"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mardi 25 février 2014

Centrafrique et balle au centre…



Parlons un peu de la République Centrafricaine…. Résumons d’abord en quelques lignes en quoi consiste ce bidule où nos soldats paient au tarif de leur vie une opération d’ingérence sans doute stratégiquement et géopolitiquement initialement justifiée mais totalement dévoyée par la connerie humanitaro-bisounoursienne.

Arbitrairement établi dans les limites administratives de l’ancien Oubangui-Chari du temps béni des colonies, la république de Centrafrique, comme son nom l’indique, est un non-pays qu’on n’a pas su appeler autrement. Déjà, pour désigner ce territoire improbable dont les contours doivent plus aux arrangements diplomatiques avec les Anglais après Fachoda qu’aux réalités géographiques, en prenant l’Oubangui qui charrie les chiens crevés vers le fleuve Congo au sud et le Chari qui fait idem des chèvres crevées vers le lac Tchad au nord, les administrateurs coloniaux ne se sont pas plus fatigués que les barbiches de 1871 pour nommer le département biscornu de Meurthe-et-Moselle hérité de Sedan…

- La Centrafrique, donc. Après avoir subi de 1903 à 1959 le supplice de 55 ans de joug colonial, ce pays territoire a  enfin pu jouir de son indépendance chèrement acquise retrouvée et profiter des charmes qu’offrent les coups d’Etat à répétition et les guerres civiles récurrentes. Quoique rustique, la méthode d’alternance de la gouvernance est toujours gagnante : prise ou dépose du pouvoir avec souvent l’aide de l’armée française. Ou, surtout depuis que la Françafrique n’a plus bonne presse, avec l’aide de mercenaires étrangers, souvent Tchadiens ou Congolais, que l’on rémunère à moindre frais en les laissant se servir grassement sur la bête, nourriture, bétail, femmes et petits garçons compris… A ce jour, au terme de 54 années d’indépendance, on notera que sur la douzaine de chefs d’Etat s’étant succédée, c’est un capitaine mégalomane auto-promu Empereur qui a tenu le plus longtemps (14 ans)
On retiendra surtout que le système local d’élection reste résolument stable sans souffrir les fréquentes révisions constitutionnelles qui sont notre lot. Quelque part, c’est rassurant… En effet, quelle que soit la tendance de l’élu, la victoire revient toujours à celui qui bénéficie du plus grand nombre de machettes. Il est vrai que le résultat aurait pu être différent en comptant des bulletins, mais ce n’est somme-toute qu’une manière démocratiquement différente de dégager une majorité. Il faut savoir respecter les diversités culturelles…
Il est vrai que, de nos jours, la férocité du progrès technique ayant avantageusement remplacé les machettes par les kalachnikovs, le coût logistique qu’implique l’acquisition et l’approvisionnement des bulletins en consommables n’est plus ce qu’il était au temps des sagaies. Les campagnes électorales nécessitent donc de plus en plus l’intervention de financements extérieurs. Comme quoi le progrès ne satisfait pas toujours les espoirs que l’on a pu mettre en lui. Mais je m’égare…

- La Centrafrique, donc. Dans un pays où l’Etat, quasi virtuel, ne maîtrise rien, sévit une guerre civile d’intensité variable mais quasi permanente depuis 2004. Elle oppose Boizizé porté au pouvoir par un coup d’Etat appuyé par la France et Djotodja appuyé par des soutiens extérieurs (Soudan, etc.)  Pour tenter de stabiliser la région, l’ONU et les pays d’Afrique centrale ont déployé sous les doux noms de MINURCAT, FOMAC, MICOPAX, MISCA, diverses "forces de paix" exclusivement constituées de détachements afwicains. Ce qui permet de se donner bonne conscience mais ne sert à rien. Sans vraie valeur militaire, les armées afwicaines sont en générale formatées dans un seul but : le maintien musclé de l’ordre intérieur au profit du pouvoir en place en vivant sur l’habitant. On pourrait donc les penser plutôt adaptées à l’objectif. C’est oublier que les pays fournissant les contingents se foutent en général éperdument de l’objectif. Outre le fait de se montrer responsables et coopératifs avec les instances internationales, c’est pour eux l’occasion d’envoyer leurs troupes s’entraîner et parfaire leur formation sans les faire supporter par leurs propres populations et, surtout, le temps de la mission, de faire payer leurs soldes, équipements, intendance, carburant et munitions par les budgets de l’ONU et autres machins…
Ça me rappelle l’escorte que Kadhafi m’avait aimablement fournie il y a une quinzaine d’année pour traverser le Fezzan. Plutôt que de laisser ces appelés faisant leur service militaire traîner leur désœuvrement dans une caserne, autant les occuper un peu en les faisant nourrir et payer pendant dix jours par mes dollars…
Mais je m’égare encore…   

Donc, Djotodja prend le dessus, vire Boizizé et s’installe à Bangui avec ses soutiens de la Seleka. Et comme le veut l’usage confirmé par la jurisprudence depuis l’Indépendance, la Seleka commence accélère la mise en coupe réglée de la population. Traduction diplomatique : La guerre civile s’intensifie. Traduisons plutôt (pour qu’il y ait guerre il faut être deux) : Les massacres de populations abandonnées par tous s’intensifient sans perspective d’autres limites que leur éventuelle extinction…
Fort d’avoir "vécu le plus beau jour de sa vie" au Mali, François II Pédalonaute envoie en CDD un "corps expéditionnaire" pour s’interposer. Sauf qu’au Mali, on n’allait pas pour s’interposer mais pour éliminer… Peut-être plus encore que dans d’autres pays afwicains, dans un merdier comme la Centrafrique il faut savoir choisir son camp ! Sinon l’indigène de comprends pas ce qu’on fait là et on se met tout le monde à dos.

