"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

jeudi 12 mai 2016

Oceano Nox



Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,

Elle s’appelait Océane. Peut-être pas, d’ailleurs, tant il est d’usage d’indiquer entre parenthèses "le prénom a été changé" afin de "préserver la vie privée"… Quoi qu’il en soit, Océane lui allait bien, n’est-ce pas ? C’est joli Océane ; séducteur même. Un prénom pour une fille qu’on imagine les cheveux au vent, prête à prendre le large vers des horizons lointains, des horizons ouverts sur tout. Sur tout, c’est-à-dire, "quelque part", sur rien… C’est joli Océane. Certes. Un prénom pour qui ignore tout de son arbre généalogique, pour qui ne sait rien de sa lignée. Et qui ignore tout de la litanie des Saints. Un prénom ouvert sur l’étendue infinie de la planète bleue, sans culture, sans racines ni béquilles sous un ciel où rien ne luit puisque si lumière il y a, elle ne peut être qu’en nous…  

De quoi les trop brèves dix-neuf années de sa vie ont été remplies ? Je l’ignore, vous aussi, et c’est très bien comme ça. Laissons ça aux enquêteurs et aux fouilles-merdes des médias, chacun selon son métier ou son espèce. Mais il ne nous est pas interdit de nous en faire une idée.

On l’a dite originaire d’Etampes.  Etampes avec ses 25.000 habitants et la petite gare RER de l’Essonne proche d’Arpajon où elle s’est jetée sous un train plantent déjà le décor : C’est la France périphérique du rurbain subi si bien décrit par Christophe Guilly… Imaginons le reste.
- Elle a dû entrer à l’école sous Luc Ferry, ayant échappé de peu à Jack Lang,  et sortir du lycée déjà sous la divine Najat après s’être farcie Vincent Peillon et Benoît Hamon, avec une pincée de Pau-Langevin pour la réussite éducative. Demandez les programmes…
- Ses années d’adolescence ont été rythmées par tout ce que nous savons, du "parce-que-je-le-vaux-bien" au mariage du même avec le même. Et, bien sûr, du Petit Journal de Barthès à Koh-Lanta.
-  Depuis, on nous dit qu’elle" travaillait dans le social et notamment dans les maisons de retraite", formule vague qui laisse supposer une situation probablement précaire, peu rémunérée et certainement en manque de reconnaissance.
- Une situation personnelle, en tout cas, où la conjonction de la télé, de l’ordi, du smartphone, du SMS, du touïtte, d’Amazon, Ebay, etc. conduisent à une atroce solitude ceux qui n’ont rien reçu leur donnant la force de sortir d’eux-mêmes.  
- Le goût d’Océane pour les tatouages et le piercing illustrent d’ailleurs bien un besoin d’exister aux yeux des autres. Décorer la façade, message narcissique pour tenter d’être reconnue, mais tentative désespérée, puérile et vaine, puisqu’il ne s’adresse qu’à d’autres, garçons ou filles, qui ne sont que des clones d’elle-même vivant leurs propres narcissismes non pas ensemble mais en même temps, accessoirement dans un réel superficiel mais largement dans le virtuel.  
- Dans ces conditions, le moindre échec, notamment affectif (oui, ça existe et c’est fréquent dans une vie) devient THE drame ! Et plus rien ne compte quand on n’a pas les pieds bien ancrés dans la glèbe…

- Bref, on l’a décrite comme étant fragile Pôv’cons ! Comment aurait-elle pu être solide ?

Elle a réussi sa sortie. Oui, elle l’a réussie puisque les centaines de connards, voire plus, qui l’ont suivie sur leurs écrans, "mobiles" ou non, ne sont pas prêts de l’oublier. Ce n’est pas comme le dernier discours de Hollande. Pour eux, elle est brusquement devenue quelqu’un (somebody, pas anybody…) Elle n’avait rien trouvé d’autre pour obtenir ce résultat. Ça vous étonne ?

La faute aux réseaux sociaux ?

Elle ne s’appelait pas Marie, Gabrielle ou Alexandra. Elle s’appelait Océane.

3 commentaires:

  1. Vous avez très bien décrit sa pauvre vie. C'est le sort de beaucoup d'autres dans ce monde inhumain.
    J-J s

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  2. Un billet d'une admirable vérité qui en dit long sur les turpitudes de notre monde moderne qui laisse nos jeunes se détruire avec ce qu'il enfante.

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    1. Oui, pauvre jeune fille, pauvre époque. Océane aurait peut-être dû vivre il y a longtemps, quand la vie avait un sens, quand on avait des valeurs (autres que celles dont Monsieur Valls se gargarise), quand on n'avait pas de RMI mais la solidarité de la famille et des proches ... et qu'il fallait sonner l'opératrice pour pouvoir téléphoner.

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