"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

"Il y a deux aristocraties : celle du haut et celle du bas. Entre les deux, il y a nous, qui faisons la force de la France.

dimanche 12 février 2012

Civilisations relatives et valeurs absolues…

Il y a quand même une civilisation nettement supérieure aux autres…

C’est comme ça, point barre ! Et je le prouve :

Non seulement on sait faire face…

Mais en plus on sait encore se tenir…

C’est bien la meilleure, foutredieu !

Ouais, je sais ce que Ducon va me dire :

1° la civilisation du Monomotapa vaut bien la nôtre puisqu’elle a produit des bouts de bois gardés sous vitrine au musée des arts premiers…

2° les arguments imparables : les beautés architecturales d’Al Andaluz ! Et Averroès ! Faut pas oublier Averroès !

Ouais, s’il n’y avait pas eu les artisans juifs et chrétiens pour faire le job sous le knout de l’impérialisme colonialiste muzz, on aurait des beaux pâtés de sable de Séville à Cordoue… Quant à Avétruc, Abū l-Walīd Muhammad ibn Ahmad ibn Muhammad ibn Ahmad ibn Ahmad ibn Rušd أبو الوليد محمد بن احمد بن محمد بن احمد بن احمد بن رش comme son vrai nom l’indique, hormis le fait que devoir éructer toussa pour savoir de qui on cause donne une idée du nuancier verbal disponible pour exprimer les plus hautes inspirations spirituelles, j’observe que c’est le seul mec qu’on trouve à nous sortir du chapeau qui soit autre chose qu’un coupeur de couilles sur mille six cents ans… Un mec que ses potes ont exilé à Lucena, une sorte de ghetto de Varsovie depuis que les Almohades avaient interdit toute autre religion que l’Islam. Tous ses livres ont été brûlés par les siens et seulement une partie de sa prose nous est parvenue, sauvée par quelques traducteurs juifs… Z’avez rien d’autre en magasin à nous montrer ?

Bon, OK, nous on ne sait vous causer aujourd’hui que d’une harpie brute de décoffrage au doux prénom d’Efa même pas jolie et d’un patron-baigneur de pédalo promu à l’ancienneté au gentil prénom normal de François, patronymé même pas de souche.

Ça relativise…

vendredi 10 février 2012

Méfaits divers et souchiens écrasés…

Jour ordinaire en Frankistan à la rubrique des méfaits divers, pages juridiques, judiciaires et des souchiens écrasés…

Le procureur d'Avesnes sur Helpe – Beffy, retenez son nom - a requis une amende de 500 euros contre le maire d’une petite commune du Nord pour " violences volontaires sans ITT par personne dépositaire de l'autorité publique".

Maurice Boisart, édile et officier de police judiciaire de sa ville, au casier judiciaire vierge à 62 ans, était poursuivi pour avoir, l'été 2010, giflé un adolescent de 15 ans qui l'aurait insulté et menacé de mort alors qu’il reprochait au pauvre chou d'escalader le grillage d'un terrain communal.

Bon, la question n’est pas là, la loi c’est la loi et pour tous pareil… Ce qui donne envie de sortir la kalach’ et de nettoyer toussa, c’est la forme, c’est le comportement du procureur, Fouquier-Tinville au petit pied, connard de première imbu de sa position, petite merde dressée sur ses ergots sur le tas de la fosse septique, sachant qu’il aura les autorités morales avec lui et les merdia dans la salle… Occasion peut-être de se refaire une réputation dans sa juridiction de l’Avesnois et de quitter son trou de 5 000 habitants. C’est vrai qu’il traîne derrière lui d’avoir été juge d’instruction dans l’affaire OM-Valenciennes sans qu’on sache très bien s’il y tenait le rôle du manipulateur aux ordres ou du couillon de service…

Quoi qu’il en soit, le compte-rendu du procès est ahurissant. Dans son réquisitoire, le procureur a d’abord expressément reproché au prévenu de vouloir médiatiser l’affaire comme si ce n’était pas un droit inaliénable de la défense (vivement les procès dans les caves de la Loubianka, ce sera mieux…) Ensuite, dans l’illégalité la plus totale, il a publiquement reproché au prévenu d’avoir refusé le plaidé coupable ! Alors que non seulement c’était son droit le plus strict, mais la Loi interdit de faire état de ce refus préalable au cours du procès public ! Enfin et surtout, pour requérir une amende correctionnelle de 500 €, on se serait cru dans un procès d’assise en train d’entendre le procureur général de Paris requérir avec effets de manche contre le plus inhumain des serial-killers !

