"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

jeudi 15 décembre 2016

Souvenir d’Alep…



On nous saoule avec Alep que ça en devient presque pathologique. Et totalement odieux dans la manière de présenter cette tragédie qui n’en est qu’une parmi d’autres chaque année de par le monde. Car le monde est tragique ; la Vie est tragique mais même Juppé ne le savait pas… Mais je m’égare…

Et puisque c’est comme ça, tant qu’à faire, autant en rajouter une couche ne méritant pas de figurer dans le "Paysage Audiovisuel Fwançais" (Oh ! Rien que le témoignage perso d’un "instant volé")
Certes, j’avais déjà écrit ça dans un billet ici il y a deux ans et demi. Mais vu tout le reste, plus on est de fous... :
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« J’étais à Alep. C’était la fin du printemps 1993. Une petite rue du bazar qui grouillait de monde. Des gens de tous âges et de toutes conditions vaquaient à leurs occupations respectives. Le long des façades plutôt décrépites, entre les portes d’immeubles, tous les rideaux de fer étaient relevés et offraient au regard, ici des étals bien garnis de marchandises, là des ateliers de petite mécanique en pleine activité. Rien à voir avec les rues désertes aux rideaux baissés criblés d’impacts de balles des riches heures de Beyrouth… 
Et même s’ils étaient plutôt défraîchis, les portraits de Hafez el Assad étaient partout, en affiches ou suspendus au-dessus de nos têtes comme du linge qui sèche…

Sachez aussi qu’en Syrie les écoliers et les collégiens portaient alors tous un uniforme, lequel se résumait à un… treillis militaire à leur taille. Manière intelligente pour mettre tous les mômes sur le même pied et éviter le côté fashion-victim et la course aux marques qui ravageait à l’époque nos collégiens aux ventres pleins…

Dans cette petite rue où il y avait du monde, j’ai croisé un jeune collégien en treillis. Marchant du pas vif et décidé d'un gosse qui sait où il va, ce petit brun à la mèche en bataille n’était déjà plus un enfant. Il devait avoir au moins onze ou douze ans. Juste croisé. Lui ne m’a pas remarqué, sans doute même pas vu, et a disparu, fondu parmi les passants.
Mais moi, pourquoi donc l’avais-je remarqué et pourquoi ce souvenir remonte-il aujourd’hui ?

Parce que, arrivant presque à ma hauteur, d’une façon très naturelle, sans ostentation ni souci de discrétion, là, comme ça, tout en marchant dans la rue… il s’était signé ! Il avait fait un signe de croix
Relevant la tête, j’avais alors compris : Il venait de passer au droit d’une porte d’immeuble au-dessus de laquelle, ornant le linteau, il y avait un crucifix…
Dans ce pays, dans ce quartier à 88% musulman de stricte obédience, personne n’avait alors réagi, n’avait été indigné ; ni ceux en costards ni ceux en chemises de nuit, ni celles en robes d’été ni celles sous emballages…
J’avais alors pensé aux ricanements ironiques que son geste aurait alors déjà provoqués en France il y a vingt ans. Sans imaginer encore les inconvénients, voire les poursuites que ça aurait pu lui occasionner dans la Fwance d’aujourd’hui…

Il avait l’âge de mon dernier fils. Aujourd’hui il a (aurait eu ?) environ trente-trois ans. 
Qu’est-il devenu ? S’il n’a pas fini torturé, égorgé ou sous les bombes, qu’il soit assis sur les gravats de sa maison, ou réfugié, ou en exil, peut-être chez nous, que pense-t-il de nous, aujourd’hui ? »
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[C’était le Ploukèm’, notre envoyé spécial à Alep en juin 1993]

10 commentaires:

  1. merci pour ce témoignage, j'ignorais ce genre de choses. Cela me laisse songeuse... du coup, je me demande encore plus ce qu'est la laicité :-)
    anne

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  2. Et moi je ne souviens d'un matin de Pâques ,l'appel des cloches et de l'accueil après la Messe
    j'ai des envies de meurtres mais pas vraiment muslim

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    1. Un autre souvenir (toujours en 1993) : une messe dominicale (matin tôt, jour ouvré…) dans la cathédrale melkite. Tout en arabe, bien sûr, mais j’ai bien percuté la 1° lecture (actes des apôtres, c’était… Saül sur le chemin de Damas !) A droite en entrant, il y avait une statue de… Sainte Rita de Caccia ! Avec rappel en arabe de son job de… patronne des causes désespérées… Sans doute un tas de gravats aujourd’hui…

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  3. A la France millénaire protectrice des Chrétiens d'Orient a succédé la Fwance de Normal 1er protectrice des gentils rebelles islamistes qui faisaient du "bon boulot" ...

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  4. Les guerres de religions ont fait plus de morts que la 1er et la 2è guerre mondiales. C'est incroyable de rapporter tout à la religion, la liberté, l'égalité, et la fraternité ça vous dit quelque chose ? les gens d'Alep demandent un peu de liberté, 1% de notre liberté, c'est beaucoup demander !

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    1. Encore un pour qui " Les guerres de religions ont fait plus de morts etc… ". Il a bien appris sa leçon… Et moi j’ose affirmer que ce sont les guerres "inter-ethniques" ou "inter-civilisationnelles" qui ont fait le plus de morts depuis les plus anciens faits documentés de la proto-histoire ! "Rapporter tout à la religion" est "incroyable", dites-vous ? En effet, ce n’est pas compréhensible pour vos croyances… Revenez un peu sur terre : Notre "devise républicaine", combien elle pèse ? Le poids des mots… Les gens d’Alep ont bien d’autre soucis que recevoir 1% de rien…

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    2. Dresde aurait aimé recevoir dix fois le poids de Bombes balancées sur Alep

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  5. Des enfants et des femmes sont massacrés à Alep, des écoles, des hôpitaux sont bombardés....si c'était nos enfants vous parlerez comme ça ? les religions ont fait plus de morts que toutes les guerres, il y' a qu'un Dieux, c'est le même pour tous....La france ne protège plus personne, elle s'agite......

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    1. Rebelote. Non, Dieu (sans x) n’est pas le même pour tous. Redescendez sur terre et regardez le réel. Et le réel est têtu comme disait Lénine. Bon, c’est déjà trop de temps consacré à un "anonyme". On s’en tiendra là, bonjour chez vous.

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  6. kobus van cleef18/12/2016 14:06

    un truc sympa ,ce serait que nos journalisses, la profession la plus honnie avec les politrouks,les percepteurs des impôts ,les médecins et les contractuelles qui recueillent les contredanses , que nos journalisses donc, nous parent Alep de couleurs riantes et chatoyantes

    on pourait lire sur les unes des grands journaux "Alep , après les destructions ,la reconstruction" et de tirer à la ligne sur le futur club med' d'Alep ou le resort installé dans le souk
    ou alors "après la fistinière en province , une délocalisation à Alep" , le reste de l'article à l'avenant ( ou à l'ave-arrière si on peut dire)

    ou encore "décors réels pour les RPG , Alep candidate"

    si vous avez d'autres idées.....

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