"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

vendredi 13 avril 2012

De l’euthanasie prénatale à l’IVG postnatale…

Tâche de survivre entre les deux, camarade !


Dans un article publié fin février dans le très sérieux Journal of Medical Ethics, deux universitaires spécialistes de la bioéthique plaident pour la reconnaissance du droit à supprimer un nouveau-né (« killing a newborn ») sur le modèle du droit à l’avortement d’un fœtus (« killing a fetus »). Pour qualifier cette nouvelle pratique, ils ont forgé un oxymore destiné à frapper les esprits : l’« avortement post-natal » ou after-birth abortion


Le raisonnement de ces deux bioéthiciens (ça existe) est bestialement logique et se développe en trois étapes :


Leur réflexion repose tout d’abord sur la notion d’euthanasie néonatale qui fait inexorablement son chemin dans les esprits. La preuve en est qu’une revue d’éthique médicale à comité de lecture et bien sédimentée dans le paysage comme le Journal of Medical Ethics se fasse l’écho de tels propos. D’ailleurs comme la plupart des Etats respectueux des droidlhom ont autorisé l’avortement en cas d’anomalie détectée chez l’enfant à naître, il n’existe aucune raison de fond qui s’oppose à ce que ce droit soit étendu aux jours qui suivent la naissance si un handicap venait alors à être diagnostiqué. Et nos deux raisonneurs en laboratoire de citer le Protocole de Groningen, cette ville des Pays-Bas qui pratique depuis déjà dix avec l’aval des pouvoirs publics la suppression de nouveau-nés malformés. Pourquoi pas ? j’voispaspourquoi…

Voici donc "l’avortement de rattrapage", prochaine et imminente extension du domaine de la lutte. Car nécessité fait loi, n’est-ce pas ? Il ressort de statistiques hospitalières sur 4 années dans18 pays européens que 35 % des cas de trisomie 21 échappent au diagnostic prénatal et on s’en excuse. Ce qui conduit à la naissance de 1 700 enfants "n’ayant pas dû naître"... Donc, nos deux spécialistes ne voientpaspourquoi leurs parents devraient être privés du droit à faire euthanasier ces erreurs de fabrication qui leurs sont imposées du fait d’insuffisances de la technique, voire d’une défaillance humaine (éventuellement civilement, voire pénalement responsable) qui n’est pas de leur fait…


A ce propos, je me souviens du débat parlementaire de l’an dernier sur le projet de loi bioéthique. Il m’avait permis de découvrir l’existence d’Olivier Dussopt. Ce charmant garçon a fait un beau parcours : Sce Po de province, DESS de "conseil en développement etc.", porte-serviette d’un sénateur puis député, benjamin de l’Assemblée Nationale, maire de sa ville de 17 000 hab., Vice-président de l’Association des Petites Villes de France, membre de la direction nationale du Parti Socialiste et proche de Benoît Hamon, toujours présent sur les photos aux côtés de Martine Aubry du temps de la splendeur d’icelle, notice au Whos’Who, etc. Bref, à 33 ans le genre que bien des bourgeoises voudraient avoir pour gendre et un garçon qui a de l’avenir ; retenez son nom… Et bien figurez-vous que lors des discussions sur les suites à donner aux examens de dépistage de la médecine prénatale, notre fringuant sang neuf de la classe politique a pris la parole pour s’insurger avec une véhémence extrême contre le texte : "- Quand j’entends que “malheureusement” 96 % des grossesses pour lesquelles la trisomie 21 est repérée se terminent par une interruption de grossesse, la vraie question que je me pose c’est pourquoi il en reste 4 %."

Vu ses projets, si le culbuto-pédalomobile-promu-remplaçant-à-l’ancienneté-et-monté-sur-le-ring-suite-à-un-regrettable-incident™ est élu, attendez-vous dès la première année de mandat à ce que ces 4% résiduels passent à l’incinérateur après leurs premiers cris et avant leurs premiers biberons… Mais je m’égare, revenons à nos deux universitaires.


Le j’voispaspourquoi faire une différence entre avant et après la sortie du ventre maternel n’est cependant pas suffisant pour étayer l’argumentation. Le concept d’euthanasie néonatale serait encore trop restrictif car il repose sur l’idée que c’est le "propre intérêt" de l’enfant handicapé d’être éliminé, au regard de ses perspectives de qualité de vie future, donc sur la notion de "vie ne valant pas la peine d’être vécue". Or, cette notion, déjà malaisée à faire rentrer dans un cadre non subjectif, se heurte à ce foutu réel où même des enfants trisomiques se permettent de témoigner d’un certain bonheur de vivre. C’est contrariant… Pour s’affranchir de ces considérations bassement compassionnelles, il suffit de faire valoir les intérêts des parents, intérêts primant sur tout le reste. J’voispaspourquoi on ne pourrait pas puisque c’est déjà le cas dans l’interruption volontaire classique où seule la volonté de la mère préside à la décision. Je cite nos deux auteurs : "Si des critères tels que les coûts social, psychologique et économique, sont de bonnes raisons pour les futurs parents de recourir à un avortement même si le fœtus est en bonne santé (…), alors les mêmes raisons qui légitiment l’avortement devraient aussi légitimer le meurtre (…) au stade de nouveau-né." La conclusion s’impose donc, incontestable : "L’avortement postnatal devrait être permis dans tous les cas où l’avortement l’est, incluant les situations où le nouveau-né n’est pas handicapé."


