Pour que les gens d’ici
puissent continuer à vivre ici, il faut bien que dans les grands moments il y
en ait aussi beaucoup d’ailleurs (mais pas
de n’importe où…)
En
ce 24 décembre, on se croirait à Pâques ! Grand soleil et + 10°C en une
nuit pour accueillir l’Enfant (laissez-Le vivre) !
Ce
matin, donc, je descends chercher du pain à la boulangerie près de l’église. Il
n’était pas encore dix heures et déjà près d’une demi-heure de queue sur le
trottoir ! (si
celle du centre-village était plus sympa…mais bon.)
En
poireautant au soleil, j’imaginais un agent d’influence de l’Empire du Bien cosmétiqué en touriste,
un type avec une tronche-bien-de-chez-nous, genre Jean-Vincent Placé par exemple, en
train de prendre des photos pour illustrer la triste pénurie et le rationnement
en vigueur dans la désespérance occidentale… La longue file d’attente, compacte
et disciplinée évidemment photographiée de dos pour occulter les visages bien
nourris et réjouis. C’eut-été là une bonne action de publier ça dans la presse
de Corée du Nord pour consoler ses lecteurs. C’est Noël pour eux aussi, ne l’oublions
pas… Ou alors dans Libé pour
convaincre son lectorat qu’il faut encore laisser
du temps au temps et à ce pauvre Jean-Marc Ayrault pour redresser cinq ans
d’effroyable catastrophe sarkozyste…
Retour
enfin sur mes terres avec une dizaine de pains arrachés à l’aimable boulangère.
C’est à peine suffisant et il faudra que j’y retourne assez vite. Par esprit citoyen de solidarité, je me suis en effet abstenu de faire ce que j’avais dit
à ceux qui étaient derrière moi dans la queue : "- Ce n’est pas la
peine que vous attendiez, je vais prendre tout ce qui reste…"
Retour
sur mes terres ? Certes, mais en faisant encore la queue derrière des
pare-chocs d’origines variées jusqu’à la hauteur du front de neige. Et m’y faire encore aimablement arrêter par un
brave préposé en gilet jaune voulant absolument me faire tourner là : "-
Tous les parkings plus haut sont complets, M’sieur ; et après c’est un cul
de sac…" Et il a fallu qu’une fois encore je dise à ce brave jeune homme saisonnier
: "- Je n’habite pas en banlieue, mon bon. J’habite 6666 chemin de Là-Haut
et j’essaie de rentrer chez moi !"…
Maintenant,
il nous faut préparer la descente de ce soir à l’Eglise. Enorme foutoir en
perspective avec décuplement des effectifs habituels mais ce sera l’Eucharistie
quand même…
Et
puis la prépa de demain : le plus petit santon tant attendu enfin dans sa mangeoire ; les dix mômes au milieu
d’un océan de papier-cadeaux déchirés à la hâte au pied de la crèche et du
sapin ; les neufs adultes se prenant les pieds dans les chaussures de
chacun en allant de l’un à l’autre se claquer la bise ; Marthe qui gardera
un œil en cuisine mais en profitera autant que Marie ; les repas des plus
petits ; l’apéro pas comme d’habitude ;
la table de Noël avec l’argenterie ;
le café et les pousse-cafés…
Puis
on passera très vite aux préparatifs du surlendemain…
Entre-temps,
Mr Dante, déjà parfois évoqué ici, du haut de ses cinq ans tout neufs, aura eu
l’occasion de redire à son moniteur de ski : "- Pousses-toi de là,
faut que je descende schuss…"
Le
surlendemain, donc, on baptisera le dixième… Chez-nous, avec ses autres grands-parents
et sa marraine ayant traversés la France pour être avec nous. Chez nous,
entouré par tout le Clan réuni ; y compris ses deux déjà cousin(e)s encore
au chaud dans les ventres de leurs mères…
C’est
Noël. Et moi je me dis que je suis le plus heureux des hommes et que j’emmerde
le monde entier…
Joyeux
Noël à tous.

