"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

"Il y a deux aristocraties : celle du haut et celle du bas. Entre les deux, il y a nous, qui faisons la force de la France.

lundi 6 février 2012

Qui veut gagner des …(*)

C’est pas la question la plus simple…

On notera qu’il fallait proposer un choix de réponses qui soit un peu crédible…
La QCM ci-dessus ne propose donc pas l’éventualité de "compenser" en prélevant sur les crédits d’heures, réunions de conseils d’atelier, comités d’établissement, CHSCT, permanents temps plein et autres détachements syndicaux, emplois fictifs, assistants culturels de proximité, évaluateurs de diversité homologués, accompagnateurs de vivre-ensemble, emplois-jeunes au troisième âge, Audrey Pulvar, facilitateurs culturels aux collectivités, agents de civilité de proximité, coiffeurs de François Hollande, maquilleuses du même, chargés de médiation communautaire, auxiliaire de vie de Stéphane Hessel, subventionnaires titulaires, subventionnaires stagiaires, sociologues experts consultants chez TF1, intermittents d’animation urbaine, conseillers d’état accompagnateurs des libraires pour la TVA, journalistes stagiaires sélectionneurs de micro-trottoir, trolls de veille sanitaire en charge des délat… signalements citoyens, contributeurs sponsorisés au Bondy-Blog, écoutants prescripteurs de cellule d’assistance psychologique scolaire, vacataires de testing anti-discrimination, chargés de mission à l’équivalence des genres, plantes vertes reliftées hôtesses-accompagnatrices de peoples aux cocktails de la Règle du Jeu, contrôleurs d’Hadopi, professeurs de maintien dans les IUFM, acheteurs au Centre National des Arts Plastiques, graphistes-maquettistes au Journal Officiel, rewriters à Libé ou Charlie-Hebdo, figurants-spectateurs chez Ruquier,
attachés de médiation détachés aux quartiers, Christophe Barbier, euh… quoi d’autre ?

(*) – NB : N’ayant pas trouvé le mot qui convient le mieux pour compléter le titre de ce billet à la con, le taulier lance auprès de ses fidèles lecteurs un concours pour remplacer les pointillées. L’originalité, le décalé, le second degré (pas le cinquième…), etc. sont bienvenus. Le politiquement correct et le lubrique insortable (c’est pareil) seront censurés… Avec le soutien financier du FOPOD, le lauréat gagnera le droit de prendre un petit noir à ses frais en terrasse en regardant passer les acurabas boboformatés...

dimanche 5 février 2012

L’autolyse, la civilisation, la prévention et le Nouvel Obs…

N’oubliez pas que si nous sommes évidemment la veille du 6, c’est surtout aujourd’hui
"La journée nationale de prévention du suicide."

Selon une définition moderne qui ne préjuge pas des intentions de la personne et ne juge pas l’acte, le suicide est "l’acte qui a pour effet la mort et dont l’intention est soit d’en finir avec la vie, soit de produire un nouvel état de choses dont le sujet pense qu’il ne peut être atteint qu’au moyen de la mort."

Qu’ils disaient…

Heureusement, il y a le Nouvel Obscènateur, Cécile, Harlem, SOS truc, les jeeûnes socialos et les autres pour veiller à la prévention du risque…

Illustrations du billet :
- Paul Rebeyrolle. Titre : ‘’un temps de chien (on dit qu’ils ont la rage)’’
A la fondation Salomon d’art contemporain (reconnue d’utilité publique)
Visite guidée le mercredi après-midi par temps sec…

