"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 4 juin 2012

"Eléments de langage" du changement c’est maintenant.


Le changement démocratique est aussi sémantique, le changement de gouvernance se sent dans la nuance…
C’est vingt-quatre heures après les faits que l’AFP (qu’on a connu plus prompte à nous informer en d’autres circonstances) nous informe du fait-divers suivant :

Trois jeunes juifs d’une vingtaine d’années portant kippa ont été agressés samedi soir vers 18h30 à Villeurbanne à proximité de l'école juive Beth Menahem. Trois individus les ont d’abord insultés en référence à leur religion et bousculés avant de recevoir le  renfort d’une dizaine d’autres personnes armées qui les ont assaillis en les frappant à coups de barre de fer et avec un marteau. Selon le ministère de l'Intérieur, les agressés qui ont récolté diverses blessures à la tête, une plaie ouverte au crâne et une blessure à un bras, sont ressortis le soir même de l'hôpital avec cinq jours d'ITT. Rien de bien sérieux, donc...
La police a dû ouvrir une enquête et un responsable policier a déclaré à la presse "On cherche les auteurs dans la plus grande discrétion" Par ailleurs, évoquant le fait que les agresseurs semblent être d'origine maghrébine, le président de la Licra a appelé à "se méfier du délit de faciès"… Rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est la nette augmentation de fréquence…

Comme c’est devenu la coutume en dépit de la triste banalité de la chose, le ministère de l’Intérieur se devait de pondre un communiqué, généralement copié-collé des précédents et le ministre en personne de faire une déclaration adaptée en réponse aux questions que ne manquent pas de lui poser les journalistes.

Qu’il s’agisse de formules personnalisées au cas par cas ou standardisées reprises dans des protocoles de communication préétablis, il faut garder à l’esprit que les mots utilisés dans ce genre de prose ont toujours été bien pesés et initialement pondus ou validés, sinon par le ministre lui-même, du moins par un conseiller de cabinet en charge des éléments de langages
Du fait du changement complet qui vient de se produire dans l’exécutif, tant au niveau des orientations que du cheptel chargé de les mettre en musique, il est intéressant de s’attarder sur les mots nouvellement utilisés :

- D’abord, le communiqué omnibus du ministère de l’Intérieur : "Manuel Valls assure de la mobilisation totale des services de police sur place afin que les auteurs de cette agression soient, comme le prévoient les lois de la République, interpellés et mis à la disposition de la justice"

L’incise soulignée est une nouveauté dans ce genre de communiqué. Sans elle la phrase déjà longue se suffisait à elle-même. Dans un Etat de droit, on pourrait penser que l’ajout est inutile, voire un chouïa redondant, car allant de soi. Vous allez me dire que si ça va sans dire, ça va mieux en le disant. Certes. Mais pourquoi ? Pourquoi ce nouveau besoin de précision ? De rappel ?
L’apparition de cette incise peut être lue et interprétée au moins de deux façons :
1° Comme un vigoureux rappel à la Loi qui s’inscrit farpaîtement dans l’image de rigueur qu’on veut donner de Manuel Valls (du moins jusqu’au 17 juin…)
2° Comme un mot d’excuse à l’adresse des agresseurs présumés et de leurs proches souffrant d’odieux amalgames : "- Que voulez-vous, on est bien obligé, c’est malheureusement encore comme ça ici et on n‘y peut rien…" (peut-être que Taubira va pouvoir vous arranger ça mais laissez-nous un peu de temps…)  
Bref, l’équivoque est subtilement maintenue tant le changement prend du temps… On notera accessoirement que "interpellés" est plus doux que "arrêtés" et que le remplacement de traduit devant" par "mis à la disposition de" respecte mieux l’indépendance de la Justice et sa libre appréciation de renvoyer ou non devant une de ses instances…

- Ensuite, la déclaration attribuée au ministre lui-même : Qu’il rappelle "sa détermination à lutter contre toute agression à caractère religieux" ne nous étonne pas. C’est l’antienne habituelle qui permet de noyer les spécificités des pogroms anti-mosaïques et le racisme anti-juif dans le magma fumeux et imprécis du croquemitaine avec le racisme anti-arabes-noirs et autre islamophobie… Le mot racisme étant d’ailleurs désormais imprononçable (du moins dans ce genre de cas…)
Le plus remarquable, en revanche, la pointe du propos du ministre, c’est : "Ces actes d'une extrême gravité sont une agression délibérée contre la République, contre notre modèle républicain…" Exit les personnes victimes et ce qu’elles sont. C’est avant tout une atteinte au système. D’une certaine façon, c’est vrai. Mais cette pirouette sémantique ne vise manifestement qu’à faire l’impasse sur la vraie nature de l’agression pour désigner comme seule victime Vivrensemble™ ; Vivrensemble™ qu’il nous faut donc défendre envers et contre tout…

3 commentaires:

  1. Vous oubliez la troisième possibilité : "comme le prévoient les lois de la République" peut renvoyer à de récents temps antérieurs où lesdites lois étaient bafouées.

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  2. Pourquoi ai-je l'impression d'avoir entendu des centaines de fois ce genre de communiqués?
    Quant on se met à parler de "lois de la république", de "modèle républicain", de "police républicaine" on peut être presque sûr qu'il y a CPF sous roche.
    C'est beau la novlangue républicaine

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  3. "Qu’il rappelle "sa détermination à lutter contre toute agression à caractère religieux" ne nous étonne pas."
    Ce qui veut dire aussi que sa "détermination" à lutter contre toute agression qui n'aurait pas de caractère religieux reste à prouver.

    Etre blanc, c'est une religion ?
    Non ?
    Donc, on peut nous agresser et nous tuer sans crainte de poursuite judiciaire.
    C'est toujours bon à savoir.

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