"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 28 octobre 2013

Etranges lectures...



Sans se faire trop d’illusions, Galipoff s’était astreint à réinterroger tous les témoins présents sur la scène de crime. Après avoir subi le torrent de jérémiades des deux africaines, des régularisées parfaitement intégrées, l’une serveuse de cantine scolaire et l’autre assistante maternelle, il leva une paupière quand le jeune commerçant chinetoque évoqua le chouraveur à capuche dont la présence l’empêchait de regarder dehors. Pourrait-il s’agir d’un complice étant là pour s’assurer que le travail allait bien se faire ? Le portrait-robot établi avec l’aide du Chinois ne donna rien… D’ailleurs, il comptait beaucoup plus sur l’interrogatoire de François Réséda qu’il savait intelligent et bon observateur de la vie de la rue.

François appréhendait cet entretien avec Galipoff qui était un type futé. En s’y rendant, il se remémorait son premier témoignage et n’était plus sûr d’avoir dit remarquer les deux négresses avant. Il ne fallait pas qu’il se contredise et puisse lui faire admettre qu'il n'avait pas regardé du côté où était la fille. Mais il se demandait toujours pourquoi il agissait comme ça…
L’interrogatoire suivit la procédure mais de façon décontractée ; ils se connaissaient.
"- Et à part ça, tu n’as pas vu passer une jeune femme ?" Galipoff venait de sauter du coq à l’âne en le regardant droit dans les yeux. "- Non !" François n’avait ni cillé ni rougi mais sa chemise était brusquement devenue humide au creux des reins… Galipoff n’insista pas. En le raccompagnant dans le couloir, chose inhabituelle avec les témoins, il lâcha "- Tu y crois, toi, à ce que disent les journaux ?" François fit une moue dubitative sans répondre. Ils se regardèrent. Ils se comprenaient…

Les enquêtes sur les relations, les affaires et la vie de Sweborg comme la fouille minutieuse de son luxueux appartement laissaient Galipoff perplexe.
Pour le volet financier, tout était kleen et tiré au cordeau. Des arbitrages de placements intelligents et des risques calculés, toujours judicieux et légaux pris par un type compétent qui, de ce côté-là, savait parfaitement où il allait. C’était donc dans l’épluchage de ses relations et de sa vie quotidienne que Galipoff mettait tous ses espoirs.  
   
Ses fichiers, carnets d’adresses et autres agendas comme le relevé de ses communications ne donnaient rien. On n’y trouvait que ses banquiers, assureurs, fournisseurs, médecins, livreurs de pizzas et femme de ménage qui, tous, furent cuisinés sans résultat. A part ça, pas de femmes et, curieusement, même pas de mecs. Comme si ce type ne vivait pas...  
Son vaste salon et sa riche bibliothèque ressemblaient à un décor de film : Tout y était à sa place. Pas une revue qui traîne, des bibelots de prix et des rayonnages de livres d’art auxquels il n’avait manifestement pas dû toucher depuis des années. Le tout égayé par un petit bouquet de fleurs que la femme de ménage avait instruction de renouveler. Galipoff nota qu’on n’y trouvait strictement rien pouvant rappeler le souvenir de Paul Gerbé…

Le plus étrange, voire incompréhensible si l’on songe à son passé, c’était son bureau où régnait un relatif désordre. On y trouvait en effet toutes sortes de bouquins en version papier commandés à l’étranger par internet. Il devait lire beaucoup et principalement des livres que l’on n’éditait plus en France depuis longtemps. Ça allait d’ouvrages d’historiens inconnus comme un certain Chaunu à un roman de fiction au titre bizarre : Le camp des saints. Il y avait aussi les œuvres complètes d’un dénommé Renaud Camus rééditées dans l’Etat autonome de Nord-Ecosse. Celui-là était mort en exil et Galipoff en avait entendu parler car un député d’EUV (Empathie Universelle Végétalienne, éphémère avatar avant prochaine scission de l’EELV historique) avait récemment évoqué ce type en défendant une proposition de loi. Vite enterrée en commission, elle visait à rétablir la peine de mort pour les incitations au racisme.  

Schemeun Sweborg, LE giton crépusculaire DU Paul Gerbé lisait ce genre de trucs ! Galipoff se mit à rire en pensant aux émois de Térébenthine Duclos-Cantamerlo, chef suprême de toutes les polices…

Il réfléchissait à cette énigme dans son bureau lorsque l’expert lui apporta enfin l’analyse du disque dur de l’ordinateur de Schemeun.  Galipoff se mit alors à dérouler machinalement les opérations dont la bête avait gardé les traces et où l’homme de l’art n’avait rien repéré de suspect.

Brusquement, il se raidit. L’avant dernière nuit avant le meurtre, Sweborg avait consulté tous les annuaires téléphoniques et fait des recherches sur Google. Il en avait fait défiler des pages et des pages en ouvrant de temps en temps des liens. Il avait dû y passer des heures.
Et cela toujours avec la même requête sur un seul mot-clef : "Soledad"…    
( à suivre... )

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