- 6 Février 1934…

vendredi 3 février 2012

Hollywood et Oslo fans de Charia…

Ah! Compatissons à la recherche tâtonnante et vaine de toutes ces gloires de papier glacé, classe précaire à leur manière dont la prospérité aléatoire est suspendue au bon vouloir de la presse people et aux caprices des majors de l’audiovisuel ! Encombrés par leur a-culture et l’inertie de leur confort, ces malheureux cherchent inconsciemment un sens à leur vie lorsque se profile l’âge du has been, souvent lié, en dépit du lifting et de la salle de sport, à l’avachissement de la silhouette et de la texture de l’éphèbe ; lorsque les efforts de l’attaché de presse grassement payé deviennent sans effet sur la lassitude d’Esquire ou de Gala, même en leur proposant un nouveau divorce à se mettre sous la dent… Et qu’en plus les publicitaires se mettent à rechercher des supports mimétiques plus foncés…

Souvenez-vous de Liam Neeson. On l’avait vu dans Mission de Roland Joffé (ça fait 25 ans déjà…), il c’était imposé dans le rôle-titre de La liste de Schindler et s'était fait une spécialité des rôles courageux comme ceux de Michael Collins, d’un maître Jedi ou… en reprenant celui d’Hannibal dans Agence tous risques…
Bref, l’acteur offrant l’image d’un mec comme on n’en fait plus et comme il en faudrait plus…

Et ben cette star hollywoodienne d’origine irlandaise de 59 balais (ça craint…) vient de révéler qu’il envisageait de renoncer à sa foi catholique et de se convertir à l’islam.

Etant en tournage à Istanbul, il s’est dit fasciné par la foi musulmane pendant son séjour :
"L’appel à la prière a lieu cinq fois par jour et pendant la première semaine ça vous rend fou, mais ensuite il prend place dans votre esprit et c’est la plus belle des choses. Il y a 4000 mosquées dans la ville. Certaines sont tout simplement sensationnelles et cela me fait vraiment envisager de devenir musulman." [SOURCE]

Il est vrai que chez ces gens-là, la maturité n’apporte pas toujours un surcroît de sagesse aux facilités adolescentes ; et un vécu social protégé du réel derrière les clôtures paysagées de Beverly Hills ne favorise pas une interprétation du monde fondée sur autre chose que l’apparence…

Pauvre con. Tu veux te convertir à l’Islam ? Bien ! Je te propose de faire un échange ; un homme pour un homme, c’est correct non ? Donne ta place à un musulman qui s’est converti au christianisme et va prendre la sienne chez lui en Afghanistan. On ne te demande même pas de suivre son parcours, tu peux prendre l’avion en 1° classe et tu emménageras dans sa maison. Facile et direct, il est déjà parti.
Et lui, tu n’as qu’à te débrouiller pour lui procurer une mansarde en Californie et une carte verte. C’est pour lui un rêve inaccessible, il n’en demande même pas tant. Juste de sortir de son enfer… S’il y arrive encore vivant…

Vous croyez que son enfer est quelque part en Afgha’, en Libye, en Irak ou en Syrie ?

Non. Son enfer est ici en Europe, près de chez-vous.

Ali (appelons-le comme ça) a fui l’Afghanistan où sa conversion lui vaut la peine de mort par lapidation. Il a fini par échouer en Norvège, le doux pays qui nous a donné Efa et s’est gardé Breivick (ce qui n’a rien à voir, je sais mais…) Il est actuellement placé dans un centre de rétention pour les demandeurs d’asile dans l’attente de l’étude de son dossier. Normal.

Heureusement qu’il est en Norvège. Au moins c’est un pays des droits de l’homme : Il n’a rien à craindre d’autre que l’expulsion et les mouvements locaux d’aide aux sans-papiers devraient veiller sur lui… Il bénéficie du juridisme et du formalisme d’un Etat de Droit que le monde nous envie, mais aussi de la mauvaise conscience et du manque de courage de la Démocratie Laïque que le monde est sensé nous envier, ainsi que du pinaillage égalitaire et rigoriste du calvinisme nordique que le monde… non rien. Et toussa donne évidemment une impérieuse nécessité de traiter tout le monde sur un pied de stricte égalité sans considération de race, de religion, und so weiter. Ce serait de la discrimination !

