"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 14 octobre 2013

Gerbé en ses oeuvres...

( suite de vendredi dernier )



Paul Gerbé n’avait rien perdu de la scène par-dessus l’épaule de son interlocutrice du moment, une sorte de Quasimodo négroïde en version présumée femelle, sous-ministre chargé(e) de la condition transgenre et du droit des asexués qui était en train de le saouler avec ses jérémiades. Trop content du prétexte, il la quitta pour aller voir. Si les Zorglub étaient arrivés cinq minutes plus tôt, lorsque Gerbé s’entretenait encore avec le styliste italo-slovène qu’il venait de faire nommer président d’Ass Up’, tout aurait peut-être été différent.
Il n’était pas dans les habitudes d’un personnage aussi considérable que lui de s’abaisser au point de régler un problème de portier. Mais, alors qu’il cherchait à la ronde une échappatoire faute de pouvoir évincer brutalement un membre du gouvernement, aussi minus soit-il, il avait vu Schemeun…Et il s’était senti rajeunir de cinquante ans ! Au moins...

Certes, à 92 balais, c’était désormais un vieillard dont la taille s’était tassée et la peau fripée en dépit des cosmétiques. Mais il n’était ni voûté ni flagada et en remontrait encore par sa prestance à la plupart des sexagénaires de basse extraction usés par la mine. Grâce aux progrès de la gérontologie, de la chirurgie réparatrice, des organes de rechange accessibles sur le marché mondial et des améliorations apportées au Viagra par les laboratoires Pfizer, il ne doutait pas avoir encore de longues années devant lui.

D’ailleurs, rien ne lui avait jamais résisté. Pourquoi la nature lui résisterait-elle ? Il lui avait déjà suffisamment fait d’enfants dans le dos sans qu’elle réagisse.
Et pas seulement la nature mais aussi la contre-nature, sa vieille complice qu’il affectionnait tant et qu’il poussait toujours devant lui, parfois jusqu’à lui faire avaler ce qu’elle-même n’aurait pas pu imaginer toute seule…
Il avait brassé tant d’affaires, y compris dans le caviar ;  imposé sa marque et ses caprices à tant d’organes de presse ; créé, financé et contrôlé tant d’associations et lobbies aussi indispensables que Ass Up’, Sidacon ou Esso es moisi, nurseries où il avait nourri au biberon tant de larves comme Harley M’davnir pour les avoir à sa main, qu’il avait fini par faire aboutir toutes les avancées qui lui étaient chères.Toutes : Le Mariage "PousseTout" ; l’adoption itou ; la PMA, la GPA, l’IVV (Interruption Volontaire de Vieillissement) ; la suppression des vieilles fêtes obscurantistes ; etc. La CVG (Continuation Volontaire de Grossesse) était dorénavant mise sur le même plan et moins bien remboursée que l’IVG. La CVO (Cession Volontaire d’Organes) faisait encore un peu débat mais c’était en bonne voie… Son mépris des femmes - et des hommes quelconques - avait sûrement dû l’y aider et il ne voyait pas de raison que ça ne continue pas comme ça.
Cependant, le décès d’Yvan Saint-Lolgenre, le grand amour de sa vie avec lequel il s’était judicieusement pacsé tout juste avant sa mort, avait dû flanquer un coup à son karma. En outre, depuis l’élection du président Abderrahmane, il avait dû mettre une sourdine à diverses campagnes d’avancées sociétales trop en décalage avec les hadiths. Et bien que ses investissements récents dans des centres de location de ventres en batterie au Bengladesh génèrent des retours juteux au-delà de toute espérance, il avait un peu de vague à l’âme…

Et ce jour-là il avait vu Schemeun…

Un vrai retour d’âge… Bien sûr, en dépit des performances des plus récentes et onéreuses molécules de synthèse, il avait perdu la tonicité affective et charnelle lui permettant de conclure, et même d’entreprendre, comme au temps de ses vingt ans, quand il titillait la prostate de - comment s’appelait-il déjà ? - ah oui ! Barnum Bluffé, un griffonneur au fusain dont plus personne ne se souvient et qui avait fini naufragé avec une femelle tout juste bonne à se faire refaire le nez… Heureusement qu’il l’avait largué lorsqu’il a rencontré Yvan !
Bien sûr, aussi - ne vous méprenez pas - il était désormais surtout à la recherche d’une simple présence à ses côtés… Car même chez ses spécimens les plus utilitaristes, égoïstes et imbus de leur puissance, l’espèce humaine a besoin de ça à l’approche du crépuscule. La nature se venge…

Les deux blacks renfrognés avaient leur quant-à-soi mais c’est celui qui paie qui commande :

"- Laissez passer, je m’en occupe…"
( à suivre... )

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