J’imagine la partie civile dans la salle : La petite racaille en baskets et son père qui avait déposé plainte, sans doute assisté par quelque assoc’, devaient se taper sur les cuisses. Je ne sais rien des dommages et intérêts au civil…
J’imagine aussi les précautions oratoires et procédurales du procureur s’il avait dû requérir pour le même délit contre la petite frappe ou son père ayant giflé un brave homme bien-de-chez-nous de 62 ans…

Pendant ce temps-là :

- A Paris, un récidiviste impliqué dans dix procédures pour un total de 24 vols dont 6 avec violence est condamné à un moins de prison avec sursis. Un exemple parmi quinze autres chaque semaine…

- A Paris, toujours, les sages du Conseil Constitutionnel saisis d’une de ces questions prioritaires de constitutionnalité qui font florès, se penchent sur la grave question de savoir si un étranger en situation irrégulière peut être mis en garde à vue, ce qui est interdit par la Cour de Justice de l’Union Européenne…

- La Cour Européenne des Droits de l’Homme (oui, c’est encore autre chose que le truc ci-dessus) a contesté à la France le droit d’expulser un étranger demandeur avant que son dossier ait pu être examiné dans ses grandes largeurs par la Cour Nationale du Droit d’Asile (on manque de magistrats, je commence à comprendre pourquoi)…

- La Commission Européenne (ça sert, vous savez) vient de sommer la France sous peine de poursuites d’agrandir sans délai les cages des poules élevées en batterie. On n’est pas les seuls d’ailleurs, treize Etats sont grondés. Figurez-vous que ça fait douze ans que nos poules devraient bénéficier d’une surface Carrez augmentée et disposer toutes d’un perchoir, d’une litière, de grattoirs et d’un nid pour pondre (oui, toussa est bien dans le texte officiel tiré à n exemplaires dans toutes les langues de l’Union, on ne rigole pas)
Vous rendez-vous compte ? Côté crise du logement, on va relever les Coefficients d’Occupation du Sol alors que les poules attendent…

D’ailleurs à propos du logement, chacun sait que la crise n’est due qu’à la spéculation foncière et à l’égoïsme des proprios refusant de se soumettre aux clauses légales des contrats de bail.
Nulle part on n’évoque parmi les causes multiples de la pénurie de logements l’augmentation exponentielle de la demande liée aux évolutions sociétales : la banalisation-systématisation des divorces, la garde alternée, les besoins d’air nécessaires aux "familles recomposées", l’allongement de la "vie de célibataire" avant une éventuelle "mise en couple", la "cohabitation de week-end" chacun continuant à vivre chez soi, le maintien à domicile des personnes âgées seules, etc… Sans compter les apparts occupés par les milliers de types qui devraient être en taule mais sont en liste d’attente d’une place qu’ils n’auront jamais… C’est vrai que quand Hessel sera en maison de retraite médicalisée et Béachelle au pavillon des agités à Sainte-Anne, ça libérera quelques mètres carrés, mais bon. Prévoir aussi de réserver un châlit quelque part au Procureur Beffy pour quand Bidou sera président…

