"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

vendredi 18 octobre 2013

Indispensabilité de Térébenthine



"- Ça y est ! Je savais bien que ça me disait quelque chose…"

Térébenthine Duclos-Cantamerlo rentrait de Grenoble. Un de ces déplacements en province où l’appelait, presque chaque semaine, l’impérieuse nécessité pour les plus hautes autorités de l’Etat de venir s’incliner devant les dépouilles, prononcer l’oraison funèbre et réconforter les familles chaque fois que le nombre de victimes d’une guerre de gangs excédait la moyenne. Cette fois-là, c’était toute une famille de Kosovars liquidée par des dealers concurrents. Elle était très contente car le nombre exceptionnel de victimes de la tuerie et la barbarie atroce des méthodes employées lui avaient permis de prononcer un magistral discours sur "L’insupportabilité de la haine et l’extension du domaine de la lutte pour le vivre-ensemble"  Les premiers échos de presse étaient excellents.
Dans le jet ministériel du retour, elle s’était entretenue avec un journaliste du quotidien Têtu et ils en étaient venus à parler des sources de financement du journal. Au détour d’une phrase du type, c’est l’évocation de la Fondation Gerbé qui a provoqué le déclic : elle avait enfin fait le lien entre le mort de la rue Guy Môquet et ce dernier compagnon de Paul Gerbé dont on ne parlait plus depuis sept ans… 

Il peut paraître surprenant que ce lien n’ait pas été fait par la police après les constatations d’usage le jour du meurtre. C’était parfaitement normal. En effet, depuis la loi de 246 améliorant la protection de la vie privée et les libertés publiques, la DCRI avait notamment interdiction de détenir dans ses fichiers la moindre information sur les personnes bénéficiant du statut d’acteur du Progrès. Le fils adoptif de Paul Gerbé en faisait évidemment parti et tout ce qu’on savait sur lui avait été scrupuleusement détruit…
Le rapport établi après le meurtre par le commissariat d’arrondissement mentionnait donc, outre son nom et son prénom bizarre qui ne renvoyaient à rien d’administrativement connu, les seuls éléments de la carte d’identité trouvée sur lui ainsi qu’une vague enquête de routine à son domicile où le voisinage le disait discret et vivant seul. Les assassinats "à l’unité" étant d’une banalité quasi quotidienne à Paris et l’affaire ayant été classée "Sans Suites" par la ministre elle-même, on en était resté là.   

A peine de retour dans son bureau, Térébenthine demanda qu’on lui ressorte la fiche du 19 Dix. Puis que la PJ fasse une enquête approfondie et prioritaire pour trouver les coupables. Et, comme si les flics ne connaissaient pas leur boulot, une note interne et comminatoire précisa expressément qu’il y avait lieu "d’éplucher les archives de presse et du net concernant Schemeun Sweborg depuis son adoption par Paul Gerbé jusqu’à sa démission de la Fondation" et "d’orienter prioritairement les recherches vers les sources d’où émanait la violence des critiques diffamatoires alors formulées sur leurs actions"...
En effet, ce Sweborg avait été durant plusieurs années étroitement lié aux activités de progrès pilotées par Paul Gerbé. La haine qui animait les fascistes à l’égard de ce dernier était sûrement une piste et le meurtre de son protégé peut-être une vengeance de cette hydre malfaisante.

Térébenthine ne pouvait pas négliger cette hypothèse. Il était de son devoir pour la pérennité du Pacte Républicain de saisir cette occasion pour rappeler encore à tous et à chacun que la bête était toujours féconde…
( à suivre... )

3 commentaires:

  1. Ca va être dur d'attendre lundi.

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  2. Il deviendrait vite lassant de répéter chaque jour qu'on lit avec grand plaisir votre feuilleton. Je déclare donc une fois pour toutes que je l'apprécie et que j'en attends la suite avec impatience.

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  3. Le plus simple, c'est d'attendre lundi sans rien lire depuis jeudi. Comme ça, on en a beaucoup en une seule fois!!

    Popeye

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