"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 7 août 2017

Vacance culturelle en vacances, SVP !



Enfants et petits-enfants partis vadrouiller pour la journée et mon programme de confitures étant bien avancé, au calme sur ma terrasse ça me fait des vacances… Je me suis donc replongé dans la lecture à petites doses des bouquins qui agrémentent les fréquents moments de fare niente de mon été. Moments consacrés cette année (question d’âge sans doute) à entretenir ma nostalgie : Entre des (re)lectures soutenues de séries complètes de BD belges "jeunesse" du siècle passé (!), je picore ces temps-ci dans une sélection de chroniques publiées dans divers journaux par Denis Tillinac entre 1985 et 2009.

Et m’est venue l’envie de vous faire partager une de ses chroniques, écrite il y a dix-huit ans de ça et publiée alors sous le titre « Je suis un plouc ! » (sic) :
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« Les vacanciers ont deux ennemis : le mauvais temps et le "culturel". Mais la pluie ne l’empêche pas de s’adonner à la sieste, de butiner un livre, de taper un carton ou de prolonger un apéro. En outre, elle est intermittente. Tandis qu’un flic intérieur exige en permanence son dû "culturel", sous peine de ringardisation. L’estivant est traqué par du "culturel" qui prétend "l’animer". C’est trop de sollicitude. S’il échappe par inadvertance au concert de musique baroque dans l’église du village où il séjourne, une exposition d’ "art artisanal" le guette dans le patelin voisin. Qui oserait avouer que l’ "art artisanal" est plus ennuyeux que la pluie ? Personne ou presque. Gare à la troupe de théâtreux qui se produit dans les ruines d’un château ! Et gare au groupe folklorique qui sévit sur l’ancien foirail ! Le danger vient de partout. D’une brocante à une exposition de photographies 1900, en passant par une séance de dédicaces des plumitifs régionaux, le "culturel" inflige un chemin de croix à des gens qui, comme moi, comme n’importe qui, préfèreraient lézarder sur une chaise longue ou déconner au coin du feu avec un armagnac à portée de main. Pour tout dire, j’ai pris mon parti : Je suis un plouc. Irrémédiablement, le "culturel" me fait fuir à toutes jambes. Mais combien de malheureux, captifs d’une mauvaise conscience inoculée par l’air du temps, se croient tenus de ne pas déserter quand sonne l’heure d’aller écouter un barde abscons, un conférencier de son terroir ou un orchestre de chambre ! L’analphabétisme progresse, la convivialité s’exténue, la mémoire est de plus en plus courte, et on nous bassine avec ce "culturel" inepte – relayé à chaque carrefour par des panneaux signalant un mégalithe, un clocher XVI°, une chartreuse XVIII°, etc. Les musées thématiques prolifèrent : la moindre soupière ébréchée, le moindre fragment de rouet participent d’une sorte de névrose patrimoniale qui complètent des "créations" contemporaines. Car les "créateurs" aussi prolifèrent, hélas !
(…)
J’avais dès lors adopté la devise attribuée à Jean d’Ormesson : "Mieux vaut un quart d’heure de mauvaise musique que deux heures de bonne". En vertu de quoi, je m’honore de passer des vacances sans expos, ni festivals, ni concert, de vraies vacances où le temps se fait complice de mes langueurs au lieu de me harceler. Pendant onze mois, les gens endurent la vindicte d’un patron, la promiscuité des transports, l’aigreur d’un conjoint, le brame d’un enfant, brefs, les petites horreurs de la quotidienneté. Ils devraient exiger la promotion d’un nouveau droit de l’homme, celui d’être exemptés de "culturel", au moins lorsqu’ils partent en vacances. »
La Dépêche, 18 juillet 1999

5 commentaires:


  1. bonnes lectures, bonnes confitures et bonnes vacances !

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  2. C'est tout naturel./

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  3. ...à lire, j'entends.

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  4. "En-même-temps", n'oublions pas que quand la charia sera la base de notre constitution, la musique, le dessin figuratif, la photo de nu (ou même de pas nu) et bien d'autres choses seront interdites : cela peut aussi être une raison d'en profiter tant que c'est possible (pour "celles-zé-ceux" que ça intéresse, bien sûr : "pas de contraintes en religion", comme dirait un célèbre prophète - je lui en laisse volontiers la responsabilité).

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