"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

jeudi 20 mai 2010

EGOBODY ne me fait pas peur...

Sous nos latitudes, où les ventres pleins sont chaque soir bordés par Big Mother, bien au chaud sous la couette du principe de précaution et l’oreiller de la tolérance universelle, l’espèce se modifie selon un processus "doux" mais d’apparence irrépressible ; en tout cas assez conforme aux théories de l’évolution chères à Darwin.

Sous nos latitudes, donc, au catalogue des espèces mammifères, l’homme, cet être allaité au Doute et à l’Espérance, tend à céder la place à une espèce dérivée aussi improbable que bien réelle. Nouvelle espèce que Robert Redecker appelle égobody, nom qui me semble approprié et qui me plaît bien. Nouvelle espèce, donc, qui compense sa faiblesse en anti-corps en se maintenant sagement sous perfusion de divertissements.

Aggravée du fait de son alimentation (voir plus haut) l’homme souffre d’une maladie génétique que nous pourrions appeler la cogitatio, affection dont l’égobody semble manifestement protégé.

Dépourvu de la crainte de sombrer dans la cogitatio, sans autre souci récurrent que d’alimenter son MP3, étoffer son stock de liens fesse-bouc, choisir sa crème de soin et ses sushis bio, faire son jogging, niquer et, l’âge venant, se fournir en Viagra, l’égobody épris d’altruisme peut donc consacrer le temps que lui laissent les contraintes prosaïques de la vie sociale à se préoccuper de son voisin en phase de déclin : l’Homme.

Car l’homme est pour l’égobody un sujet permanent d’indignation, un objet de commisération et un complément de satisfaction ("moi je ne suis pas comme ça") Epargné par les symptômes cliniques de la cogitatio, c’est en effet avec une sereine assurance que l’égobody juge les comportements de l’homme. N’ayant plus été nourri depuis plusieurs générations aux même mamelles que lui, l’égobody ne voit chez celui-ci aucune explication rationnelle à la survenance, aléatoire ou systémique, de divers comportements, postures et réflexes pavloviens. L’égobody a bien entendu dire que ces phénomènes furent assez répandus, mais c’était au temps des zeurléplusombres, magma mémoriel vague, sorte de brouet brumeux, digest confus et confit d’anachronismes où surnage pêle-mêle l’hitlérisme de l’Inquisition, le colonialisme au Moyen-âge et le génocide des indiens par les croisés. Bref, toutes choses qui, pas plus que l’extinction d’une sorte d’amibe au jurassique, ne mérite qu’on perde son temps à en chercher l’explication.
Aujourd’hui, la conclusion s’impose. Ces phénomènes ne peuvent être que les fruits vénéneux de dérèglements cérébraux relevant de la psychiatrie : l’homme souffre de phobies. Pour l’égobody, cela est indiscutable et indiscuté. Et plus il gratte, plus l’égobody découvre avec épouvante de nouvelles phobies chez l’homme. La liste est longue : xénophobie, homophobie, islamophobie, handicapophobie, toxicophobie, etc.
Les sujets les plus atteints développent parfois corrélativement des délires de persécution en croyant à l’existence de phobies qui ne relèvent heureusement que de l’imagination de leur cerveau malade ; la cathophobie par exemple…

Devant ces phénomènes psychiatriques, face aux risques certains et angoissants que font courir aux personnes les réactions potentielles et redoutées des malades, l’égobody trouve que ça craint. Evidemment…

Bien sûr, la grande majorité des individus de l’espèce égobody ne se bouge pas le fion pour éradiquer ces phobies chez ses (encore) semblables. Mais, soucieuse que rien ne risque de venir déranger son habitus à consommer plus sans entraves obscurantistes, elle est bien contente de voir que des courageux s’y collent, bravant tous les risques en vrais héros de la résistance d’aujourd’hui. La gay-pride plus fort que la bataille du rail… Ça, l’égobody lambda, ça le rassure sur l’avenir de son espèce (pour sa reproduction, c’est comme les retraites, on verra demain…)

Bon, je cause, je cause, mais tout ça c’est "sous nos latitudes"…

L’égobody peut bien nous saouler de concepts creux sur le brassage culturel, confiné dans le souci onaniste de son microcosme. Il ferait bien de regarder autour de lui, un peu plus loin aussi, dans l’espace et dans le temps.

Je ne sais pas où ira l’homme ni comment, mais je suis sûr de trois choses :

D’abord que j’ai fini les clopes et la bouteille…
Ensuite, que sans le savoir l'égobody souffre d'humanophobie,
Enfin et surtout que l’homme, ce n’est pas égobody qui lui succèdera…

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