"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

"Il y a deux aristocraties : celle du haut et celle du bas. Entre les deux, il y a nous, qui faisons la force de la France.

vendredi 6 avril 2018

En finirait-on avec Shakespeare ?


(titre à la con, oui je sais…)

De quoi je cause ? D’un fait d’une grande banalité : Je viens, cet après-midi, d’aller prendre livraison de ma nouvelle voiture. Ce sont des choses qui se font. Mais pour moi, depuis que j’ai cessé d’être "en activité" au sens INSEE-Macron (euh… ça dépend de quelles activités…), c’est une chose qui ne m’arrive qu’une fois tous les dix ans en moyenne ; et c’est peut-être cette fois-ci la dernière. C’est donc un évènement. Pas un "heureux évènement" car je n’ai rien fait de spécial pour ça il y a neuf mois. Ni un évènement au sens que les banquiers donnent à ce mot (quoi que…) Mais bon, pour moi un évènement tout de même. Je viens donc de m’acheter une voiture neuve, vue que je suis assez riche pour ça et ce n’est pas Bercy qui me contredira. Une voiture neuve de chez neuve, une caisse avec, comme de nouveaux jouets, un tas de trucs au tableau de bord que je n’avais pas jusqu’à ce matin et auxquels la bête va devoir s’habituer. Il est vrai que depuis mes exploits de post-adolescent attardé au volant de ma Simca 1000 d’occase, ça fait bien quarante-cinq ans que la voiture n’est plus pour moi qu’une sorte d’article électro-ménager pour se simplifier la vie… Mais je m’égrare.

Comme chaque fois que je renouvelle un article électro-ménager, que ce soit une cafetière électrique ou un radio-réveil, tout à l’heure, dès mon retour chez moi, je me suis plongé dans la lecture, oh combien instructive, du livret "Notice d’utilisation". Le mode d’emploi, quoi ! Le pavé fait 1 cm d’épaisseur et environ 300 pages et il doit falloir ça puisqu’il passe en revue tous les détails de la grosse bête. Bon. Au moins c’est lisible. Il faudra que j’y mette çà et là quelques signets, au moins pour la période d’apprentissage du vieux...

Mais là n’est pas le sujet et toujours pas de Shakespeare. Figurez-vous qu’un soupçon d’inquiétude a quelque peu accéléré le rythme de mon palpitant fatigué en découvrant que la pochette ne contenait pas un mais deux livrets du même format ! Le second, plutôt encore plus épais que le premier, ne traitait, lui, que de la grave question du seul autoradio ! Enfin, quand je dis autoradio, j’utilise un vocabulaire que les moins de (combien déjà) ne peuvent pas connaître. Plutôt, devrais-je dire, le truc qui fait à la fois poste de TSF récepteur radio, téléphone, CD, MP3, prise USB, Bluetooth, Wifi et toute la sauce (z’ont oublié le sèche-cheveux) …
Je vous laisse faire le rapport entre les volumes équivalents des deux bouquins et les volumes respectifs des engins manufacturés correspondants…

Mais pourkoidonc ? Evidemment parce que celui traitant de l’autoradio-etc. est multilingue ! Alors que celui de la voiture n’est qu’en français de France, ce que certains, n’en doutons pas, considèreront à juste titre comme discriminatoire.
En revanche, par esprit d’ouverture comme ils causent chez Fwance-Cul’, j’ai la chance de pouvoir apprendre à me servir de la chose en Français, Allemand, Espagnol, Italien, Néerlandais, Portugais, Roumain, Grec, Bulgare et… c’est tout !

Est-ce un effet du Brexit ? de Trump ? Une louche manœuvre de Poutine ?

En tout cas, c’est la première fois que je tombe sur un mode d’emploi multilingue qui ignore résolument l’ANGLAIS ! Joie !

