"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

dimanche 4 mai 2014

Vingt ans après…



Non, ce n’est pas le roman d’Alexandre Dumas. C’est le vingtième anniversaire de l’inauguration du tunnel sous la Manche. Une aventure bien plus prosaïque que les chevauchées tardives de d’Artagnan.

D’une certaine manière, cette aventure fut la dernière dont les acteurs, des ingénieurs jusqu’au dernier des ouvriers, avaient encore lu Jules Verne lorsqu’ils étaient enfants. Les derniers petits-enfants et arrière-petits-enfants des types qui, à la Belle-Epoque, avaient entrepris la construction du Tramway du Mont-Blanc, ce train à vapeur dont j’ai vu à regret les wagons de western remplacés par d’horribles michelines quand j’avais douze ans. C’était l’œuvre d’une génération Jules Verne qui rêvaient de hisser leurs locomotives avec leurs stocks de briques de coke et leurs wagons brinquebalants, sinon jusqu’au sommet, du moins jusqu’à l’aiguille du Goûter à 3.860 m. La Grande Guerre aidant, la motrice s’arrête depuis un siècle en bout de rail, au-dessus du glacier, à 2.360…
Mais je m’égare.

Le Tunnel a vingt ans de service. Nostalgie donc car ça ne me rajeunit pas et éveille chez moi des souvenirs d’anecdotes vécues à l’époque, car j’avais dû vivre quelques années en quelque sorte à l’ombre du tunnel… Evoquons juste ce trajet de retour en shuttle, avant même l’ouverture du service au public : Tant réglages et rodage sont le lot de tout démarrage, nous étions restés immobilisés plus d’une heure au beau milieu (dessous) du Channel sans plus d’info que d’ordinaire dans un bestial TGV... Par un heureux hasard, le président de la Chambre de commerce gestionnaire du port des ferries et fameux adversaire du tunnel, se trouvait trois bagnoles derrière moi dans la rame. Nous nous connaissions et la conversation fut d’un réel agrément pour passer le temps…
Mais je m’égare encore.  

Une entreprise à la Jules Verne disais-je. A ceci près que Jules ne perdait pas son temps à nous dire comment le capitaine Nemo avait financé le Nautilus ni Phileas Fogg son voyage…
La période de construction, 1988-1993 n’est pas neutre à cet égard : Thatcherisme triomphant chez les rosbifs et Mitterrandisme 2° manière capitalisto-affairiste chez nous. Financement privé donc pour un chantier pharaonique où Pharaon ne mettait pas ses sous mais rajoutait chaque matin au gré de ses caprices de nouvelles normes dans le même plateau de la balance. Bien des petits couillons de Français ont alors pu avantageusement remplacer leurs emprunts russes et autre Panama trop jaunis et mités, mais c’est une autre histoire…

Surtout, les temps ont changés. Il y a quatre lustres, Sa gracieuse Majesté et le Mythe Errant encore en pleine forme vous ont fait une cérémonie d’inauguration que je vous dis pas. J’y étais. Aujourd’hui, la Mitterrandie s’est dégradée en Hollandie, le secrétaire d’Etat aux transports, à la mer et à la pêche viendra en voisin poser une plaque mémorielle et les invités seront tenus à une distance hyper sécurisée, des fois que les récentes prises d’assaut de Melilla donnent des idées aux centaines de Somaliens et autres qui baguenaudent dans le coin…

Cette aventure est terminée. Il reste la banale routine d’une voie ferroviaire ouverte à des RER un peu chics et à des rames de ferroutage pour bagnoles et poids lourds. Il y a 5 ans déjà, Eurostar faisait sa pub en dégradant par sa bêtise le dernier symbole de l’aventure :  

1 commentaire:

  1. je ne suis jamais montée dans ce train ni allée en Angleterre, je suis allergique à cette langue envahissante que même mon ordinateur voudrait que je comprenne ...
    l'affiche me laisse sans voix ...et comme j'ai quitté Orléans depuis trois ans pour me caser dans les deux sevres ,..
    .l'auteur a du lire "la pub pour les nuls" ou c'est un artiste émergeant...

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