Donc, dans un centre de rétention fermé d’un pays modèle de l’Europe a-identitaire, pour s’être converti au christianisme et ne pas avoir jeûné pendant le ramadan, Ali subit quotidiennement non seulement des menaces ("Si tu ne reviens pas à l’islam, nous te tuerons") mais aussi des sévices et des tortures pas toujours pratiquées à Abou Ghraib, des trucs sympas comme des bassines d’eau bouillante lentement versées sur la bête… Et cela bien sûr, de la part des autres pensionnaires qui nous apportent leurs richesses… [SOURCE]

mercredi 1 février 2012

L’art français de la haire*

Dans la vie je me suis doté d’un tas de petits principes accessoires à la con auxquels je me suis promis de ne pas déroger. C’est indispensable pour maintenir la santé mentale de la bête dans un environnement hostile. Parmi ces petits principes, il y a celui de manifester chaque année une totale indifférence à l’égard du bouquin couronné par le prix Goncourt… Non seulement je ne le lis pas, a fortiori ne l’achète pas, non seulement j’ai le snobisme de le dire dans les dîners, mais je me tiens aussi prudemment à l’écart des présentoirs des librairies pour ne pas être tenté d’en parcourir la quatrième de couverture. A l’évidence je n’ai globalement rien perdu d’essentiel… Je dis globalement pour ne pas me faire flinguer comme bourrin par certain(e)s que j'aime bien et qui ont tartiné des billets entiers sur le Houellebecq de l’an dernier…

Le prix Goncourt a été créé pour récompenser chaque année "le meilleur ouvrage d'imagination en prose, paru dans l'année" C’est ça qu’il voulait, Edmond. Vous le saviez et je ne vous l’apprends pas. Un ouvrage d’imagination, donc a priori un roman, genre littéraire pas très bien défini mais dont la caractéristique essentielle est d’être une narration fictionnelle plus longue qu’une nouvelle. La procédure de sélection retenue consiste à convier une brochette de vieux bonzes (souvent vieux avant l’heure) pour becter dans un grand restaurant et dire du mal de leur prochain entre le homard et la poularde en chemise. Et cela avec la certitude qu’ils se seront mis d’accord au fromage, tant il est vrai que copinage et renvoi d’ascenseur sont les deux mamelles qui fournissent le pain dont s’abreuvent Gallimard, Grasset, Albin Michel, Flammarion et le Seuil. Ainsi sortira forcément du chapeau l’édit... l’auteur du roman qui bénéficiera pour ses étrennes d’un coefficient multiplicateur du tirage (coefficient parfois modeste pour l’auteur archi connu par qui les couillons ne se laisseront plus avoir, coefficient toujours élevé pour les inconnus comme celui de cette année)

Bien sûr, je n’ai donc pas lu le prix de cette année et ne le lirai pas. Mais le lauréat-surprise sorti du chapeau se trouvant être un concitoyen de mon douar de cantonnement, j’ai eu la faiblesse de m’interroger à son sujet.
D’abord pourquoi ce bouquin ? Comme je me refuse dogmatiquement de le lire (faut bien que je sois fondamentaliste dans mes principes, sinon je vais où, là ?) qu’en dit-on ici et là ? A priori, ce n’est ni un essai d’historien comme le titre pourrait le faire penser, ni un récit de témoignage mais pas une fiction quand même… Un soliloque de commentaires perso’ sur des faits lus dans le journal et dans Mallet & Isaac ? Je ne suis évidemment pas du genre à accorder a priori foi aux pisses-copies des Inrocks qui écrivent : "Ce Goncourt 2011, l'avènement du toc contre la littérature." Mais quand même… Bien sûr il y a les critiques-mercenaires qui tirent à la ligne une fois le prix décerné : "chef d’œuvre", "coup de maître" en s’en tenant à des généralités. Mais dès qu’on prend la peine de lire en détail, on tombe très vite sur des "souffle virant parfois à l’emphase", "un peu barbant", "vire parfois au ronronnement rhétorique", "fresque pompière et académique", "lourdeur et boursouflure du style", "phrases alambiquées pour prouver que c'est écrit", "construction simplette au service d’un truisme", "fresque indigeste émaillée de lourdeurs et digressions"…
A priori, si c’est le roman de l’année, moi je suis père abbé chez les Clarisses…

