"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 27 juillet 2015

Les simplifications-mystifications…



C’est donc, aujourd’hui, en la fête de Sainte Nathalie, que M. Jean-Christophe Sciberras remet au gouvernement son rapport sur la simplification du bulletin de paie

- Ignorant tout de ce M. Sciberras, je pensais qu’il s’agissait de l’un quelconque de nos 577 députés. Ben non. Il est DRH de chez Solvay après l’avoir longtemps été chez Renault et est l’actuel Président de l’association nationale des DRH. Bon. Faut dire aussi qu’il a été conseiller technique au cabinet de Martine Aubry du temps où, ministre du travail, elle instituait les 35 heures, ce qui vous pose un homme… C’est donc ce monsieur à qui le gouvernement a confié diverses missions telles que, par exemple, de présider le Groupe de Travail «lutte contre les discriminations dans l’accès à l’emploi et au travail », ce qui lui a déjà donné l’occasion de remettre un volumineux rapport sur l’instauration du CV anonyme dont tous les DRH rigolent sans doute encore. Accessoirement, c’est aussi lui, en juin 2012 - juste après qu’on ait rallumé la lumière - qui a lancé l’idée de transformer les jours chômés de Pentecôte, l’Ascension et du 15 Août en jours de congés pouvant être posés selon les convictions de chacun, notamment pour répondre aux besoins supposés des juifs et musulmans…
- A ce propos, puisque "- On fête aujourd’hui les Nathalie" comme ils causent à France 2, il peut être bon de se rappeler que Sainte Nathalie est morte à Cordoue en 865, pendant les persécutions par les Maures sous le règne d’Abderrahmane II. Refusant d’abjurer la foi chrétienne et d’embrasser la religion musulmane, elle et son mari ont été… décapités. Mais je m’égare…

            M. Jean-Christophe Sciberras, donc, ne cesse pas de mériter de la Patrie, du Gouvernement puisqu’il continue sa noble tâche et nous sort aujourd’hui son rapport sur la simplification du bulletin de paie
Le but, annoncé avec fierté, tient en cinq mots : "Rendre le bulletin plus lisible" ! Louable intention. On apprend un tas de détails qui vont certainement dans le bon sens. Ainsi, il s’agit de regrouper les lignes de cotisations par risque couvert (la santé, la retraite, le risque chômage), quel que soit le régime juridique de la protection offerte (de base, complémentaire obligatoire, facultative). De regrouper pareillement sur une seule et même ligne les contributions employeur qui ne correspondent pas à des droits directs pour le salarié, du type formation professionnelle, congé individuel de formation, apprentissage, effort de construction, transport, ou encore financement des organisations patronales… Parallèlement, le rapport, dans un souci de clarification plus que de simplification, propose de faire apparaître sur le bulletin le montant de la rémunération totale (salaire brut + total des contributions employeur) dans un souci de pédagogie. Enfin, ce nouveau bulletin comporterait aussi le montant des allégements financés par l’Etat, le « super brut » en quelque sorte, avec les allégements Fillon, les baisses de charges du pacte de responsabilité, mais sans faire apparaître le crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), considéré comme une disposition fiscale.
 Vous me suivez ? Z’êtes toujours là ?
Bon. Toussa devrait pouvoir être expérimenté par les entreprises qui le souhaitent dès janvier 2016, rendu obligatoires pour celles de plus de 300 salariés dès janvier 2017 et généralisé en janvier 2018…

Bon. Vous avez suivi ? On regroupe, on agrège ; cébien. Le salarié sera content. Il verra de ses yeux que le gouvernement agit, qu’il simplifie… Bref, que lui, le salarié, a moins de choses à comprendre. Après-tout c’est ce qu’on attend de lui et faut bien s’aligner sur ce qu’on lui a fait mâcher à l’école ; faut être cohérent sinon il va râler et aura raison.

Ouais… Mais encore ? On a simplifié l’effort de lecture demandé à l’A.C.U.R.A.B.A. usager final. Mais qu’a-t-on réellement simplifié ?  Les recommandations du rapport ne disent pas un mot de tous les calculs faits en amont pour arriver au produit fini de la feuille de paie. Qu’il s’agisse des retenues de cotisations salariales et patronales comme des bases fiscales, le résultat affiché sur chaque ligne agrégée reste toujours la sommation d’un tas de lignes masquées qui ont chacune une assiette de calcul et un taux qui lui sont propres !  Bien sûr, les programmes informatiques font le boulot mais les services de paie mouilleront toujours chaque mois la chemise pour intégrer les évènements particuliers de la vie des individus, surtout les changements-pour-le-changement de l’instabilité règlementaire fiscale et sociale… Et les juristes spécialisés continueront de prospérer avec de juteux honoraires de conseil et de contentieux…

Résumons : Belle opération de com’ en perspective pour atténuer le sentiment d’illettrisme !  
Mais simplification réelle ? Porteuse de gains de productivité ? Peanuts !

Parfait exemple de l’audace de notre exécutif… Mais bon, M. Sciberras et les membres de son "groupe de travail" sont sûrement bien rémunérés.

5 commentaires:

  1. Je ne sais pas grand chose, mais je sais que Sainte Nathalie n'a pas été martyrisée en 565 par le calife trucmuche machin chose parce qu'à cette date Mahomet n'était pas né, et que les Arabes n'ont envahi l'Espagne wisigothique qu'en 711.

    Pour le reste, la réforme encore une fois n'est que cosmétique et n'allègera en rien la charge des entreprises.

    Le Nain

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    1. idem... Ce que sait de ne pas relire ses fautes de frappe...

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  2. 2 réflexions complémentaires
    Heureux d’apprendre que ce sieur, en tant que DRH d’un groupe pharmaceutique, et donc surchargé de travail, arrive à pondre sur ses moments perdus un rapport (après tout quoi de plus normal de la part de quelqu’un qui a du participer de près ou de loin à la superbe avancé sociale (sic) de l’élaboration des 35 h)- Sans doute en avait-il assez de peindre la girafe.
    Juste par curiosité, le retribue-je en tant que client de Solvay ou en tant que contribuable ? Je n’ose imaginer qu’il se soit désigné volontaire d’office, sans but lucratif.

    Autre point, sachant que tout programme informatique comporte systématiquement des bugs et autres erreurs nécessitant un contrôle rigoureux et un déverminage, ca va être coton pour les comptables et contrôleurs de vérifier l’exactitude des données (assiettes, taux…) avec des éléments discordants (regroupement de diverses taxes et cotisation sur une fiche de paye type – donc absence de détail – versus Livre de paye ou Etat des charges détaillés). Idem pour le salarié un peu srupuleux, qui aurait transmis tardivement ses éléments variables de paye, donc non pris en compte sur sa fiche de paye et nécessitant un rappel de salaire ou de taxes / cotisations, le mois suivant. Si tout est cumulé dans un gloubi-boulga de taxes indéfinies, comment valider que la rectification à posteriori a bien été prise en compte, et correctement. Cela peut être le cas d’intérimaires ou de salariés en mission / déplacement, et n’ayant pas la possibilité de transmettre en temps voulus les éléments incriminés.
    Ceci dit ce n’est pas comme si les équipes support (paye – drh) étaient débordés ou sous pression : elles peuvent supporter la charge de travail (sic) , tout comme les entreprises d’ailleurs. Nos performances à l’export ou le coût du travail largement compétitif par rapport à la concurrence - ou non – en témoignent…
    Gillen

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