"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mardi 29 mai 2012

Les élections vues de mon balcon…

 Je regarde les législatives de mon balcon. Pas pour "prendre de la hauteur", non. Je regarde ça de façon très terre à terre et je vais y revenir. Quand je dis "de mon balcon", je veux dire que l’âge, la déprime et la lassitude m’ont fait lâchement renoncer à m’en mêler, que ce soit en tirant les sonnettes, en collant, en tractant, etc., comme je l’ai fait dans ma jeunesse mais pas seulement, parfois avec mais le plus souvent sans illusion. Et aussi en bossant, en amont comme en aval, dans la stratégie, la tactique, les éléments de langage comme on dit maintenant, l’intox, les réseaux, etc. "J’ai déjà donné"… Toujours pour la bonne cause et à ma manière… Pour que vous ne vous mépreniez pas sur ma façon de considérer ce genre de chose, je vais vous citer un exemple vécu par le Plouc :

"Il était une fois" des législatives et une circonscription à jeu assez ouvert sans sortant en piste. Plus d’un an à l’avance, X y pense en se rasant. La trentaine assumée, compétent, efficace, déjà bien rôdé aux mandats en collectivités locales, certes un peu trop "clivant" pour les mous du genou mais ayant la niaque, le savoir-faire et, surtout, un mec bien câblé aux fondamentaux politiques et spirituels solides… Je marche à fond dans son truc ; ça prend tournure et le RPR qui a investi un jeune invertébré commence à se faire du souci… Bref, l’étiquette aidant, l’invertébré termine au 1° tour devant X et la gauche est localement haute… Retrait, désistement, toussa… M’étant un peu trop frité avec un des bras gauches de l’invertébré, je rentre à la maison et me pointe dans l’isoloir le dimanche suivant. Sachant que la majorité était cette fois-là sûre de rester en place sur le plan national, nous étions localement en présence d’un socialo en fin de maturité au déclin de sa carrière de second couteau de sous-préfecture face à un invertébré sans autre conviction que suivre celui qui lui assurera sa place. Mais un jeune du genre que l’électrice de base aimerait avoir pour gendre. Il était probable que si la droite restait aux affaires, ce mec-là une fois élu on en prendrait pour quinze ans sans pouvoir faire émerger une relève locale. Ce jour-là, pour la première fois (et j’espère la dernière) le Plouc a voté socialo…  Le guignol a malgré tout été élu.
Et qu’a ensuite fait le Plouc ? Il… est allé bénévolement bosser pour l’invertébré… Pourquoi ? Ben, puisque ce mec était là, autant que, dans divers domaines, ce soit le Plouc qui lui en cause à sa manière et lui écrive certains trucs plutôt que… d’autres. Le mec savait d’où je lui venais mais n’aurait jamais pu imaginer que je n’avais même pas voté pour lui au second tour ! [il a depuis été sorti par la gauche et je n’y suis pour rien…]   

Pourquoi vous causer de ça ? Parce que je suis atterré par ce que je vois sur le terrain. Et ce que je vois trouve notamment son origine dans les distorsions délétères dues au système de financement des partis politiques. Ça brouille l’intrigue sur le théâtre des opérations bien plus que l’inflation des ambitions personnelles, lesquelles contribuent au moins à l’émergence de sang neuf (ou non)…  
D’abord, j’ai été surpris par le nombre d’e-mails reçus de droite et de gauche (enfin, toujours de droite…) de jeunots (pour moi, c’est-à-dire déjà souvent des quadras…), tous bien câblés, mecs ou nanas, généralement rencontrés et appréciés dans l’action en des temps pour moi révolus et rangés au rayon des souvenirs d’ancien combattant. Ils se lancent dans la bataille, les uns ici, d’autres là (même chez les français de l’étranger !); et leurs e-mails me sollicitaient évidemment pour un financement et plus si affinité… Hormis deux cas relevant de la simple figuration dans le cadre du financement des partis évoqué plus haut et de leur souci de remplir les quotas, je me dis que la plupart feraient de bons députés. Je n’ai répondu à aucun et je m’en veux un peu…
Ensuite, descendant acheter mon pain, je découvre l’autre jour les panneaux électoraux encore vierges fraîchement installés par la mairie : 17 ou 18 candidats attendus dans mon douar de cantonnement ! A y regarder de plus près sur les 14 circonscriptions du département (13 candidats en moyenne, maxi 21…) la majorité des candidats n’est là que pour tenter d’obtenir à leurs petites formations les subsides promis par l’Etat pour les cinq ans à venir. C’est leur droit légitime et on les comprend…
Mais aujourd’hui, avec ce système abscons franco-français (uninominal à deux tours) couplé au cordon sanitaire républicain (certains ont un droit d’expression restreint aux limites fixées par les autres et ne sauraient être élus), on va tout droit à un désastre. Il faudra que j’expose un jour ici mon système de scrutin que j’évoquais déjà il y a plus de vingt ans accoudé au zinc de je ne sais plus quel café du commerce (uninominal à x tours en un seul tour ; j’y reviendrai…) Mais bon, je m’égare…