Alors pourquoi ? Réfléchissons : On a là un "produit" au sujet duquel Le Monde parle d’une "réflexion complexe et profonde sur "la pourriture coloniale", sa manière d'infecter, encore et toujours, la société française…" Bref un truc tout à fait mainstream qui ne mange pas de pain, sans danger et même "éducatif" pour la santé mentale du pois-chiche cérébral de l’acuraba moyen qui en aura pour son argent.

En outre, on a là de quoi tirer à la ligne pour humidifier l’œil de Margot en brodant sur l’auteur, petit prof inconnu et étranger au milieu, qui a consciencieusement gratté son pavé manuscrit de 600 pages sur un coin de table de brasserie de la place Bellecour entre deux corrections de copies de lycéens avant d’oser timidement l’envoyer à un éditeur. Bref, le remake de l’écrivain romantique à écharpe et veste de velours injustement méconnu de la mythologie XIX° et pré-germanopratine… Bon ça pour la vente chez Gallimard (enfin, pour un Goncourt, ce fut plutôt un flop…)

Enfin, au moins cela aura-t-il permis à un prof de SVT de Saint-Marc, boîte privée des jèzes, lycée de la bonne bourgeoisie locale et pépinière de patrons d’industries, de nous faire connaître ses états d’âme.

Pour résumer la critique, je vous invite à lire celle-ci.

* Haire : chemise rude en crin ou poil de chèvre portée sur la peau par esprit de mortification et de pénitence… (cf. cilice)

mardi 31 janvier 2012

De la nécessité du huit-reflets…

M. Gibus, l’inventeur de son célèbre chapeau, vient en effet de fermer sa porte. Il se retire. Une palissade en bois de sapin masque aux regards, rue du 4-Septembre, cette devanture volontairement funèbre, en deuil d’un siècle révolu, qui avait la majesté de l’histoire et où le commis de l’agent de change venait encore en 1900, choisir le "huit-reflets" de location qu’il était tenu de porter dans l’enceinte de la Bourse. L’homme était donc en deuil d’une grande chose. On a vite fait de tomber du gibus dans le melon, et du melon dans le chapeau mou, tant la décadence est rapide. Quand M. Gibus ferme sa porte, l’homme est en deuil d’une civilisation. Le gibus contribuait à la dignité de l’homme, à sa différence essentielle avec le lapin domestique et même le tigre du Bengale ; le gibus faisait de l’homme le roi des mammifères. M. Gibus, avec le huit-reflets, lui avait fourni la plus haute expression de son caractère supérieur dans une certaine façon de se terminer en tube, de finir en tuyau comme la cheminée prussienne, le poêle Godin, la chaumière bretonne ou les usines de l’Anilin Fabrik. On traversait un enterrement comme un paysage de la Ruhr. Depuis qu’on ne met plus le gibus, l’enterrement est moins triste, le mariage se fait moins joyeux ; le fêtard a moins l’air de faire la fête, il tombe moins gaiement dans l’eau sale. Tous les plaisirs sont émoussés.
(…)
Le départ de M. Gibus atteint la civilisation de façon bien plus générale. La civilisation tient à des choses fragiles. Tout ce qui est extrême particularité la renforce et lui donne du prix. Surtout quand c’est inexplicable. Comme le gibus. Et encore plus quand c’est gênant ou ridicule. Tel est le pouvoir de l’irrationnel. Quand l’homme accepte de se gêner ou de paraître ridicule sans aucune espèce de raison, sa civilisation est forte ; elle a toutes les chances de durer. L’homme a besoin de choses qui durent plus que lui. De choses magiques comme le gibus. Des choses magiques et surhumaines. Privé de ces choses, il est moins viable et dépérit. Il a besoin de respecter beaucoup ; quand il respecte en trop, c’est un excellent signe. Que ne respectera-t-il s’il respecte un gibus? L’Anglais sérieux respecte encore des plaisanteries qui avaient déjà perdu leur sel à l’époque de Charles le Chauve. C‘est pourquoi il dure si longtemps. Il est bon que l’homme croie au gibus. Et que le gibus survive à l’homme. Tant que l’homme croie au gibus, rien n’est désespéré ; il y a beaucoup à attendre de lui ; je ne dis pas de son intelligence, mais de son avenir, de sa vitalité. Ce ne sont pas des choses qui vont de pair : l’intelligence n’aide pas tellement les hommes à vivre, elle leur ouvre plutôt les yeux sur un paysage désolé. Mais, s’il y a peu d’avenir dans la raison humaine, il y en a beaucoup dans le gibus, et heureusement il y a beaucoup de gibus. Les gibus donnent des raisons de vivre, sans compter les raisons de mourir.

