"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 21 octobre 2013

François est-il au parfum ?



Ce 18 Dix, François ne pouvait pas s’arrêter d’y penser.

Rue Guy Môquet, adossé au distributeur de préservatifs, il faisait la manche à la porte de la pharmacie. Les gens passaient en baissant les yeux, pressés de rentrer chez eux d’un pas rapide tant il faisait froid. Normal pour un mois de Dix. Ou de février comme François aimait le murmurer à ceux qui lui donnaient une pièce…

Comme chacun et notamment les clodos, François avait une histoire, son histoire. Il était veuf, tous ses enfants étaient partis vivre à l’étranger - vivre, quoi ! - et il avait volontairement fait le nécessaire pour se faire virer de son job très rémunérateur mais qui le faisait chier. 
A soixante-trois ans, il s’était astucieusement organisé pour vivre, somme-toute assez confortablement, sur le dos de ce système à la con devenu fou. Au début, le plus difficile avait été d’obtenir la carte de PSDF (Précaire Sans Domicile Fixe) qui permettait de mendier tranquille, d’insulter les gens si on en avait envie et de toucher toutes sortes d’allocs’. En tant que souchien, ce n’était pas gagné… Au demeurant, en jouant sur l’incompétence crasse des services sociaux et les heures de rendez-vous, il s’était arrangé pour que son dossier soit traité par une leucoderme ex-COTOREP, ce qui restait possible grâce au régime des quotas dans la fonction publique.
En parallèle, il s’était discrètement aménagé un vrai deux pièces sous les toits, un galetas tout confort garni de bouquins avec une connexion piratée aux réseaux. La mendicité était pour lui une contrainte de position sociale à laquelle il s’astreignait occasionnellement, ayant peu de besoins et aucun problème de fin de mois. Tel était François Réséda.

A l’abri sous son feutre genre Borsalino orné de quelques festons de moisissure, il suivait avec intérêt, en face, le manège du chouraveur cirage à capuche qui tripotait la marchandise derrière la vitrine du déstockeur chinois. Et celui du commis à face de citron qui l’avait à l’œil, mine de rien... Brusquement, les éclats de voix des deux grosses dondons sénégalaises lui avaient fait tourner la tête. Les deux sacs de graisse noire s’esclaffaient avec tant de bon cœur que ça secouait leurs avant-scènes comme des ballots de gélatine.
C’était alors qu’il l’avait vue.
Brune mais très pâle, les cheveux mi-courts bouclés, une mèche descendant au milieu de la joue et l’œil noir, son regard faisait penser à une fille qui s’apprête à passer un grand oral et qui en veut.  Elle avançait d’un pas décidé. Pas le genre à faire un écart de la ligne droite. François se rappelle avoir pensé "- Fichtre ! Avec celle-là, les autres n’ont qu’à se pousser".  Il ne la quittait pas des yeux.  L’avait-elle hypnotisé à ce point ? Il devait être trop focalisé sur son visage en s’interrogeant sur ce qu’elle était, sur celle qu’elle était.
Il est vrai qu’elle n’avait même pas baissé les yeux une seconde vers son sac lorsqu’elle en avait sorti le flingue. Elle continuait à avancer, désormais les deux bras tendus à l’horizontale avec le flingue au bout. Personne autour n’a dit l’avoir remarqué ! Mais surtout, lui François qui la regardait, n’a réalisé que lorsque le premier coup est parti !! En se jetant à terre derrière la poubelle, il a aperçu, le temps d’un éclair, le profil du type à l’instant même où il encaissait la seconde.  La bouche ouverte, il regardait la fille avec une expression d’incompréhension qui ne trompe pas. Dans une autre fraction de seconde, il avait entraperçu le dos de la fille tournant à l’angle de la rue…

Après avoir sauvé sa peau, il faut songer à se sauver des emmerdes et le chouraveur à capuche s’est éclipsé vite-fait. L’un des deux tonnages africains éventait l’autre qui était tombé dans les pommes…
"- Oui, m’sieur l’agent, nous vaquions à nos petites affaires, nous avons été choqués et ensuite on a regardé le type par terre, on n’a rien vu d’autre… Dites, on va avoir droit à quelque chose comme indemnité s’il n’y a pas de cellule d’assistance psychologique ?"

Quand les flics l’ont interrogé, François a dit qu’il comptait ses pièces dans le creux de sa main et qu’il n’avait rien vu non plus. Depuis, il se demande pourquoi. Ce n’était pas son genre, mais quelque chose d’indéfinissable l’avait poussé à se taire. Et il voulait comprendre pourquoi.
Il avait cherché à en savoir plus, mais pas une ligne n’avait évoqué ce meurtre dans les rubriques des faits divers des journaux.

Et voilà que huit jours après la presse en parle enfin. Donc, ce type était Schemeun Sweborg. "Le Théo Sarapo à Ger" comme François aimait dire à l’époque pour s’amuser de l’incompréhension des gens n’ayant jamais entendu parler de la môme Piaf. Les médias en faisaient tout un plat, à croire qu’on avait assassiné une grosse légume du genre Karim Benzema, ce sénateur quinquagénaire qui préside le Comité National Olympique... 
Et on dit que la police était sur les dents.

Putain ! se dit François. Manquerait plus que Galipoff essaie de me tirer les vers du nez…
( à suivre... )

1 commentaire:

  1. kobus van cleef23/10/2013 21:12

    Réseda , comme blaze, ça envoie du pâté
    c'est le nom d'un logiciel de gestion qui régit les mouvements de pognon entre la sécu et les cliniques , genre tu poses trois prothèses , et on te rétribue au tarif syndical
    la description de la fille qui égalise scheumen est assez rigolote
    manquent quand même les élements essentiels , tour de taille et de poitrine , bonnets de sousti , fringues de bonasse , jean serré , tout quoi
    sinon , j'adhère
    j'adhère à la demande des mammas afwicaines
    "si y a pas de cellule d'assistance psychologique est ce qu'on aura droit à un petit quéque chose comme indemnité?"

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