*
Au vu du gouvernement qui nous a concocté notre  Président normal, il est manifeste qu’il voudra aller au bout de son projet de réforme constitutionnelle sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Or comme avait coutume de dire Pompidou : "Quand la borne est franchie, il n’y a plus de limite…" A l’instar de l’IVG vendu au bon peuple pour la santé de la mère qui est devenu par glissement naturel le droit inaliénable de disposer du contenu de son ventre dans tous les cas, le vote en question conduira automatiquement au remplacement de la notion de nationalité par celle de résident légitime…   Et par glissement naturel, à l’évaporation de tout ce que peut contenir le concept France et son remplacement par une vague notion réductrice de territoire administré… Comme le chantait Souchon : "On avance, on avance ! Ya bientôt plus d’essence pour aller dans l’aut' sens…"

La "majorité présidentielle" disposera d’une majorité parlementaire, n’en doutons pas. D’ailleurs, au point où nous en sommes, le contraire ne serait pas souhaitable. Autant qu’ils puissent nous imposer leurs conneries législatives et en porter l’entière responsabilité devant le peuple dans cinq ans (moins ce serait bien^^)
En revanche, pour la réforme envisagée, il faut tout faire pour qu’ils ne puissent pas nous la fourguer vite-fait par la voie parlementaire ! Car s’il leur faut passer par la voie référendaire, ils laisseront tomber comme Mitterrand qui l’avait déjà promis…  Donc, il ne faut pas qu’ils puissent disposer de la majorité requise des trois cinquièmes au Congrès. 3/5° des 348 sénateurs et 577 députés, ça fait 555… Il y a déjà 178 sénateurs de gauche et assimilés. Si j’y ajoute, allez, une vingtaine de sénateurs centristes mous du genou, il leur faudra 357 députés prêts à voter la réforme constitutionnelle. Avec la marge de sécurité à prévoir compte tenu des démocrates et autres centristes étiquetés plutôt à droite mais du genre à se laisser convaincre, il ne faudrait pas que la majorité présidentielle dispose de plus de 300 ou 310 sièges à l’Assemblée Nationale, ce qui leur sera bien suffisant pour gouverner (maj. absolue : 295)… Retenez bien ça : 310… Ce sera notre ligne bleue des Vosges

Ce scrutin est donc important.

*
Dans ce contexte, je suis atterré par ce qui se passe sur le terrain. A cet égard, j’ai choisi (au hasard^^) deux circonscriptions que je trouve exemplaires :

- La première, ce sera vite vu. C’est la nouvelle 8e circonscription de Paris, composée de l’ancienne 8° (le gros du XII° arrondissement) auquel on a ajouté un bout du XX°. La sortante de gauche sera réélue. Si je l’évoque, ce n’est pas seulement parce que s’y bousculent pas moins de 23 candidats, record national. C’est l’occasion de se demander pourquoi cette circonscription est passée à gauche en 2007. Bien sûr, on évoquera la boboïsation du XII°. Mais est-ce suffisant ? Je trouve cette circonscription exemplaire de la connerie, du copinage, de l’endogamie de milieu et du mépris de l’électeur manifestés par les appareils de la droite de gouvernement : Savez-vous qui était le candidat portant les couleurs de l’UMP en 2007 ? C’était… Arno Klarsfeld… 
Et savez-vous qui porte les couleurs de l’UMP cette fois-ci ? C’est… Charles Beigbeder. (Fondateur compulsif de sociétés d’avenir comme Poweo dont il céda vite-fait ses actions, le cours s’effondrant curieusement juste après, ci-devant président de la candidature d’Annecy aux JO, etc. Frère de Frédéric.) parachuté là dans le cadre du duel Copé-Fillon…
[à titre indicatif, si je votais là, je crois que je serais tenté par un certain Frank Margain, je dis ça, je dis rien…]