Je crois que je devrais bien m’entendre avec cet appareil et la bagnole qui est autour…

jeudi 5 avril 2018

Du muguet à Byzance…


Je sens chez beaucoup de blogueurs pas-de-gouvernement comme un soupçon de lassitude, un je-ne-sais-quoi de langueur. Je comprends et je partage… Mais, faute d’avoir la force d’âme nécessaire pour commenter toutes les petites choses décourageantes bricolées sur un coin de table que nous vend le "bougisme-communiquant", pour tenir-son-rang, hein, il faut bien arriver à "meubler"…
Et pour ça, rien ne vaut la rubrique "fonds de tiroir et vieux papiers" ! En nous sortant ses relevés d’aphorismes chaque dimanche, il y en a un qui a bien compris le truc, c’est Didier Goux (oui, le misanthrope du Plessis-Hébert qui m’a viré dans les profondeurs anonymes de la blogosphère-plancton) Avec son dico dominical, il a le temps de voir venir la lettre Z. Et je retiens l’idée.
En espérant y piocher quelques perles pour vous distraire ou vous faire méditer épisodiquement, j’ai donc ressorti les chroniques hebdomadaires d’Alexandre Vialatte publiées de 1952 à 1971 par La Montagne, quotidien régional Auvergnat comme on n’en fait plus. Beaucoup sont très "datées" par l’actualité du moment mais beaucoup restent, comment dire… intemporelles ?

En ouvrant le premier des deux tomes au hasard (sans mentir), je suis tombé sur celle du 6 mai 1958, publiée, donc, juste une semaine avant ce fameux "13 mai", acmé de l’agonie de la IV° République. Il y a bientôt soixante ans...

En voici un extrait :
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« Le 1°mai s’est passé à Paris dans la plus franche cordialité. Des tracts imprimés en arabe et en français (ou à peu près) dans des imprimeries protégées par la loi, qui donnent leur nom et leur adresse, exhortaient le "travailleur" à égorger le roumi, par pacifisme et par "sens de l’Histoire". Quarante mille autos, sur les routes, déversaient à l’orée des bois cent soixante mille Parisiens qui déchiraient l’asphalte de leurs ongles pour en extraire les restes de muguet que pouvait y avoir laissé une première horde de quatre-vingt-trois mille Vespas. La France était sans ministère. L’opinion se passionnait pour une dame d’Hollywood.
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Jacques Perret a obtenu le prix de Monaco. C’est un de nos meilleurs écrivains. Mais comme il ne va pas "dans le sens de l’Histoire", la presse en a très peu parlé. Des journalistes sans grammaire, sans style, sans patrie, sans humour, ont eu trois lignes indulgentes en septième page pour encourager ce "débutant" [1]. Car il arrive que le pissenlit parle du chêne comme d’un arbuste qui a de l’avenir.
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Il en va du sens de l’Histoire comme du sens de la montagne. La montagne a un sens très net. Il va du haut en bas. L’eau la descend toute seule ; le caillou, la terre, la crotte de chèvre. Seul l’alpiniste la remonte.
La crotte de chèvre ne l’approuve pas.
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La crotte de chèvre marche en groupe. Elle roule en groupe du haut en bas. En même temps, elle dit : "- Pourvu que ça dure ! " En bas il y a le torrent et ça dure jusqu’à lui.
Après, c’est l’histoire du torrent ; on ne parle plus de la crotte de chèvre. Elle s’est dissoute dans le fleuve de l’Histoire comme un souci mesquin dans un beau jour d’été. »
Ça continue en revenant sur Jacques Perret. Et cette première partie de la chronique s’achève ainsi :
« … et on a honte avec Perret de discuter du sexe des anges au milieu de Byzance envahie. Car on se bat dans les rues de Byzance.
Les Byzantins se sont mis aux fenêtres et parient pour l’envahisseur. »
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[1] NDLR. Il avait alors déjà publié une dizaine de romans et nouvelles (généralement chez Gallimard) Dont le "Caporal épinglé" près de dix ans auparavant…

