"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

dimanche 18 décembre 2016

Jusqu’à la Gauche…



Le dernier en date des sondages (IPSOS pour le CEVIPROF et le Monde) est cruel : Quelle que soit la configuration proposée aux sondés (avec ou sans x ou y…), le champion que se désignera la "Belle Alliance populaire" finira… 5° au premier tour (au mieux 4° ex-aequo à l’arrondi supérieur de la marge d’erreur…) derrière Fillon, Le Pen, Mélenchon et Macron…
D’aucuns diront que cela concrétisera enfin l’enterrement solennel de la gauche ; enterrement de 1° classe avec crêpes et tentures noires à galon d’argent, veuves éplorées, lamentations au mur des fusillés, importants de tous bords, Raffarin en tête, se bousculant pour y aller de leur oraison funèbre à la gloire du défunt…
Non ! la gauche est immortelle. Il lui suffit pour renaître de ses cendres de s’en tenir à ses fondamentaux et à ne pas les perdre en chemin comme elle le fait depuis qu’elle s’est vendue contre retours de prébendes à cette vieille pute fardée de François Mitterrand. Elle reste bien vivante et a trouvé son tribun en la personne de Mélenchon. Ce dernier ne décrochera certes pas le Mickey cette année, mais, n’en doutez pas, il figurera honorablement. Bien sûr, il lui faut mâtiner son discours d’un zest d’écologie comme de souverainisme de façade pour se conformer à l’air du temps. Mais sa ligne politique reste farouchement attachée aux fondamentaux de la gauche ; et si ceux-ci devaient se résumer à une définition ne pouvant elle-même se réduire à aucune autre, je dirais que c’est "La lutte des classes"…

Ce qu’on s’apprête à enterrer n’est pas la Gauche mais quelque chose comme un mouton à cinq pattes et tête de veau qu’on appelle par facilité la gauche de gouvernement, voire la social-démocratie, et que la décence ne permet pas d’appeler la sociétale-ploutocratie
Je sais qu’il faut se méfier de l’agonisant en phase terminale dont les médecins médias ne se décident pas à débrancher les tuyaux vu-que-c’est-lui-qui-les-paie. Mais bon. Sa mort est inéluctable à très court terme. L’encéphalogramme hollandien est d’ores et déjà plat et tout au plus peut-on craindre quelques dangereux cazeneuvesques soubresauts du "mieux de la fin"…

On peut donc dès aujourd’hui réfléchir, à la lueur de ce qui s’est passé depuis cinq ans, pour essayer de déterminer exactement ce qui est en train de s’enterrer soi-même, puisque ce n’est pas la Gauche.       
Ce n’est pas un dévoiement hérétique, ni même une simple dérive schismatique, car le dogme germinal n’est pas la "lutte des classes" mais tout autre chose.

Rappelons bestialement quelques notions de base. Toute politique qui ne part pas dans tous les sens ou au fil de l’eau s’inscrit dans une hiérarchie de niveaux :
- Il y a au départ une philosophie ou une idéologie qui élabore des principes, des fondamentaux. Ceux-ci sont mis en musique par la ligne politique sous la forme d’objectifs qui visent à concrétiser sur terre les concepts initialement hors sols forgés par la philosophie de départ. Ces fondamentaux fondent la raison d’être et la légitimité de cette politique…
- S’en suit l’élaboration d’une stratégie qui vise à organiser l’action pour atteindre les objectifs, en prenant en compte les moyens, les délais, les coûts, etc. 
- Puis intervient la tactique qui adapte la stratégie aux aléas rencontrés, imprévus et autres difficultés concrètes…
- Et, enfin, il y a le passage à l’action en utilisant les techniques et savoir-faire nécessaires…

Reprenons :