- La deuxième, ça ne vous étonnera pas, c’est celle de mon douar d’élection ! Et là, c’est vraiment "l’exemple exemplaire" ! Voilà un département "plus à droite tu meures", pire peut-être que le Haut-Rhin. Et le coin sans doute le plus à droite du département… Même Passy qui nous tient lieu de banlieue rouge pour qu’on ait l’air un peu comme tout le monde, Passy où on a brûlé deux voitures et demi en avril 2002 et on s’en souvient encore, Passy, donc, a voté Sarko à 52%. Ailleurs les scores les plus minables étaient au-dessus de 57% dans les villes d’en bas, 70 à 85% dans les villages… Et vous savez quoi ? C’est peut-être bien parti pour élire une socialo ! Une première dans le coin au moins depuis le règne d’Alexandre de Macédoine (pour avant je manque de documentation^^)

Résumons. Contrairement à Paris qui perd trois députés, l’évolution démographique attribue un 6° siège à la Haute-Savoie. On décale tout et cette création recouvre le "haut pays" et son voisinage, c’est-à-dire un mélange de stations de ski, de villages, de petites villes et une moyenne. L’élu(e) sera vraiment le premier "député du Mont-Blanc"…
Dans cette nouvelle configuration, le député UMP sortant du secteur se replie logiquement sur la basse vallée maintenant centrée sur Bonneville dont il est maire et tout un chacun guigne le fauteuil tout neuf. Du côté de la gauche, le PS laisse évidement généreusement la place à une radicale de gauche ancienne maire de Servoz, vivement encouragée à aller au casse-pipe avec un suppléant aimablement fourni par Europe-Ecologie. Le Front de gauche envoie l’ancien maire de Passy faire le hallebardier d’opéra par principe. Ajoutez en poids plumes une trotskiste ou assimilée et deux écolos indéterminées pas forcément gauchos mais qui ne veulent pas de camions dans la vallée…  Et en face il y a quoi ?
Figurez-vous que les hautes instances parisiennes de l’UMP n’ont rien trouvé de mieux que de parachuter pour cette place théoriquement gagnée d’avance une charmante dame, certes native et conseiller municipal de Morzine, mais surtout parisienne et conseillère de Sarkozy en charge du sport à l’Elysée. Toussa sans consultation des notables locaux… Alors que beaucoup n’y pensaient pas seulement en se rasant. Du coup, les candidatures "divers droite" sont sorties comme perce-neiges : Les poids mi-lourds d’abord : Le maire quasi UMP de Sallanches, discrètement soutenu par son prédécesseur UMP sur zone, et le maire conseiller général de St Gervais, genre radical Borloo. Et puis les autres : Un animateur vedette de la télé locale TV8 Mt-Blanc, plutôt démocrate-chrétien, connu de tous et adoré des vieux ; le maire Nouveau Centre de Marnaz ; un autre encore… Et, bien sûr, le gars du FN, élu municipal à Cluses ; et celui de la Ligue Savoisienne, adjoint à Taninges. Encore est-on revenu de 16 à 13, le gars du MNR, élu municipal à Scionzier laissant finalement le champ libre au FN, deux divers-droite dont un adjoint de Chamonix ayant jeté l’éponge et le FOPOD ayant renoncé par civisme à présenter un candidat...

Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que dans cette circonscription où le rapport droite-gauche est de l’ordre de 65-35 et où, à droite, le FN n’a jamais fait que de la figuration, l’analyse des rapports de force en présence conjuguée au taux probable d’abstention et à la règle des 12,5% des inscrits conduit à envisager deux hypothèses possibles pour le second tour :
- soit l’abstention est faible et on pourrait avoir raz les cheveux un duel entre deux "divers-droite". On aura alors sauvé les meubles mais ce sera le plus "mou" qui sera élu.
- soit l’abstention est élevée et on pourrait avoir un duel gauche contre FN dont le résultat est bien connu.
C’est un peu pile ou face…

A l’idée que ça puisse se répéter ailleurs, j’avoue que mon café a du mal à passer…     

1 commentaire:

  1. La soi-disant droite tient sa défaite pour acquise. A juste titre évidemment. De là à brûler les vaisseaux qui lui restent, effectivement, c'est un peu fort de café et pourtant c'est ce que nous constatons.
    Alors, restons zen et essayons, comme vous dites,
    de faire en sorte que ces gens là aient le moins de députés possibles. Il n'empêche que nous sommes foutus.
    Amitiés.

    RépondreSupprimer