lundi 2 avril 2018

Le faux problème du passage à l’acte…


Je reviens sur le drame le massacre par l’Ennemi de civils désarmés de-chez-nous l’autre jour à Trèbes. Non pas sur les circonstances mais sur les commentaires de la presse et les débats "d’experts" dont on nous a ensuite saturé, comme chaque fois, comme toutes les fois…
Et, en ce lundi de Pâques, je soumets à votre méditation ce papier qu’Ingrid Riocreux a posté jeudi dernier sur son blog :
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« Signe d’une vraie résignation collective. »
« Cette interrogation occupe une place centrale dans le traitement journalistique de l’attentat du Super-U de Trèbes : « Qu’est-ce qui motive le passage à l’acte ? ». Elle a ses variantes : « qu’est-ce qui fait qu’un beau matin, cet individu s’est levé en se disant qu’il allait tirer sur des CRS et tuer des gens dans une grande surface ? » ou encore, « qu’est-ce qui fait qu’il a basculé ? ».
On retrouve ici sous une forme nouvelle la tendance générale des médias à psychiatriser les affaires de terrorisme, sur laquelle je me suis déjà arrêtée : habituellement, les terroristes sont des déséquilibrés et nous sommes plus ou moins pathologiquement atteints si nous sommes incapables de résilience. Ici, c’est plus subtil, mais l’importance accordée à cette question des conditions du passage à l’acte ne me semble pas plus saine.
Je ne dis pas qu’elle soit dénuée d’intérêt. Mais elle se rattache, finalement, à des axes classiques de la recherche scientifique : la prise de décision, l’acting-out, le passage à l’acte, sont des objets de questionnement passionnants qui amènent à s’interroger sur les rapports complexes entre la liberté humaine et l’influence de phénomènes hormonaux, neuronaux, psychologiques (et pas nécessairement psychopathologiques) ou purement conjoncturels (les facteurs contextuels).
Autrement dit s’interroger sur le fondement psychique de l’acte terroriste revêt aussi peu d’intérêt, ou à peu près autant, que de s’interroger sur ce qui fait qu’un beau matin, je veux changer de coupe de cheveux, ou refaire la déco de mon bureau. C’est fascinant, mais doit-on en faire l’enjeu central d’une interrogation sur le terrorisme islamique en France ? Je n’en suis pas certaine.
Je pense même que c’est dangereux parce qu’on en arrive à se convaincre que toute la solution réside dans l’anticipation et l’empêchement de ce passage à l’acte. Et voilà qui est grave et inquiétant. Voilà qui témoigne d’une résignation collective contre laquelle il est impératif de lutter. En effet, cette focalisation exclusive signifie que la même idéologie qui a poussé le terroriste à cet acte, pour peu qu’elle s’impose sans violence, ne rencontrera aucune résistance. Autrement dit, derrière la question obsessionnelle du passage à l’acte se cache l’acceptation tacite de la fin et la seule contestation des moyens.
Ainsi, par la manière même dont on se pose la question, on s’oblige à dissocier l’état théorique et la phase pratique comme s’ils n’entretenaient aucun rapport. On se refuse à envisager que le passage à l’acte soit, dans une certaine mesure au moins, une mise en acte, autrement dit, l’aboutissement d’un cheminement logique ; une manière de se mettre en cohérence avec ses propres principes.
Il y a quelques jours, François-Xavier Bellamy signait dans le Figaro une belle tribune consacrée au sacrifice d’Arnaud Beltrame, texte qu’il est venu présenter également dans la matinale de France Inter et que l’on peut lire sur son blog. Le geste d’Arnaud Beltrame, explique-t-il, n’est pas l’impulsion d’un instant ; il a été préparé par toute une vie, par un parcours personnel et une adhésion profonde et totale à certains principes. Je suis tout à fait d’accord. Mais j’ajoute : pareil pour Radouane Lakdim. Et c’est sans doute là que réside le vrai problème, le véritable sujet d’interrogation et d’inquiétudes légitimes. »
Ingrid Riocreux