"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mardi 12 mai 2015

Les "printemps" sont éternels…



Donc, après avoir confié dans un discours officiel la « "fascination" de sa génération pour le régime castriste », le chef de l’Etat est allé baiser le soulier de Sa Sublime Grandeur Scintillante Fidel Castro, dernier Pontifex Máximo de l’espérance fracassée mais pas du tout fantasmée de la Parousie stalinienne...

Ce voyage officiel à Cuba était-il opportun ? Il l’était. Pourquoi ? Même si on n’a à leur  vendre que du savoir-faire hôtelier et des produits alimentaires en excédent depuis l’embargo russe à défaut de Rafale, Mistral, Airbus et autre EPR, c’est un pays comme un autre où s’ouvrent des marchés. On fait bien risette aux chinois et aux satrapes du Moyen-Orient. Contraint et forcé par le réel, Cuba semble en train de devenir une dictature, certes aussi féroce que la chinoise mais seulement une dictature. Oui, progressivement et sans encore rien toucher aux symboles, une simple dictature. Jusqu’à avant-hier soir, il ne s'agissait pas d'une dictature genre Tiers-Monde qui s'enrichit et combat ses opposants. Le castrisme était un véritable projet totalitaire d'ordre communiste : collectivisation, parti unique, chef unique, idéologie unique obligatoire et éducation centrée sur le formatage d’un homme nouveau… Aujourd’hui, le régime est à genoux et sait au vu des cours du baril que la perfusion de pétrodollars du Venezuela est à sec. Pour rester aux affaires, la clique au pouvoir est donc en train de tenter l’option choisie avec succès par le Parti Communiste Chinois… Bien sûr, pour la démocratie on repassera, mais ce n’est pas notre problème…

Reste la visite à Fidel… Voilà un type de 88 ans, diminué et médicalisé, qui n’occupe plus aucune fonction officielle, pas même honorifique, dans le pays. Ce n’était donc même pas une obligation protocolaire ; juste une visite à une icône momifiée pour lui baiser le pied par dévotion publique. Pas même une visite privée : Accompagné à nos frais par son conseiller diplomatique et, sans qu’on sache pourquoi, par J-P Bel, viré l’an dernier du Sénat et de sa présidence et qu’il faut bien occuper…
Comme il a dit l’homme au pédalo : “J’avais devant moi un homme qui a fait l’histoire" et, avec son phrasé particulier : "Je sais ce qu'il a pu représenter aussi pour des peuples, y compris en France, et donc il y avait cette volonté de ma part d'aller vers lui, comme lui il voulait aller vers la France" Du grand n’importe quoi…

Bon, sur le sujet, l’essentiel a bien été dit ce matin par l’ami Corto. Je ne vais donc pas venir en ajouter à son indignation.

Je voudrais évoquer ça sous un autre angle, celui de cette espèce d’excitation émotionnelle qui saisit chez nous les élites, les pisse-copies et les masses imbéciles chaque fois que n’importe qui renverse un simple dictateur exotique quelque part, et de préférence loin… C’est le syndrome des printemps…
C’est un prurit de romantisme. Il y a deux phrases que je retiens : Celle de Maurras disant : "Le romantisme, voilà l’ennemi !" et celle de votre serviteur disant un jour dans un bistro : "On trouvera toujours des Antigone, des Créon c’est moins sûr…"
Vous avez tous en mémoire les Printemps arabes : Tunisie avec le Jasmin, Egypte, Lybie, Syrie… et l’engouement que ça a suscité chez nous. Racontez-moi la fin du film… Il y a eu aussi le Printemps Orange en Ukraine recyclé en Maïdan 
Mais moi qui ne suis plus un perdreau de l’année, je pourrai vous en rappeler d’autres. Bien sûr, tous n’ont pas tourné à la catastrophe. Mais le prurit du romantisme qui remonte chez nous au XIX° avec les espoirs d’indépendance de la Pologne et de la Grèce s’est progressivement dégradé. Bien sûr, il y a eu le printemps de Solidarnosc. Bien sûr, aussi et avant ça, il y a eu le Printemps des Œillets au Portugal pour renverser Salazar. Je m’en souviens très bien et ça ne s’est pas passé sans moult lynchages…
Enfin et surtout, je me souviens des photos de reportage en noir et blanc dans Paris-Match à la gloire de Fidel Castro et de ses barbus dans la sierra Maestra. Tout l’établissement parisien et germanopratin se pâmait devant le macho viril à cigare qui allait forcément renverser Batista et amener la démocratie sur l’île…   
    
J’avais 15 ans quand Castro a pris le pouvoir à La Havane. Hollande, lui, n’avait que 5 ans. Il n’a connu de la férocité totalitaire castriste que l’indulgence mâtinée de nostalgie post-léniniste qui prévalait dans les années 70 et 80, les années Mitterrand dont la femme était en France une groupie assumée du Lider Máximo
Peut-être Hollande n’a-t-il fait cette visite que comme une génuflexion de dévot pressé ; sans doute l’a-t-il faite à nos frais comme un touriste qui ne va pas rater de se faire prendre en photo devant un temple d’Angkor où il n’ira qu’une fois dans sa vie ; mais plus probablement, il l’a fait parce qu’il a naïvement pensé avec ses communicants que ça renforcerait à sa stature internationale

Il y aura d’autres Printemps… 

1 commentaire:

  1. "Tout l’établissement parisien et germanopratin se pâmait devant le macho viril à cigare qui allait forcément renverser Batista et amener la démocratie sur l’île… "

    Ils se sont aussi pâmés pour l'arrivée au pouvoir des khmers rouges, D. Mitterand en tête.
    A chaque fois qu'un type qui s'autoproclame révolutionnaire et de gauche prend le pouvoir, cela va être un miracle pour la démocratie et l'humanité....

    Droopyx

    RépondreSupprimer