- Quels sont les fondamentaux qui déterminent la politique justifiant l’être et l’agir de la soi-disant gauche d’aujourd’hui ? Le marxisme, le trotsko-léninisme, le keynésianisme, l’anarcho-syndicalisme, Blanqui, Proudhon, Rosa Luxembourg, Jaurès, etc. ne sont plus que des statues de plâtre sulpiciennes conservées dans des chapelles latérales du Temple, parfois dépoussiérées lors de fêtes votives. Le principe fondateur, le seul, l’unique, qui anime et légitime la ligne politique d’aujourd’hui, ce n’est pas la lutte des classes. C’est la lutte pour aboutir à l’Egalité Parfaite !
C’est à dire l’égalité absolue de tous et de chacun. La totale égalité de situation, égalité de condition, égalité des chances ; égalité qui ne peut s’atteindre que par l’abolition de toutes les différences (pas des diversités !) L’égalité morphologique et caractérielle, physiologique et intellectuelle, pathologique et générationnelle… Et cela nécessite d’offrir d’imposer à tous et à chacun la fusion dans le même. Nouveau Paradis sur terre où les aveugles mal voyants seront tireurs d’élite, les paralytiques personnes à mobilité réduites footballeurs syndiqués ; où seront compensées les inégalités entre le djihadiste et le chrétien d’Orient, le voleur et le buraliste, le clandestin et Mme Michu… Où chacun sera homme, femme ou autre selon son espèce, enfin libéré grâce au conditionnement policier d’un hermaphrodisme d’Etat.
- Pour cette soi-disant gauche, c’est de là et seulement de là que découlent les objectifs fondamentaux, ceux auxquels on ne dérogera pas, quoi qu’il arrive et quelles que soient les difficultés rencontrées dans la stratégie adoptée. Tout le reste n’est qu’accommodements tactiques n’ayant d’autre utilité que de contribuer à maintenir aux manettes les tenants de la ligne politique choisie. Chômage, dette, déficit, insécurité, soumission impuissante face à l’invasion, dégringolade PISA, méfiance généralisée et chacun-pour-soi ne sont que broutilles conjoncturelles. L’essentiel est de garder le cap vers cette égalité parfaite entre les êtres. Egalité absolue déjà mise à mal, il est vrai, à l’instant même de la rencontre entre le spermatozoïde et l’ovule ; c’est contrariant. Mais on va y remédier… A ce titre, il importe peu de savoir à qui on sous-traite tel ou tel détail prosaïque, que ce soit aux partenaires sociaux ou à Francfort, à la LICRA ou à Bruxelles, au Département d’Etat ou à Goldman Sachs…

Voilà en quoi se résument les fondamentaux de cette gauche-là. Elle est morte. Ceci-dit, si c’est son propre comportement dans l’action, au cours de ces cinq dernières années, tout d’amateurisme et de bricolage dans la précipitation, qui a plombé son cercueil, ses "fondamentaux" délétères ont imprégné durant cinq ans les esprits des acurabas de base et des enfants des écoles. Et l’avenir n’est pas serein…  

Quoi qu’il en soit, la vraie Gauche est toujours là, bien vivante, car la lutte des classes est éternelle. Il lui suffit de changer le contenu des "classes"(1), au gré des circonstances comme on change le manche ou la lame du couteau tant le désir mimétique cher à René Girard est éternel…
 
(1) : s’agissant du contenu des classes, cf. par exemple ICI









2 commentaires:

  1. La "gauche de gouvernement" qui, si j'ai bien compris, est celle de "la Belle Alliance Populaire" est peut-être morte mais elle aura au moins eu le temps d'instutionnaliser les "funérailles laïques et républicaines" dont elle va ainsi pouvoir être une des premières à bénéficier.
    Qu'on ne me dise pas que tout cela n'est pas judicieusement organisé !

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  2. Dame Ginette20/12/2016 19:09

    Cher Plouc,
    Egalité à tout prix qui ne concerne que les membres du troupeau d'ovins composant la société. Cette égalité ne sera pas appliquée aux tenants de l'élite qui entend nous façonner selon leurs goûts égalitaristes...

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