"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

vendredi 25 juillet 2014

Obsèques dans la plus stricte intimité.




Pas de faire-part. Dans les rues désertes d’un Paris-au-mois d’août, le corbillard passera sans faire plus de de bruit que celui conduisant Mozart à la fosse commune, suivi par un chien dans les rues de Vienne. Le corbillard d’aujourd’hui se résume à une brève en ligne annonçant la conduite du de cujus au pilon des titres disparus. Il n’y aura pas grand monde pour cette mise en terre. Le milieu se passionne pour les crises successives, chaque fois plus intenses et rapprochées, qui permettent à Libération de se faire peur sans que son pronostic vital ne soit vraiment engagé. Quant à l’acharnement thérapeutique dont bénéficie l’Humanité, son coût en dépenses sociales ne fait pas débat comme pour Vincent Imbert. C’est rassurant.
Le décès brutal et inattendu du Spectacle du Monde ne provoquera pas une avalanche de mots de condoléances ou une ligne de communiqué du Sinistère de la Kultur. Personne ne se dira dévasté
  
"Il faut de l’agréable et du réel ; mais il faut que cet agréable soit lui-même pris du vrai." Présente dès l’origine en page trois de la publication, cette phrase de Blaise Pascal exprime parfaitement l’esprit de cette revue de haute tenue. Avec le recul qu'interdit à la presse quotidienne son nez dans le guidon, et sans la lecture trop précipitée des évènements qu’impose le rythme hebdomadaire, Spectacle offrait chaque mois depuis plus de cinquante-deux ans une relecture réfléchie et une mise en perspective de l’actualité politique, géopolitique, sociétale et de tous les domaines de la culture. Elle permettait à l’honnête homme de se poser et, ainsi, de pouvoir prendre conscience des dimensions parfois insoupçonnées des évènements et, aussi, de découvrir souvent l’intérêt de certains sujets lui étant étrangers.
Hormis quelques assez courtes interruptions volontaires à des moments de ma vie trop prenants pour que je puisse suffisamment profiter de sa lecture, j’y suis abonné depuis quarante-cinq ans… J’en ai cinq cartons à la cave car c’est le genre de revue qu’on répugne à jeter après consommation. S’ils sont forcément aujourd’hui datés, je suis sûr que feuilleter ces anciens numéros doit permettre de retrouver le "climat" de certaines périodes et de découvrir bien des analyses prémonitoires… Pour le fun, je garde le souvenir fugace de quelques articles aux apparences de billets d’humeur mais d’une profondeur exceptionnelle dans la mise en perspective. Comme, par exemple, un article de Jean-Raspail sur le tutoiement ; et même un autre de François Brigneau sur… le rugby…  

Aujourd’hui, j’ai devant moi le numéro 613, celui de juillet-août. C’est le dernier ; il n’y en aura pas d’autres… Et, contrairement à ce qui est fréquent dans la presse, pas un mot n’y annonce sa propre mort.

Fondé par Raymond Bourgine en 1962, Le Spectacle du Monde a toujours été résolument de droite, tant par la qualité des plumes dont il hébergeait la prose que par le soin et le souci de qualité apporté à l’esthétique, à sa mise en page élégante et au choix des illustrations.

Nous étions 16 500 abonnés. Mais le titre ne dispose évidemment pas des mêmes indulgences d’enfant gâté que l’Huma, par exemple. Profitant de la vacance de l’été, le groupe de presse Valmonde vient donc d’évoquer un manque de rentabilité pour arrêter la publication en s’amputant d’une de ses deux guiboles essentielles (Va-t-il s’appeler dorénavant le groupe Val ?)
Va pour le manque de rentabilité… L’OJIM, toutefois s’interroge. Ne s’agirait-il pas aussi, ou plutôt, d’une question de "ligne politique" ?  Le Spectacle du Monde a toujours joué la carte d’une large ouverture sur toutes les sensibilités de droite. Par les temps qui courent où, du centre-droit aux courants les plus affirmés de la droite identitaire et/ou euro-méfiante, des recompositions sont probables, voire des bouleversements possibles, le positionnement ouvert du Spectacle ne serait peut-être plus jugé en adéquation avec l’orientation très libérale et franchement pro-sarkozyste de Valeurs Actuelles, titre phare en pleine croissance sur lequel le groupe Valmonde met visiblement le paquet ?

Quoi qu’il en soit, la fin de Spectacle du Monde est une perte pour la culture française.  

1 commentaire:

  1. une perte pour la culture française ne peut que réjouir ceux qui sont en train de tout faire pour faire disparaitre la culture française , Tu pleures et avec toi , ceux qui trouvaient plaisir a lire un journal bien écrit et au texte réfléchi...ailleurs ça doit rigoler ...

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