Le gibus, c’est la gêne inutile. Rien de plus fécond. Mais on ne s’en aperçoit que très tard. Lorsque j’étais enfant, on me traînait chez de vieilles dames qui me partageaient un gâteau sec. De leur côté elles buvaient un petit verre de malaga en se torchant la moustache du revers de la main, la dernière gorgée avalée. Je ne puis dire combien je souffrais dans ces endroits crépusculaires, où je devais passer deux heures sans un mouvement au pied d’une laitue exotique qui portait le nom d’Aspidistra. Mais c’est à ce prix que survivent les civilisations. La civilisation consiste à attacher du prix à l’homme, a ses manies et à ses rites ; à ses snobismes. Qu’est-ce qui n’est snobisme ici-bas ? C’est un snobisme de la part de l’homme de croire à l’homme, c’est de l’esprit de corps, c’est le conformisme d’un clan. C’est aussi sot, et aussi nécessaire, c’est aussi utile à la vie, par conséquent intelligent, que pour le chasseur alpin de croire au chasseur alpin, pour l’académicien de croire à l’académie, pour le blouson noir de croire au rock, pour l’anarchiste à l’anarchie, pour chacun de nous de croire à lui-même. C’est l’instinct de conservation. Si les coutumes sont excellentes, c’est parce qu’elles sont, dans beaucoup de cas, irrationnelles ; il n’y a pas d’argument contre l’irrationnel ; il y en a contre tout ce qui est fondé en raison. D’autant plus que la raison elle-même est un snobisme ; on ne croit à la raison que par un acte de foi ! Du clan humain qui veut se prendre au sérieux. Si on se mettait à traiter l’homme conformément au peu qu’il est aux yeux de la raison raisonnante, en poussière qui retourne en poussière, on obtiendrait une société semblable au camp de concentration. Voilà ce qui est écrit dans le gibus.

Je n’aime pas que M. Gibus ait fermé sa boutique. Le gibus augmentait le respect de l’homme pour l’homme. L’homme en gibus ne se prenait pas pour un cloporte ou pour un pipa du Surinam. Il faut du gibus en toute chose, des académiciens qui n’aient pas écrit de livre, des rois cruels, des généraux injustes, des juges qui condamnent l’innocent. Ne serait-ce que pour les combattre. Quand toutes ces choses auront cessé, la société sera peut-être parfaite mais elle aura signé sa mort.

Le gibus a des vertus magiques.
Rien ne sert la vie si bien que l’absurde.

Alexandre Vialatte – Chronique du nécessaire gibus.
[une des 898 chroniques qu’il écrivit entre 1952 et 1971]


Aujourd’hui, y a pas de souci.
On a le sportwear, on a le streetwear et egobody est bien dans ses baskets.

