"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

jeudi 17 octobre 2013

Baltchukovic sert encore...


Commandeur de la Légion d’honneur et dans l'ordre des Arts et Lettres, Grand mécène de la Kultur, Initiateur et combattant inlassable des plus grandes avancées sociétales, Paul Gerbé rendit son âme au Prince de ce monde la veille de son 100° anniversaire…
Dans la chambre d’hôpital, seul auprès de lui, Schemeun venait d’écraser furtivement une larme et lui tenait la main lorsque la sinusoïde hoquetant sur l’écran s’est aplatie pour trouver définitivement le repos. La nature finit toujours par avoir le dessus.

La nature, justement… Bien sûr, une foule de guignols accompagna son tas de viande froide au Père Lachaise, souvent par curiosité mondaine. Mais c’était sans attendre que les administrateurs de la Fondation et la mouvance s’étaient déjà réunis informellement et dans la discrétion par respect pour le deuil, afin de débattre de l’avenir ; de leur avenir.
Car ce jeune morveux de Schemeun Sweborg à peine âgé de vingt-et-un ans se retrouvait non seulement seul et unique héritier de la fortune Paul Gerbé mais aussi le Président incontournable de la Fondation.
Comment se débarrasser de lui ?

L’occasion leur fut donnée par une gaffe involontaire de Schemeun dans ses décisions de gestion. Le truc imparable auquel il ne s’attendait pas.
Pour comprendre, il faut revenir aux heures les plus sombres de notre histoire et à ce qu’on appelait encore il y a peu le "dossier Baltchukovic". Igor Baltchukovic, alors âgé de quatorze ans était commis de cuisine au mess des officiers SS Totenkopf du camp d’extermination d’Auschwitz. Il les servait à table et leur rendait de menus services. La dernière fois qu’il a été aperçu, en janvier 1945, il portait une capote feldgrau au milieu d’un groupe d’une douzaine d’individus qui couraient en débandade dans les bois pour tenter d’échapper aux grenadiers mongols de l’Armée rouge qui les tiraient comme des lapins… Son corps n’ayant jamais été identifié et comme - en 245 -  il n’aurait que 103 ans, il pourrait encore être vivant… Or le nom d’Igor Baltchukovic, choisi un peu par hasard, avait été ajouté en 2014 sur les listes Klarsfeld pour justifier les frais de déplacement d’un journaliste d’investigation. Et il restait le dernier pour qui, bien évidemment, les recherches n’avaient pas abouties…
Il existait alors toujours à Paris une officine dédiée à la chasse aux nazis qui rémunérait deux emplois fictifs et payait le loyer de 80 m² de bureaux virtuels. Même si de rares et très modestes dotations budgétaires subsistaient çà et là, oubliées par la Knesset ou Bercy dans la routine des "services votés" de certains ministères, l’officine ne survivait que grâce à une généreuse subvention de la Fondation Gerbé.
Ayant bien appris les leçons de Paul en matière de gestion rigoureuse et sans états d’âme quand il s’agit de fric, Schemeun supprima d’un trait de plume ladite officine de la liste des "clients" de la Fondation.

Il ne savait pas que la Shoah n’a pas de date de péremption…

Ce fut un scandale. Créé de toute pièce, cette tempête dans un verre d’eau fut montée en mayonnaise par quelques journalopes prébendiers de la mouvance. Dans des tribunes enflammées, les autorités morales condamnèrent avec fermeté son mépris pour toutes les victimes de la barbarie, etc.
Bref, Schemeun dut démissionner de la présidence exécutive de la Fondation.   

Complètement écœuré, Schemeun était quand même suffisamment finaud pour négocier au mieux de ses intérêts une mise au clair de ses engagements financiers vis-à-vis de la Fondation. Il savait assez de choses sur les magouilles de la mouvance pour la forcer à se calmer.
Lesté d’un patrimoine résiduel et de revenus très consistants, il fit les arbitrages financiers nécessaires pour couper les ponts avec ses anciennes relations de l’entourage de Gerbé et déménagea.

Ensuite, Schemeun Sweborg ne fit plus parler de lui et disparut des écrans radar.

( à suivre... )

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