"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

"Il y a deux aristocraties : celle du haut et celle du bas. Entre les deux, il y a nous, qui faisons la force de la France.

jeudi 26 juin 2014

Je lui dirai des mots doux…



"- Crotte ! " laissa échapper la baronne douairière. Sa longue main osseuse, pâle et décharnée au petit doigt levé avait un peu tremblée en approchant la tasse de porcelaine de ses lèvres en cul de poule. Une tasse du service "aux petits oiseaux" vouée à aller un jour où vont toutes choses ;  sans doute sans gloire par la maladresse d’une souillon à l’office, mais peut-être, qui sait, dans la dignité en étant euthanasiée par un de ces jeunes gandins attendant l’héritage, enthousiastes à l’idée de boire enfin dans de l’Ikea…
- Crotte avait-elle dit dans le silence gêné lorsque la goutte de thé s’esplartcha, arrogante et bien visible, sur le napperon au point d’ombre du guéridon…
"- Hum…" dit le nez de sa voisine… La veuve du notaire laissa échapper un soupir discret…

Elle ne pouvait pas dire merde comme tout le monde ?

De quoi je cause ? Toujours et encore de la même avancée continuelle du progrès nous guidant sur la voie de notre Salut, c’est-à-dire vers une sorte de sérénité bouddhique, un état où les contrariétés du réel n’auront enfin plus aucune prise sur nous. Bref, un état qui a quelque chose à voir avec la mort pour causer comme avant-hier soir, histoire de me faire comprendre des vivants (il en reste, semble-t-il)
Je cause donc des efforts considérables déployés pour tordre le sens des mots, pour les édulcorer, pour les remplacer dès lors que leur bestiale trivialité pourrait devrait nous épouvanter, ou nous perturber, ou tout simplement nous faire douter… Imaginez qu’un locuteur veuille exprimer une idée, une notion, un concept, un sens ayant un rapport concret avec le réel ; cela pourrait nous déranger ! Par principe de précaution, par correction, il est légitime de nous épargner une aussi insupportable agression !   
  
Aujourd’hui donc, ressorti de la naphtaline pour l’occasion, le déjà vu Dr Bernard Kouchner soi-même a été invité avec gourmandise à commenter pour France Inter le jugement d’acquittement de son confrère Bonnemaison, serial-killer éthique blancheur persil.
-       En incidence, je précise que si je me suis senti incapable d’y aller de mon propre commentaire ici, ce n’est ni par manque d’intérêt ni par "respect des décisions de justice", mais l’effet d’une grande lassitude… Il vous suffit d’aller lire le point de vue de Corto.
Histoire qu’on ne l’oublie pas, le ci-devant porteur de sac de riz (un seul, une fois, une minute, le temps de la photo) a donc demandé que le mot euthanasie ne soit plus utilisé car on y entend «nazi», «ce qui n’est pas gentil».
Et, après avoir qualifié "illégalités fécondes" les sept meurtres au compteur de l’urgentiste (c’est plus positif que médecin…), il a délayé la sauce :
 «N’employons plus jamais le mot "euthanasie". D’abord, il y a "nazi" dedans, ce n’est pas gentil. Et puis on a tout de suite l’impression d’une agression, vous voyez, qu’on va forcer les gens, comme le mot "ingérence". Il faut employer des mots qui sont doux, la fin de vie doit être quelque chose que l’on partage avec les siens et qui est un témoignage d’amour plus que de brutalité…»

Il s’emmerde pour pas grand-chose : Il suffit d’ajouter une légalité féconde à la loi Leonetti en insérant une ligne de plus (la dernière) à la nomenclature des protocoles de soins palliatifs.

Après tout, il ne s’agit jamais que d’une « IVG post-natale »… 

mercredi 25 juin 2014

Des bleus et des soldes…



Non, ce n’est pas le titre du prochain album des aventures du sergent Cornélius Chesterfield et du caporal Blutch.
C’est juste la saison qui veut ça : Depuis quelques jours, bien plus que d’habitude, les sites de vente en ligne s’excitent à bourrer ma boîte-mails de propositions diverses et variées. Lesquelles sont parfois sources d’inspiration comme ne le sont jamais les draps de lits quadrichromes pliés qui vantent à ma boîte-papier les promos charcutières de Carrefour ou de parasols d’Ikéa.  

