bien, vous voyez ce que je veux dire… La dialectique et la disputatio ont fait tant de mal qu’il est bon de le rappeler avec insistance, des guerres de religions aux diverses shoa (enfin, celles qui sont légalement accréditées…) Donc, une saine prophylaxie nécessite que les hommes ordinaires soient privés de l’usage de la parole (sauf ceux relevant de la diversité, évidemment, qui nous apportent tant de richesses) En revanche, pour accélérer dans l’harmonie l’avènement du vivre-ensemble, horizon indépassable, il faut que les hommes susdits (les acurabas donc) soient aptes à entendre la nouvelle Lectio Divina. Pour eux, être émetteur de paroles est un gadget inutile, voire dangereux comme nous venons de le dire. Il suffit qu’ils soient de bons récepteurs de la Parole dispensée avec gourmandise et philanthropie par nozélites.

Encore faut-il pour ça que l’acuraba n’ait pas perdu l’usage de la collection de phonèmes lui permettant de recevoir efficacement, sinon intelligiblement la Parole. D’où la nécessité de le doter de tablettes numériques, de GPS, de lucarnes cathodiques, etc.

Et même de pompes qui causent…

1 commentaire:

  1. Ben évidemment, c'est inattaquable. L'idéal
    consisterait à faire ne sorte que tous ceux qui n'ont rien à dire ferment leur gueule. Déja ça
    éliminerait pas mal. Resteraient, effectivement
    les pompes à essence, les péages autoroutiers
    et les imams salafistes et autres dont la parole
    ponctuerait nos vies quotidienne.
    Payez par carte ou en espèces, Allahou akbar!
    Amitiés.

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