"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 10 octobre 2016

De Belfort à Saint-Nazaire…



S’agissant de la politique industrielle, des gros mots comme "l’Etat stratège", toussa, on a vraiment l’impression que l’impouvoir exécutif court de droite et de gauche comme le lapin pris sur la route dans les phares de la bagnole… Je sais bien que rien n’est simple, mais quand-même ! Quand on voit comment l’Etat a, du jour au lendemain, "réglé le problème" dans le cas d’Alstom Belfort, on a de quoi être inquiet ! Confronté au pied du mur à une situation non anticipée par lui dans une entreprise dont il est actionnaire, c’est en catastrophe et en dehors de toutes règles des marchés publics que l’Etat passe commande à nos frais pour des centaines de millions de matériel inutile et coûteux qui sera sous-employé. Et cela, en empêchant du même coup la nécessaire restructuration de l’entreprise, pour le seul profit de différer le transfert de 400 emploi à 200 km… Au moins jusqu’après les Présidentielles…          

Après un coup pareil, on peut se demander ce que Bercy et les communicants de l’Elysée vont nous inventer pour les chantiers navals de Saint-Nazaire ! Là, le carnet de commande est bien garni d’ordres à marges correctes et il n’y a pas a priori de risques de suppression massive d’emploi à court terme. Encore que… Le problème est plutôt celui du risque élevé de transfert de technologie ailleurs et de détournement progressif des plans de charge vers d’autres cieux. Sans compter (mais si quand-même), pour la symbolique cocorico, de l’éventuel effet désastreux avant ces foutues Présidentielles de l’arrivée d’un nouveau proprio exotique (ce qui était déjà le cas) Vu le cas d’Alstom, on peut s’attendre à ce que l’impouvoir actuel soit capable de faire n’importe quoi pour peu qu’il puisse s’en vanter d’ici mai prochain…

Où est le problème ? Le chantier naval de Saint-Nazaire et ses 2 600 employés, affiche une forme insolente, avec en carnet quatorze paquebots de croisière à construire dont le plus grand du monde…

Oui mais voilà. Le chantier de Saint-Nazaire est le principal site d’exploitation de STX France (siège sur place) dont on a déjà parlé à l’occasion du psychodrame (pas seulement psycho…) des deux vaisseaux polyvalents Mistral refusés aux Russes et bradés à l’Egypte dans des conditions financières qu’on ignore (rassurez-vous pour STX, les con-tribuables et l’Arabie Saoudite ont couvert la différence…) Et si l’Etat français est actionnaire pour environ 30%, l’affaire appartient à 66% à STX Europe (Norvégien basé à Oslo), lui-même filiale de STX Offshore & Shipbuilding (Corée du Sud), énorme constructeur de porte-conteneurs, pétroliers, vraquiers, ferries, navires de guerre, etc. ; lequel n’étant lui-même que le département naval de STX System Technology Excellence
(Séoul), conglomérat de participations croisées également présent dans le commerce international, les minerais, la construction et les énergies…
     
Or, fortement endettée en raison de la chute majeur des commandes de navires due au ralentissement prolongé du secteur de la construction naval depuis la crise de 2008, STX Offshore & Shipbuilding, qui est côté en bourse, est dans une situation intenable et sous la menace depuis avant l’été d’une procédure du genre liquidation judiciaire dans son pays où ça ne rigole pas… Que faire pour reconstituer des liquidités, sinon vendre STX France dont la bonne santé devrait rapporter gros ? C’est déjà fait pour les chantiers de Lorient (repris par un arrangement entre Français où la DCNS met au pot) Mais reste de très loin le plus gros morceau : Saint-Nazaire.

Et là, pour éviter une vente à la découpe qui serait l’amorce de la mort lente du site, on ne voit guère d’autres perspectives que de voir débarquer des Chinois (passque les Qataris, hein…), seuls aptes, s’ils le veulent, à être les mieux-disant pour une opération de cette taille. Et STX Offshore & Shipbuilding n’aura pas d’états d’âme pour leur vendre ses parts…  

Les petits bonshommes jaunes viendront alors pomper la techno avec gourmandise et préparer le glissement progressif des commandes vers l’Empire du Milieu. Joie de la mondialisation heureuse tant vantée par nos dirigeants. Et pourtant, interrogés sur ce dossier par les journalistes économiques (il y en a encore qui font leur boulot mais on ne les voit pas au 20h), les gnomes de Bercy ont évoqué que "L’Etat peut monter au capital pour prendre la majorité de STX France le temps qu’il faudra"… Au prix fort…

Pour avoir "l’air de", je me demande ce qu’ils vont encore trouver à nous acheter d’ici mai 2017…

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