"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mercredi 19 novembre 2014

L’adjectif se suffit à lui-même…



Vous connaissez Alain Tourret ? Non ? C’est pas grave. Avocat, maire de Moult (1.900 habitants dans le Calvados ; j’ignore comment on les appelle), il aura 67 ans le jour de Noël (n’oubliez pas). Et il est député radical de gauche comme de juste… Le FOPOD l’a nominé pour le Bavoir du jour. Du jour seulement…

Porte-parole de son groupe à l’Assemblée, l’actualité récente lui a donné l’occasion de postillonner à la tribune sur cette "droite, revancharde par nature, réactionnaire par tempérament, aiguillonnée par des factieux, décidé de remettre en cause cette loi [Taubira sur le mariage zinzin] témoignant du progrès humain."… C’est vrai que pour trouver quelque chose à dire et occuper le temps de parole accordé au groupe rad-soc, ça demandait moins de préparation que de décortiquer le budget voté comme un seul homme au prix de trois portefeuilles ou d’interroger le ministre sur la livraison d’un bateau. Là, il suffisait d’enfiler des mots. Des mots, justement.
Dans sa péroraison, notre homme nous a rappelés comme une évidence que la Loi instituant le mariage pour tous avait rejoint les grandes lois fondatrices et essentielles. Et que, avec les lois accordant le droit de vote aux femmes, abolissant la peine de mort et légalisant l’interruption volontaire de grossesse, elle faisait désormais partie de notre patrimoine républicain.   

Evoquer et mettre en équivalence dans une même phrase que le refus de la mise à mort post-natale, la promotion de la mise à mort prénatale et la promotion de l’accouplement stérile du même au même sont des composantes essentielles de notre patrimoine républicain est un petit bijou qui mérite qu’on s’y arrête. Pour l’orateur, tout est dit. Le clou ainsi enfoncé est définitif et ne mérite aucun complément argumentaire. Pourquoi ? Parce que, et seulement parce que, le "patrimoine" dont il s’agit est qualifié de "républicain" !

Généraliser l’adjectivation des substantifs est une pathologie du langage qui permet de tordre le réel. Ainsi, le mot citoyen n’est guère plus utilisé que comme adjectif. Un citoyen, keksé ? Le définir nécessite d’entrer prosaïquement dans le réel. Le désigner par ce qu’il est nécessite de dire ce qu’il n’est pas, donc de discriminer, cépabien.
"Entreprise citoyenne", comportement "citoyen", "Mouvement Républicain et Citoyen", toussa fait florès. En revanche, le citoyen n’existe plus. Même le Ploukèm’ ne connait que les acurabas
L’adjectif citoyen, lui au moins, n’a pas besoin qu’on explique ce qu’il veut dire. C’est un qualificatif, il porte en lui-même son propre sens, indiscutable, indiscuté, postulatoire. Son origine étymologique provient d’un terme certes éminemment positif mais vieilli et désormais si peu usité qu’il importe peu qu’on s’attarde à en rechercher le contenu allant de soi  
Il en est de même pour l’adjectif "républicain". Il suffit à positiver sans contestation possible ce qu’il qualifie. Même et surtout quand le substantif qu’il rend digne de tous les honneurs citoyens est d’une vacuité sans nom. Utilisé en adjectif, "républicain" se révèle capable de rendre autonettoyante la plus sordide des auberges espagnoles comme la plus virtuelle et subventionnaire assoc’… L’exemple le plus courant est celui du Pacte républicain. Personne ne sait ce que ça veut dire mais nul ne saurait se dispenser de faire devant au moins une génuflexion de dévot pressé et nul n’oserait en ricaner sans être promis au bûcher pour avoir proféré le pire des blasphèmes.

Donc, nous avons un patrimoine républicain. Grâce à Alain Tourret, contre toute attente, nous avons la chance de savoir enfin de quoi ce truc est fait, quel liant en solidifie les inébranlables fondations; bref ce que sont ses racines chrétiennes républicaines. Le moins que je puisse dire c’est que ce patrimoine n'est pas le mien.    

1 commentaire:

  1. Le qualificatif citoyen a eu son apogée sous Mitterrand, sauf erreur. de ma part. Son usage s'est un peu atténué après, mais ça me hérisse encore.

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