"Là où y a de la gêne, y a pas de présent sans souci d’avenir…"

lundi 30 janvier 2012

Aux horizons de l’acuité visuelle…

Un dimanche à la campagne…

- Ce matin en ouvrant ma boîte, je me suis senti tout rajeuni. Comme quoi le fait d’avoir une adresse traînant encore dans une vieille mailing-list qui ne me lâche pas les baskets n’est pas toujours source d’exaspération mais peut parfois réchauffer mes vieux os (et me faire lever une paupière sur les incertitudes de l’avenir…)
Ce matin, donc,"Les jeunes actifs du Rhône et les trentenaires de l’UMP me souhaitent une bonne et heureuse année 2012."

Visiblement, ils ont toujours notre avenir plein les yeux…
Bon, ne soyons pas méchants ; ça nous change un peu des bras d’honneur horizontaux des jeunots cacochymes du Péèsse…

- Pour faire sa petite sortie apéritive du dimanche à l’heure de la messe, François Hollande est allé se divertir aux festivités du Nouvel An du quartier chinois de Paris. Ces braves gens lui ont fait l’honneur de lui confier le rite du réveil du dragon, lequel consiste à mettre de la peinture rouge dans les yeux de l'animal de papier endormi sur le parquet d'un gymnase du XIIIe arrondissement. Car c’est cette cérémonie de "baptême" qui donne vie au dragon…
La bête réveillée s'est ensuite longuement trémoussée au son des tambours, des cymbales et des "Hollande président" dans une cavalcade que notre François a suivi plus d'une heure au milieu des ballons et des pétards derrière une banderole de l'association des résidents d'origine indochinoise. On lui reconnaîtra qu’il a des joies simples…
A cette occasion, grâce à la presse judicieusement conviée à couvrir ce carnaval, nous avons appris que si le patron-baigneur de pédalo est un lion pour notre zodiaque, il est surtout un cheval pour l'horoscope chinois et en est très fier...

- La morale illustrée de ce dimanche, c’est que rien n’est perdu puisque nous avons encore le choix entre deux options :

Celle de nous en remettre à des trentenaires actifs chaussés de lunettes d’aveugles occultées aux couleurs de Paris surchargées d’un arbre qui ne porte pas de fruits.

Ou celle de nous en remettre à un bientôt sexagénaire qui suit en transpirant un dragon de papier qui va dans tous les sens, les yeux bouchés à coup de vernis d’un rouge si cher à Mélenchon…

samedi 28 janvier 2012

Locuteurs et volucompteurs…

Hier, le Pélicastre attirait mon attention sur les pompes à essence qui causent au client. Ça le scandalise ; j’voipapourquoi… Il est vrai que sa sortie sur ces pauvres pompes qui n’y sont pour rien m’a interpellé au niveau du vécu au point de me rendre tout honteux. J’ai en effet réalisé que chaque fois que j’aborde (fort civilement) une pompe pour verser ma sextuple dîme à la TIPP (TVA en sus) j’omets systématiquement de lui dire bonjour et de lui dire merci quand elle me rend ma carte. Ma première réaction a alors été de me dire que je faisais preuve en la circonstance d’une goujaterie qui ne me ressemblait pas (enfin je crois) Mais dans un deuxième temps j’ai repris mes esprits : J’voipapourquoi je causerais à une inconnue qui est infoutue de répondre verbalement aux éventuelles questions complémentaires et nuancées que je pourrais vouloir lui poser ; a fortiori une bêcheuse qui refuserait obstinément de faire un brin de causette ne serait-ce que sur la météo pendant que je m’emmerde à tenir le pistolet dans la bonde. Bon, c’est vrai qu’avec son genre de carrosserie, il ne m’est jamais venu l’envie de lui dire t’as de beaux yeux tu sais…

