"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

samedi 22 août 2015

Des mots, du sens et encore des mots…



Contemplez la Une de Libé de vendredi matin…
 Trois mots : "Exode" - "Réfugiés" - "Responsabilité"…


Au commencement était le Verbe étaient les "immigrés clandestins"… L’expression définissait parfaitement la situation – le statut - des personnes ainsi identifiées : Elles étaient entrées ici en venant d’ailleurs, et cela clandestinement, c’est-à-dire en se cachant et en infraction aux règles en vigueur céans.
Tout était dit avec ces deux mots, de façon strictement factuelle, ni affective ni péjorative, sans rien avoir à y rajouter ou retrancher pour dire de qui et de quoi on parle.

Et puis, sans crier gare, pour nommer la même chose et les mêmes personnes, on est passé aux "sans-papiers"… Deux mots transformant totalement le concept puisque ne disant quasiment plus rien de son contenu : Tout d’abord, il n’est plus question d’immigrés. D’où les personnes viennent importe peu ; elles sont là. Le fait qu’elles soient n’est donc pas le problème ; le seul problème qui justifie qu’on les distingue dans une catégorie spécifique est qu’elles sont "sans"…
Être défini comme "sans-papier", point barre, est un état de fait qui n’implique aucune notion d’origine ou de clandestinité. On est seulement "sans". Et dans le pays des droidl’homme™ et des luttes historiques pour l’égalité, être "sans" suscite la compassion publique et, surtout, rend légitime toutes les luttes pour acquérir toutes les égalités de drouâts…  

Désormais, la mode n’est plus aux "sans-papiers". L’usage de cette expression semble en effet devenu ringard chez les journalistes et politiques ; sans doute commençait-elle à susciter à la longue trop de lassitude chez les "avec"… On parle dorénavant de "migrants". L’avantage, en sucrant le préfixe ("im." ou "ém."), c’est qu’on n’a même plus à dire s’ils entrent, s’ils sortent ou s’ils ne font que passer…  
Mais au migrant dont on commence aussi à être saturé, on pourra préférer le terme de réfugié. Oui, je sais que le riche patron de PME est aussi un migrant réfugié en Belgique, mais ne mélangez pas tout, s’il vous plaît !
Car tous les migrants (ceux dont on parle, hein ?) sont bien "quelque part" des réfugiés ! Et ça, ça ajoute la petite touche de compassionnel propre à l’eurosensiblerie officielle.

Mais revenons à la Une de Libé :

Ils ont mis en exergue le mot exode. Rassurez-vous, le rédac-chef qui a validé la maquette n’a jamais lu le 2° livre du Pentateuque ou de la Torah. Il n’a sans doute pas pensé non plus au film d’Otto Preminger (1960), ce qui aurait eu du sens puisque, finalement, ce n’était jamais que l’histoire de gens non invités arrivant en bateau pour s’approprier une terre… Et il n’a sûrement pas pensé an sens antique du mot ; ce qui aurait été un clin d’œil à l’avenir puisque l’exode était le dernier acte incluant le dénouement final dans les tragédies grecques…
Mais je m’égare.

Revenons à la Une de Libé :

- Le mot exode, donc, est quand même particulièrement bien choisi : notion de "sortie en masse" prenant la route… Qui dit sortie implique qu’on sait déjà d’où on est sorti mais la destination n’est pas précisée…
- Le mot réfugiés à la place du mot migrants qui nous saoule favorise les sécrétions lacrymales chez Margot, les appels à la solidarité chez Josiane et fait prospérer la langue en contreplaqué laqué chez nozélites…  
- Enfin, le mot responsabilité s’associe naturellement et exclusivement à l’Europe…

Bref, vous allez me dire que toussa n’est que du Libé "canal habituel". Certes, mais ça me donne l’occasion de le saluer en le remerciant de m’avoir épargné au présentoir de mon buraliste une énième photo des tronches de Cazeneuve et de sa collègue Rosbif…  

  



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