Restait la question des seuils (le mot seuil est de moi car évoquer des limites sentirait sa morale et son anti-relativisme…) au regard, non pas du Droit (qu’il s’agit ici de faire évoluer) mais des droits à, (aussi imprescriptibles qu’indéfinis, donc infinis, cf. droidlhom) dont le droit à la vie fait partie… A partir de quand en bénéficie-t-on ? Pour nos deux bioéthiciens, la réponse est claire : Il faut être une personne. Or, pour pouvoir être défini comme une personne sujet de droit, donc se voir attribuer des droits, donc le droit à la vie, il faut être doté d’une conscience de soi, de la capacité de se relier aux autres et au monde qui nous entoure… Or, il est indubitable selon eux qu’un nouveau-né n’est pas encore "auto-conscient" et doit par voie de conséquence être considéré comme une personne potentielle, en aucun cas actuelle, jusqu’à preuve du contraire. L’avortement postnatal ne vient donc léser aucun droit puisque seule l’atteinte à la vie d’une personne réellement présente peut être sanctionnée… Et zou ! On renvoie à des neurologues et des psychologues le soin de fixer un délai (jours? semaines? mois?... année(s)?) pour exécuter (sur simple demande de la mère, cf. supra) un "avortement postnatal", éventuellement parce que la tronche ne revient pas…

Il n’y a rien d’aberrant là-dedans. C’est même d’une imparable logique. Nous avons là la résultante logique et cohérente de l’autodisposition légale des parents à supprimer in utero l’enfant à naître. Et après ? J’voispaspourquoi


Nous avons bien lu que disposer des droits humains nécessite "d’être doté d’une conscience de soi et de la capacité de se relier aux autres et au monde". Quiconque – et pas seulement le nourrisson – présumé dépourvu des dites consciences et capacités n’aurait donc de valeur que relative aux intérêts de tiers, essentiellement des parents, voire de la société. Quid des malades mentaux, des autistes, des Alzheimer ? Et puis, dès lors que "les coûts social, psychologique et économique", déjà bonnes raisons in utéro le deviendraient aussi post utéro, j’voispaspourquoi Josiane Ducon ne pourrait pas faire euthanasier dans la dignité ce grand dadais de Tanguy théoriquement conscient de soi mais psychiquement ravagé par la drogue, totalement dépendant et toujours à sa charge. Idem pour le vieux pépé grabataire au sourire béat, ni souffrant ni en phase terminale, mais un peu trop gâteux pour communiquer…

___

J’voispaspourquoi, mais ça m’a refait penser à la chute d’un poème ploukien commis après boire il y a deux ans et qui n’avait rien à voir avec le sujet puisqu’il avait pour muse l’implosion numérique de l’altérité :


Arrheu du vieillard, infantilisme de l’adulte,

Lassitude de l’ado, Alzheimer du nouveau-né

Retour au ballon rouge sur console Nitendo

Et retour dans les couches, la tétine à la bouche,

Retour dans l’utérus et puis plus d’utérus.

Des ventres libérés remercions la science,

Gloire au gender parfait au sperme sans semence…


Ces lignes n’ont même plus de raison d’être. La boucle est bouclée. Le Titan Cronos achève de bouffer ses derniers enfants…

6 commentaires:

  1. 'disposer des droits humains nécessite "d’être doté d’une conscience de soi et de la capacité de se relier aux autres et au monde".'

    Dites donc, les deux bioéthiciens et autre Hamon en sont-ils dotés ? Dans le cas contraire, une expérimentation sur soi-même ne serait-elle pas appropriée ?

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  2. Je ne sais pas quoi dire. C'est trop affreux.

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  3. En exploitant bien le raisonnement on pourrait ainsi
    arriver à débarrasser le plancher de pas mal de monde.
    C'est à creuser.
    En tout cas, l'inspiration bibinesque produit les
    oeuvres le plus abouties. La preuve est là.

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  4. Tout d'abord, la généralisation du Droit à l'Avortement conduit naturellement au Droit à l'élimination du nourrisson.
    Notons en effet que la Grèce ancienne et Rome pratiquaient ainsi.
    Seul le Christianisme a fait admettre le Droit à la Vie. Donc, que la société post-chrétienne ait recours à des procédures anciennes n'est pas fondamentalement choquant.

    Ce qui est savoureux c'est l'argumentation 'Hitler n'avait pas su trouver les mots !) subtile (être doté d’une conscience de soi) qui ouvre la voie à des progrès considérables.
    Je ne vais pas vous répéter : l'avenir reste plein de surprises.

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  5. Schtroumpf Grognon14/04/2012 11:48

    Bon commentaire de Monsieur de Sévérac.

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  6. kobus van cleef16/04/2012 18:35

    limites ? seuils ?
    que nenni !
    dites (et non disez) "curseurs" !
    là , on devient tant tellement technologues que c'en est un vrai bonheur , on parle de...de quoi , au fait ? ben , de phénomènes biologiques , ou techniques ....de matériel ( spécial dédicas' à domino le niqueur de boniches ), de curseurs, de rhéostats , de potentiomètres ( ha , toute ma jeunesse )
    de curseurs , quoi
    et de chiffres aussi
    ça me vient d'un enseignement que j'ai suivi , il y a 11ans de ça, on nous faisait réagir à différents trucs, en particulier à des critères d'inclusion ou d'éligibilité ( tiens , j'en connais qui mériteraient l'inélibilité)et une moukère a dit "ben, où qu'on met eul curseur ?"
    ben , oui
    où qu'il est , eul curseur ?
    philippe muray aurait pu le chanter aussi
    "j'aime par dessus tout
    que le bas bleu de l'économie d'santé
    se trouble et disjoncte
    faute de savoir
    faute de pouvoir
    faute de vouloir
    placer eul curseur
    sur la ligne de nos existences
    si sereines avant sa venue"

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