Ce matin, c’est le Printemps. Non, pas le printemps, ça c’est rappé depuis quatre jours. Le Printemps avec majuscule, celui qui est assez riche pour habiter bd Haussmann. Le Printemps, donc, m’inflige ce matin :

"La mode en bleu"
"Adoptez les looks de l’été pour soutenir l’équipe de France"


 Je résume : 425 €. Non seulement c’est sans le ballon ni les pompes, mais, en dépit de son look à la con, l’estrasse qualifiée de "top" ne sert même pas de gilet pare-balles ! Pas de Kevlar ou plaque de céramique que le principe de précaution recommande pourtant de porter aux jeunes filles de bonne famille souhaitant se hasarder à soutenir les bleus dans la liesse des sorties de match…

Le Printemps recommande aussi l’achat de la petite chose suivante :


Je résume : Coton ramassé en Ouzbékistan par les enfants des écoles, confection au Bangladesh par des mères porteuses, rendu livré France coût-assurances-fret-impact carbone pour, aller va… 4,90 € - TVA pour les bonnes œuvres de Bercy 8,33€ - Marge brute pour les distributeurs : 36€… más o menos 72%... Comment voulez-vous que l’acuraba au ventre plein soit vraiment contre la mondialisation ? 

Montebourg à la lanterne et vive les bleus !


Il est vrai que "La mode en vert et blanc" est plus frugale et rustique…
"Adoptez les looks de l’été pour soutenir les Fennecs" :

- drapeaux distribués par quelque assoc’ aimablement subventionnée…
- 20 cl d’essence aimablement fournis par le toubab garé là par erreur
- accessoires de mobilier urbain aimablement fournis par la politique de la ville
Je résume : Zéro € pour le joyeux supporter. La facture sera pour vous mais son montant ne sera pas détaillé sur votre facturette…

Ah oui ! Le sourire du jour :

Sur Amazon :
Promotion La Pléiade : L’album Marguerite Duras offert pour trois livres achetés …

mardi 24 juin 2014

On a sauvé Picasso !



Oui ; on a sauvé Picasso ! (et ça doit nous coûter un bras…)
Non, je ne cause pas de Pablo Ruiz y Picasso soi-même (oui, le prénommé Pablo Diego José Francisco de Paula Juan Nepomuceno María de los Remedios Cipriano de la Santísima Trinidad Mártir Patricio pour l’état-civil, c’est bien celui-là si vous aviez des doutes) Lui, il y a bien quarante ans qu’on ne peut plus rien pour lui.
En revanche, on a sauvé sa mémoire ! Ou plutôt sauvé les fins de mois des quatre-vingt-dix guignols subventionnés par vous et moi qui se consacrent à la tâche essentielle de pérenniser sa mémoire. C’est un service public vous savez.

Vous qui êtes attentifs à la gravité de l’actualité, entre l’Irak et Bygmalion, entre l’Ukraine et le ballon rond, il ne vous a pas échappé que le torchon brûlait entre le personnel du Musée Picasso et la mère Baldassari, tenancière du lieu fermé depuis cinq ans. La divine Aurélie Filippetti vient enfin de trancher entre les partenaires sociaux : La Baldassari dont je ne sais rien a été virée du Musée qu’elle dirigeait avec passion (comme y cause le Monde) C’est donc le bon Laurent Le Bon qui a pris ses fonctions la semaine passée à la tête du musée. Oui, l’éclectique Laurent Le Bon (toujours comme y cause le Monde)…       

Interrogé par le quotidien de révérence, notre bon Le Bon nous rassure : "Après une semaine de mandat, mon état d'esprit est à la sérénité. Je rencontre peu à peu, individuellement, chacune des 90 personnes de l'équipe, et tout ce que j'ai proposé au ministère s'est fait avec l'accord de tous." Ouf !  Et si la réouverture du musée est reportée d’un mois, il précise : "J'ai proposé à Aurélie Filippetti la date du 25 octobre car c’est l'anniversaire de Picasso et le lendemain de l'ouverture de la fondation Vuitton. Il me semblait beau pour Paris que deux institutions, l'une privée, l'autre publique, ouvrent en même temps. Ce léger report nous permet en outre d'avoir un peu plus de mou pour l'installation dans les lieux…"

[NDLR : Le Monde précise alors aimablement "il vous reste 74% de l’article à lire" mais la suite est "réservée aux abonnés". Madame passera payer…] 

Malgré tout, le canard n’a pas voulu priver le grand public de l’info essentielle :
Laurent Lebon veut « apporter un regard contemporain sur Picasso »