Au demeurant, j’voipapourquoi le Pélicastre s’insurge en évoquant l’inutilité de doter la bête de la parole au motif prosaïque que les malvoyants ne conduisent pas. Qu’en sait-il ?
D’abord, je me souviens qu’un ancien préfet de Corse m’avait un jour chuchoté à l’oreille le nombre de bénéficiaires insulaires de pensions d’invalidité d’aveugles qui renouvelaient consciencieusement chaque année leurs permis de chasse… Un ça va, mais il y avait deux chiffres après le premier…
Ensuite, on peut très bien imaginer que ça fasse de l’exercice d’autonomie pour pépé assis à la place du mort… Il sort de la caisse qu’il contourne, tâtonne, se repère dans l’espace, etc. J’voipapourquoi il en serait privé. Couper le sifflet à la pompe serait une scandaleuse discrimination dont seraient victimes les handicapés du nerf optique. N’y en aurait-il qu’un seul à en souffrir, notre Etat de Droit ne doit pas le tolérer…
D’ailleurs, j’voipapourquoi les DAB et les caisses sans caissières des supermarchés ne causent pas encore comme mon ascenseur qui me prévient toujours : "l’ascenseur va monter" au lieu de me dire "Je vais monter" et oublie chaque fois de me rappeler "Entre le 2d et le 3°, je vais grincer"…

Bon. Ceci-dit, la légitime accessibilité des malvoyants aux pompes à essence n’est pas la raison première qui motive l’important et remarquable travail déjà réalisé par les têtes d’œufs qui mouillent la chemise dans les think tanks de ce qui reste de notre industrie. Ils contribuent modestement et pour notre plus grande fierté à conforter la part de notre PIB consacré à la Recherche & Développement, certes, mais là n’est pas l’essentiel.

L’essentiel, avec toute la retenue de politically correct attitude dont il est coutumier, notre Pélicastre n’a fait que l’effleurer dans son papier. Voyons les choses en face : Tout doit être mis en œuvre pour que l’acuraba générique dans toutes ses variantes, des plus bovines aux plus nauséabondes n’ait plus besoin d’adresser la parole à ses semblables, ne serait-ce que pour dire Passez-moi le sel, je vous prie. Cette simple phrase, en effet, peut être une porte ouverte sur l’inconnu, l’amorce d’un échange, déboucher sur l’expression d’un doute, d’un questionnement, que dis-je, d’une remise en cause, voire, qui sait, indicible horreur, une dérive agnostique portant atteinte à Droidlhom (que son Nom soit béni) et exprimant une vaine critique anticléricale contre notre sainte mère Laïcité. Bref, comme le disait en substance un obscur agitateur palestinien des temps révolus : "Ce n’est pas ce qui entre dans l’homme qui le rend impur, c’est ce qui sort de l’homme…" (Mc 7 20-22) Et ça, nozélites savent l’interpréter mieux que nous :

Il fait déshabituer l’homme à parler (et la femme itou bien sûr…) La parole ne doit plus servir à échanger au risque d’une altérité qui renverrait aisément aux heures les plus sombres dont nul ne sait heureusement plus ce qu’elles étaient mais que nous connaissons trop bien, vous voyez ce que je veux dire… La dialectique et la disputatio ont fait tant de mal qu’il est bon de le rappeler avec insistance, des guerres de religions aux diverses shoa (enfin, celles qui sont légalement accréditées…) Donc, une saine prophylaxie nécessite que les hommes ordinaires soient privés de l’usage de la parole (sauf ceux relevant de la diversité, évidemment, qui nous apportent tant de richesses) En revanche, pour accélérer dans l’harmonie l’avènement du vivre-ensemble, horizon indépassable, il faut que les hommes susdits (les acurabas donc) soient aptes à entendre la nouvelle Lectio Divina. Pour eux, être émetteur de paroles est un gadget inutile, voire dangereux comme nous venons de le dire. Il suffit qu’ils soient de bons récepteurs de la Parole dispensée avec gourmandise et philanthropie par nozélites.

Encore faut-il pour ça que l’acuraba n’ait pas perdu l’usage de la collection de phonèmes lui permettant de recevoir efficacement, sinon intelligiblement la Parole. D’où la nécessité de le doter de tablettes numériques, de GPS, de lucarnes cathodiques, etc.

Et même de pompes qui causent…