"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

dimanche 21 septembre 2014

Encore un "d’avant" qui s’en va…



André Bergeron est mort. Ça se fait souvent quand on affiche 92 balais au compteur…

Vous n’en avez rien à foutre. Pourquoi donc évoquer ici sa mémoire ? Parce que je l’avais fait l’an dernier pour Pierre Mauroy et qu’il n’y a pas de raison d’en priver André, sa mort m’ayant pareillement amené à méditer sur le changement radical d’époque.

Bergeron aura été un exemple parfait, tout à la fois, du Français moyen d’une autre époque et de l’apparatchik indispensable au fonctionnement d’un système révolu. Un modèle standard de "Français moyen" désormais obsolète et objet de dérision. Et le modèle-type des lubrifiants d’un système s’étant nourri de la croissance des "trente glorieuses" puis de ses beaux restes jusqu’à épuisement ;  un système dont on tente encore aujourd’hui de maintenir la mémoire en psalmodiant les mots désormais vides de sens : "modèle social français" et "partenaires sociaux"…

André Bergeron incarnait la moyenneté raisonnable d’un peuple laborieux et volontaire qui croyait dur comme fer au progrès et aux vertus d’un ascenseur social qui n’était pas un vain mot. Originaire de Belfort, fils de cheminot, ouvrier d’imprimerie ayant longtemps vécu en HLM, sa femme s’appelait Georgette… Un Français d’avant… Une autre époque !
Apprenti typographe âgé de quatorze ans, il fait les grèves de 36 sous le Front Popu. Dès lors, il se voudra avant tout syndicaliste. Réticent devant l’ingérence des partis politiques dans le syndicalisme il quitte la SFIO. A la CGT, il s’inscrit dans la mouvance refusant la mainmise communiste sur la confédération et, lors de la scission, devient et restera toute sa vie un permanent du nouveau syndicat CGT-FO. Comme disait Coluche : "FO, le syndicat qu’il vous fâut !"…      
Treize ans plus tard, il deviendra secrétaire général de la CGT-Force Ouvrière et le restera 26 ans. Rendez-vous compte ! De 1963 à 1989 ! L’âge d’or du syndicalisme pantoufle :

- Les besoins de la reconstruction puis le coup de fouet donné par la politique industrielle volontariste de De Gaulle, le quasi plein emploi et la continuation de la croissance jusqu’au choc pétrolier de 73 rendaient faciles les avancées sociales et la sédimentation des droits acquis. Suffisait de demander en faisant un peu de foin pour la forme… Lors des accords de Grenelle en mai 68, auxquels participa évidemment Bergeron, le patronat était d’ailleurs à bien des égards prêt à aller plus loin que le Gouvernement. Tout le monde avait de la marge…
- Les moyens ne manquaient pas. Adossé à l’institution du "monopole syndical", l’invention de la gestion paritaire, bien pratique, permettait (et permet toujours) à tous et à chacun de se sucrer de juteuses prébendes sur la bête tous azimuts, de la Sécu à la formation professionnelle…
- Chacun avait ses forteresses. Par exemple, pour FO dans les hôpitaux… On tenait les troupes et, de toutes façons, on n’avait (on a certes toujours) de comptes à rendre à personne. Et on pouvait compenser un manque de cotisants grâce à la guerre froide. Si la CGT pouvait compter sur Moscou, FO, via la CISL, était alors rassuré sur ses fins de mois grâce aux largesses de la CIA…
Bref, tout baignait…

Une autre époque, disais-je…

Aujourd’hui, c’est fini. Seul le manque de courage de nos gouvernements successifs assure la survie d’une caste de prébendiers que les réalités du temps auraient dû contraindre depuis longtemps à vendre leur énorme patrimoine de châteaux et de manoirs comme toutes vieilles noblesses désargentées.
En effet, il n’y a plus de croissance, plus d’emploi, plus de guerre froide, plus rien pour faire tourner la machine comme avant.
Et puis, surtout, la classe ouvrière n’existe plus. Et ce ne sont plus les quatre vieilles (CGT-CFDT-FO-CFTC) qui font chauffer le moteur au point-mort de la Bastille à la Nation avec les syndicats de chômeurs et collectifs de sans-papier…
Il est fini le temps où l’on tenait les troupes. Elles passaient sagement, à la sortie des usines, entre les pointeaux du patron et les permanents encore plus vigilants du syndicat ! Aujourd’hui, plus d’OS à la chaîne en 3x8 ni d’ouvrières du textile. Ils sont chauffeur-livreurs seuls dans leurs bahuts avec le plan de leurs tournées et vendeuses de prêt-à-porter made in China seules avec la patronne dans la boutique… Allez les tenir avec ça !

On prétend s’attaquer aux monopoles des professions règlementées. Maintenant qu’André Bergeron n’est plus là, ça ne le chagrinera plus si on ouvre à la concurrence la profession règlementée des partenaires sociaux
  


Le look du panneau est aussi d'une autre époque...

1 commentaire:

  1. Vous êtes sévère... C'était quand même une époque où l'on pouvait rire.
    Aujourd'hui, sourire est suspect.

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