Ce billet hautement essentiel ne vise pas seulement à meubler la rubrique "On s’en fout".
- D’abord, il veut vous tenir en haleine dans l’attente impatiente du 25 octobre, du dévoilement des cimaises et de la découverte de la relecture de l’œuvre du maître, de ses périodes bleu, rose, cubiste, toussa, au travers de l’ingénierie muséale renouvelée par ce cher Le Bon…
- Ensuite, c’est l’occasion de vous rappeler que Laurent Le Bon fut le grand ordonnateur d’une précédente édition de la Nuit Blanche chère à Delanoë. A cette occasion, il avait "tenté une approche plus "développement durable" et "regretté de n’être pas parvenu à faire fermer le périphérique comme il en rêvait" Surtout, il avait "conçu un parcours parallèle invisible où il n’y a rien à voir" et conclu en disant :
"C'est une œuvre totale. L'éparpillement dans la cohérence"…
- Enfin, ce peut être une source de méditation ; aussi bien sur l’emploi des fonds publics pour la pérennité de notre patrimoine culturel que sur l’accouplement commercial de la "fille aux pieds nus" et du sac Vuitton…

lundi 23 juin 2014

Méditation sur les paysages traversés…



Je suis rentré cet après-midi d’une réunion de famille dont je ne vous conterai rien mais qui fut un de ces petits moments de bonheur qui ponctuent la vie du poor lonesome widower

Pourquoi vous en causer alors ?

Parce que je viens à cette occasion de traverser les paysages de la France…

- J’ai donc quitté ce matin un des douars de cantonnement de ma lignée. Celui-là, précisons-le, n’est pas au tréfonds de la Lozère ou un de ces écarts périphériques chers à Christophe Guilluy. C’est quand-même le chef-lieu de 26.000 habitants d’une agglo’ en comptant 60.000 à une demi-heure de TER de Paris (à l’ouest, certes…) Evidemment, il y a différents quartiers mais tout de même…
En bordure d’un entrelacs de petites rues bordées de pavillons accolés assez modestes et tous pareils avec leurs jardinets, une école communale, publique et laïque donc, bâtie comme un grand hangar autour de sa cour… C’est là qu’officie ce cher Dante en qualité d’élève de CP. Il habite si près qu’il s’y rend à vélo en traversant la seule grande rue au feu rouge…
Dante a tenu hier soir à me montrer sa photo de classe en me détaillant ses potes… Photo classique avec l’institutrice et ses 25 élèves… Sur les 25 élèves, il y en a un (d’ailleurs un de ses potes mais son prénom, bien-de-chez-nous, m’échappe) dont je ne saurais dire s’il est mulâtre, un chouïa magrébin, voire latinos foncé… Et les 24 autres sont sans conteste tous des leucodermes pour jus…
Incidemment, j’ai appris qu’il y en avait au moins huit qu’il voyait très souvent le dimanche à la Messe…

- Dans la foulée, j’ai donc ensuite pu admirer d’autres paysages de la France. Grâce aux attentions compréhensives quoique résiduelles de Sud-Rail et de la CGT, j’ai pu m’attarder plus longuement devant certains tableaux que devant la Joconde au Louvres, compressé entre deux japonais… J’ai ainsi successivement contemplé les intérieurs d’une rame de TER, d’une gare parisienne, de deux rames de métro et des couloirs de correspondance en prime, d’une autre gare parisienne, d’un wagon de TGV, de la gare de Lyon Part-Dieu puis d’encore deux rames de métro et enfin les extérieurs de quelques rues familières…

- Pour conclure ma journée un autre paysage m’attendait : Celui du parvis de l’Opéra. Là, une grosse soixantaine de guignols occupait l’espace en tapant sur des bidons avec une ardeur de trisomiques découvrant une nouvelle activité. Une banderole et des drapeaux noirs ornés de croix blanches (des x genre signatures d’analphabètes) annonçaient que l’Opéra était "occupé".
Ce happening qui nous cassait les oreilles en s’appropriant l’espace public durant plusieurs heures était l’œuvre d’un "collectif unitaire chômeurs-intermittents-intérimaires" Manifestement, si le gros de la troupe semblait constituée d’intermittents du spectacle vivant, le tract distribué n’en disait pas un mot. Pas la moindre envolée lyrique sur la défense de la Kultur ou quoi que ce soit de ce genre. Il n’évoquait que l’assurance chômage en général. Et les pancartes n’évoquaient que la précarité. Point… Comme quoi, il n’y a guère qu’Aurélie Filippetti pour penser que la défense des intermittents d’estrade est un sujet porteur
Mais ce n’est pas ça qui a retenu mon attention. Il y avait là quelques cheveux rouges et même je crois une tignasse teinte en bleu. Mais tous, j’ai bien dit tous, étaient… exempts de diversité !  Je suis resté un bon moment à les détailler tous : Eh bien, rien à voir avec le métro, le train et les halls de gare ! Pas un black, pas un Beur, que dalle ! Ces précaires-là sont-ils bien le reflet de la Fwance ?

Mais ce qui m’a troublé, ce qui m’a inquiété, c’est que, par l’homogénéité de leur look ethnico-épidermique, ils relevaient tous de la même espèce que la classe de Dante !

Ceci-dit, rassurons-nous ; ceux-là n’ont pas l’air de faire beaucoup d’enfants…