Résumons : Dans un pays territoire peuplé de 80% de chrétiens et 15% de musulmans, les hommes de la Seleka, (musulmans et souvent mercenaires venant de l’étranger) se sont livrés à la chasse aux chrétiens avec souvent la complicité passive des musulmans locaux. Des milliers de morts en quelques semaines ont évidemment suscité l’apparition spontanée, dispersée et peu armée de milices chrétiennes d’auto-défense, les anti-Balaka. Arrivés après la bataille (après le plus gros des massacres), les Français ont évidemment commencé par vouloir désarmer les criminels de la Seleka, subsidiairement transformés en interlocuteurs légitimes et entrepris de favoriser la mise en place d’une autorité fantoche d’un pouvoir de transition et de consensus
Qu’attendait-on ? Evidemment, la haine compréhensible accumulée par l’écrasante majorité de la population contre la Seleka s’est traduite par un désir immédiat de vengeance. L’occasion est trop belle d’assouvir ce ressentiment atavique contre cette Seleka, incarnation génétiquement avérée des colonnes infernales islamiques qui, il n’y a guère plus d’un siècle, venaient là razzier ses esclaves pour la traite orientale. La chasse est donc ouverte contre les tueurs et tortionnaires de la Seleka avec son lot inévitable d’excès et d’exactions commises par des miliciens anti-Balaka de la dernière heure contre le premier musulman leur tombant sous la main.
On oublie vite les femmes pas seulement tondues chez nous à la Libération…    

Résultat, la France est accusée d'avoir exclusivement désarmé les milices de l'ex-rébellion Seleka. "Ce désarmement à géométrie variable a livré les populations à la vindicte des milices chrétiennes anti-balaka" La pétoche d’être considérés comme faisant le jeu des 80% de chrétiens agressés contre les pauvres 15% de musulmans a modifié la doctrine initiale professée par Paris et le général commandant nos forces sur place l’a dit très officiellement à Bangui :
"Ceux qui se disent 'anti-balaka' sont devenus les principaux ennemis de la paix en Centrafrique, ce sont eux qui stigmatisent les communautés"

Les ONG s’y mettent et j’ai entendu ce matin sur Fwance-Cul’ commencer à parler d’épuration ethnique en attendant qu’on parle de génocide et de crime contre l’humanité perpétrés par les chrétiens de Centrafrique contre leur minorité musulmane !

Excellent travail de notre gouvernement laïc… 

6 commentaires:

  1. Excellente (et divertissante malgré la gravité du sujet) synthèse. Bravo !

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  2. lire à ce sujet l'excellent commentaire de Bernard Lugan qui analyse , comme toujours avec connaissances immenses, la situation

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    1. http://bernardlugan.blogspot.fr/2014/02/centrafrique-ce-ne-sont-pas-les.html

      Merci, je ne l'avais pas lu.
      +, en complément :
      http://bernardlugan.blogspot.fr/2014/02/centrafrique-point-de-situation-19022014.html

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    2. Bon, vous vous plaignez de Khadafi pour son escorte douanière ! C'était un honneur. La corvée fut-elle compensée par un allègement des charges utiles au passage des dunes ?

      Le commandement français sur place est sans doute aucun de votre avis, mais la rue Saint-Dominique n'a pas encore communiqué les éléments de langage qui vont bien pour s'exprimer.

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    3. 1° D’abord, je ne me suis jamais plain de Kadhafi ! Ce fut (à mon égard, I specify) un homme d’une grande urbanité^^ Tout au plus ai-je dit son fait (à mes risques et périls) à un de ses gouverneurs locaux qui, dans le hall de l’aéroport de Sebha, a envoyé un de ses gardes du corps m’arracher mon stylo des mains parce qu’il n’avait rien sur lui pour écrire ! Mais bon…
      2° L’escorte n’était pas douanière mais militaire. Son seul job était de sortir les mains des poches pour authentifier nos laisser-passer auprès des collègues en pick-up à mitrailleuses occasionnellement croisés dans le désert. Ni portage, ni corvée de cuisine ni le moindre geste pour aider à bricoler le ressort de suspension cassé…
      3° Essayez d’être plus clair dans vos phrases. Ceci-dit, j’imagine un commandement sur le terrain réagissant "en situation" : "- J’attends les éléments de langage du cabinet du ministre"…

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  3. Quand les musulmans massacrent des chrétiens, nos élites ne se bougent pas beaucoup, vous avez dit bizarre comme c'est bizarre!

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