P’tain !
Imaginez la bête se relevant, la tronche (temporairement) de traviole, d’une "conversation" de 75
minutes, pas moins, passée le cou tordu dans une parfaite immobilité et une
totale… lucidité. Parce qu’en plus il fallait que je bosse ! Ben oui :
serrer la louche d’un mec, prouver que je connaissais mes tables de
multiplication, etc. Bref, prouver "en live" que je n’étais pas en
train de virer légume en faisant un AVC…
Toussa, la bête étant tranchée dans la
viande de sous l’oreille jusqu’à la clavicule… Conversation, disais-je, car l’homme de l’art était flanqué d’une
assistante dont l’indispensabilité ne
peut être mise en doute tant il a supporté son babil… La gonzesse, dont je n’ai
même pas pu entrevoir la tronche, n’a pas arrêté de bavasser tout le temps. Lui,
penché sur mes entrailles, répondait plus elliptiquement, reformulant parfois,
ou par onomatopées… La tchatche n’avait rien à voir avec le job en cours mais
concernait manifestement une autre personne du sérail et j’étais trop dans le
pâté pour suivre et en profiter… Très peu de blancs dans la conversation durant
plus d’une heure… Plus tard, dans la salle de réveil, quand l’anesthésiste est
venu me demander comment je me sentais, je n’ai pas pu m’empêcher de lui poser
la question d’une voix pâteuse : "- L’autre, jamais elle met sur off ?" Je n’ai pas eu de
réponse…
Bref,
je ne sais pas si j’ai 34 ou 35 agrafes dans le cou. C’est si serré que l’interne
n’était pas sûr du compte quand on a refait le pansement…
Frankenstein
donc. Après, il faut trouver comment passer le temps. Comme d’hab’ dans ces
cas-là, on prévoit de la lecture et la télé.
Pour
ce qui est de la lecture, outre Causeur
et Spectacle du Monde reçus la veille
de l’hospitalisation, j’avais apporté En territoire
ennemi de l’ami Goux, un lit médicalisé me semblant une opportunité pour
passer de ce qui fut à ce qui advint… Puis, le débranchement de
câblages des divers périphériques
connectés à la bête aidant, je me suis aventuré jusqu’à la salle d’attente
du service où traînent toujours de vieilles revues. Et là, entre un Gala et un Têtu, je suis tombé sur deux vieux exemplaires de France Dimanche ! Sachant vivre
dangereusement, je n’ai pas hésité à me plonger dans la lecture de ce canard d’une
haute tenue. Découvrir, notamment, les proses de Pierre-Marie Elstir et de Didier
Balbec a été pour moi une révélation. On ne vantera jamais assez l’exceptionnelle
plasticité stylistique de l’écriture de bâtiment…
Et
puis il y a la télé qui m’a coûté 5,10 € par jour de location. Pas con, je ne l’ai
prise qu’une fois vraiment sorti du cake, histoire de meubler les trois derniers jours dont le ouiquende. Heureusement pour moi, un de mes fils est descendu de
Paris samedi après-midi jusqu’au dimanche soir pour me tenir compagnie (et faire son rapport
au Clan…), parce que sinon,
je crois que j’aurais pété un anévrisme devant la télé…
En
effet, que ce soit sur les chaînes dites d’info
en continu ou aux journaux des
chaînes généralistes, les news
distillées durant tout le week-end aux acurabas n’ont portées, exclusivement et
jusqu’à saturation, que sur deux sujets
majeurs, incontournables, essentiels et répétés en boucle : le suspens du retour de Kerviel en Fwance et la projection dans
une salle de quartier de Cannes du film alimentaire Welcome to New-York où Depardieu se naufrage pour exister encore…
A
part ça, ça va…
