"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

"Il y a deux aristocraties : celle du haut et celle du bas. Entre les deux, il y a nous, qui faisons la force de la France.

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lundi 3 mars 2014

Resnais, la barbe et les superlatifs…



Alain Resnais ? Mais oui mais c'est bien sûr ! "L'année dernière à Marienbad"…

Je devais avoir quelque chose comme 18 ans. J'y suis allé tout seul. Ben oui, après Hiroshima... Donc sans greluche à "sortir" pour s'occuper les mains... Bref, je prends mon ticket. Déjà plus d’ouvreuse dans ce petit ciné "Art & Essais" décor rouge-sang-de-bœuf vieillissant à trois encablures de chez moi dans ma rue. Je me souviens qu’il a plus tard été remplacé par un commerce genre cave à grands vins et whisky. Ensuite, je ne sais plus… Bref, je m’installe. Une demi-douzaine de couples et quelques autres guignols dans la salle…

"L'année dernière à Marienbad", donc. L’écran s’allume. Je m'en souviens très bien : Au bout de trois minutes, je me dis "C'est le générique, l'action va commencer"... 10 mn après, idem : "C'est encore le générique, l'action va commencer"… Faut dire que je suis bon public. Plus tard (
"pris par l’intrigue", je ne regardais pas ma montre…), je me suis encore dit : "Ne nous énervons pas, le générique est long mais ça va bien venir..." C’est alors qu’est apparu le mot FIN. La lumière est revenue et... j'étais tout seul dans la salle...

En plus, avec l'autre con à l'écran qui alignait ses allumettes devant Delphine Seyrig, j'avais une furieuse envie d'en gratter une pour m'allumer une clope….

Plus tard, bien plus tard, sans doute avais-je déjà 40 balais au compteur, un de ces soirs de désœuvrement solitaire en déplacement professionnel, dans une chambre d’hôtel, j’ai allumé la télé… Y avait dedans que ce qu’il y avait… C’est ainsi que pour ne pas mourir idiot j’ai regardé "Muriel"…

Qu’en dire ? Rien. Juste repenser à ce qu'écrivait Michel Mourlet :
"L'objet le plus anecdotique se trouve sur le même plan que le plus important" ; " Aucune connaissance de l'acteur, aucun empire sur le décor, les éléments, aucun sens du récit, rien que de pauvres petits essais d'intellectuels qui jouent gravement à faire du cinéma" ; ou encore "que pour s'ennuyer une heure trente, d'un ennui noir, dense, irrémédiable, des foules puissent piétiner devant la porte et payer... C'est par des considérations de cet ordre que l'intérêt de L'Année dernière à Marienbad apparaît considérable"…  

Bon, cépatout. Donc Alain Resnais est DCD. A 91 ans, ça peut arriver à tout le monde. Vu le palmarès du bonhomme et la nécessité de meubler en ces temps de calme plat, on comprend que François se soit fendu d’un communiqué en forme de nécro. Mais que l’huitre de Matignon ait jugé nécessaire d’exprimer son "infinie tristesse", et la sinistre de la kultur sa "profonde émotion" à l'annonce du "décès de cet immense artiste", nous montre une fois de plus qu’on ne sait pas où s’arrêtera le dévoiement du sens des superlatifs dans la jactance officielle.
Toussa pour causer du décès d’une personnalité dont le pronostic vital était quand-même nettement plus engagé sous François Hollande que sous Gaston Doumergue. Et sans qu’on puisse le reprocher au Pédalonaute (à Sarko, je sais pas)…
Faut dire que de nos jours, les politiques ne peuvent plus se permettre de faire moins de bruit avec leurs bouches que tous les pingouins boboïdes qui se dandinent dans le sérail, à qui en rajoutera plus que le voisin.

Evidemment, Gilles Jacob devait se distinguer : "- Si l'Etat ne fait pas à cet artiste modeste et modèle des funérailles nationales, ce serait un abandon de gloire"… Mais c’est vrai qu’il a joué son propre rôle dans "Grosse fatigue" de Michel Blanc…

Mais la palme revient quand-même à Pierre Arditi : "- Je suis dévasté"…
Putain ! Quel adjectif aurait-il employé pour exprimer son ressenti vrai si Resnais avait été brusquement et accidentellement emporté à 50 ou 60 ans ?

Bon, c’était le billet d’humeur du jour du Plouk-em’.
Rien qu’un billet d’humeur…