Tout baigne…

mercredi 8 février 2012

Últimos recuerdos de juventud…

J’avais récemment eu la faiblesse de vouloir vous parler de mon voyage au Pérou. Mais d’entrée de jeu une digression aéronautique m’avait évidemment ramené en Afghanistan. Je dis "évidemment" car pour le peu que j’ai bourlingué par le vaste Monde, il n’y a pas d’autre pays ou Nation qui m’ait autant fasciné et si profondément marqué que l’Afgha’. Bien sûr, j’avais alors déjà perdu tous mes scrupules de méridional présumé glando en découvrant le monde du travail dans la Ruhr et aussi arnaqué l’autochtone ibérique en m’inventant des aptitudes de prof de langue… Depuis, j’ai vécu des moments que je n’oublie pas comme dans le sud libyen et j’ai aussi eu la chance de rencontrer des personnalités passionnantes, notamment en Israël, en Cisjordanie dite Palestinienne ou en Syrie ; mais on m’avait conduit à elles en me tenant la main. Au fond, il ne s’agissait alors que de tourisme sans réelle opportunité de me frotter au réel du quotidien local….
Hormis les pays d’Europe cités et l’Afghanistan, le seul pays où j’ai dû un peu me frotter au réel, c’est le Pérou… Et c’est au Pérou que j’ai vraiment compris que les voyages forment la jeunesse…
Pour situer le contexte, j’étais alors rentré d’Afghanistan depuis deux ans. C’était le pays d’Asie centrale le plus moyenâgeux (en sens féodal) et le plus barbare (au sens de civilisation) On ne pouvait pas imaginer plus exotique. Or je m’étais facilement adapté au mode de vie local et n’en étais pas revenu épouvanté. Je m’estimais donc blindé… Alors qu’en fait, si j’avais si bien supporté et facilement admis le différentiel de culture, c’était parce que face à un tel décalage je vivais inconsciemment ça comme une visite au zoo. Je veux dire que cela ne m’impliquait pas, ne me remettait pas en question…
Il a fallu le Pérou pour que je comprenne ça…
Je partais donc au Pérou après avoir relu le Temple du Soleil et m’être bien documenté, mais sans avoir de connaissances sur place. Pour moi, il s’agissait d’un pays fortement marqué de vernis hispanique et catholique où l’on parlait castillan avec un accent plus audible qu’en Andalousie rurale. Donc pas trop de décalage culturel à prévoir et pas d’obstacle de la langue. Bref, no problem’. Pour la langue je confirme. Pour le culturel… Bonjour le choc.
Faut dire que ça a sûrement dû évoluer là-bas depuis. Mais évolué comme en France ? Pour situer, chez nous Giscard entrait à l’Elysée et on avait eu cette année-là dans la foulée la majorité à 18 ans, la pilule remboursée par la sécu et délivrée aux mineures sans autorisation parentale, la loi Veil légalisant l’IVG… Au ciné sortaient Les valseuses avec Depardieu et La gifle avec Adjani ; mais L’archipel du Goulag était enfin édité en français…
Pour là-bas à la même époque, je crois que le plus simple est de vous égrainer quelques séquences ciblées :
Dès l’aéroport, tout est clair : Il n’y avait pas de navette pullman pour gagner la ville, il fallait prendre un taxi dans la file à 100 sols le tarif "de base". C’est là que se débrouiller dans la langue de Cervantès se révèle utile comme d’oser aller tailler le bout de gras avec deux porteurs désœuvrés (les milieux sociaux se voyaient comme le nez sur la figure et ne se mélangeaient pas) : il suffisait de sortir du terminal par derrière, de charrier sa valise sur deux cent mètres de terrain vague et de héler un mini-bus ; Comment les reconnaître ? – Le premier déglingué et rouillé que tu vois fait l’affaire. Tarif : 0,5 sols par personne…
J’ai parlé de valise. J’avais été mis au parfum et le sac à dos était dans la valise ensuite confiée vide à un hôtel borgne de Lima pendant nos déplacements. Car le contrôle frontalier des bagages se faisait largement au faciès tant ces gens étaient pleins de bon sens : le routard portant sa maison sur son dos était sûr de devoir tout déballer et de se voir confisquer de façon aléatoire sous des prétextes locaux juridiquement imparables, qui un appareil photo, qui une paire de jumelles ou un nécessaire de maquillage…
Bloquée entre les entrées maritimes du Pacifique et la cordillère qui bloque les nuages, Lima bénéficie en toutes saisons d’un temps pourri, bruineux et humide sous un plafond nuageux. On raconte que ce sont les indiens qui avaient conseillé l’endroit aux conquistadores pour bâtir leur ville, espérant sans doute les y voir crever… Je n’en retiendrai que les autobus urbains. Le chauffeur s’occupait de klaxonner, c’est son job ; et le receveur d’encaisser. Encaisser est le mot… Le métier de receveur sur les bus de la RATP locale était principalement exercé par des garçons qui devaient sans doute prendre leur retraite du job vers l’âge de douze ans… et je les comprends ! Le boulot consistait en effet à faire payer les passagers dont s'était manifestement le dernier des soucis. Il était fréquent qu’ils s’y refusent, les hommes mûrs comme les grosses mégères n’hésitant pas jouer de leur ascendant physique pour engueuler, bousculer, voire même débarquer le gamin manu-militari lorsqu’il insistait trop. Premier contact du Plouc avec la cohésion sociale locale…
L’Altiplano, c’était sympa : Dans les cantinas des pueblos du plateau andin, il était bon de se réchauffer avec un roboratif petit-dej’. Qui aurait alors voulu échapper au petit matin à la soupe de tête ? Oui, la soupe de tête de mouton avec les yeux qui flottent…
Les trains péruviens ont été une expérience pleine de convivialité. Il est vrai que 12 h de train pour grimper à 4 800 mètre d’altitude et redescendre sur Huancayo à 3 300 mètres, c’était déjà ça. Reprendre ensuite le train des compagnies minières pour s’enfiler tout le plateau des mines de cuivre et d’étain, ça laisse le temps de se dégourdir les jambes dans l’enfilade des wagons bondés où l’infirmier identifié par sa blouse blanche douteuse passait avec sa vessie d’oxygène pour ranimer les petites natures… Le riz du cuisinier était plus correct que ses bassines… Lors d’un de mes trajets les plus longs, je me souviens de la société dans le compartiment : Un militaire gradé peu causant, un lambda transparent, un genre agriculteur avec femme et enfants, Mme Plouc et moi. L’agriculteur était assis en face de nous sur la banquette et on a assez vite pris langue, grande étant sa curiosité quant à notre pédigrée. Au moment du casse-croute, il a dénoué une sorte de grand mouchoir douteux de grand-père contenant des bananes épluchées et cuites encore toutes tièdes. Il nous en a aimablement offert et elles étaient délicieuses. Mais ce dont je me souviens le mieux, c’est quand j’ai senti ma nuque mouillée et que ça dégoulinait dans mon cou derrière l’oreille jusqu’à mon col de chemise. J’ai passé ma main : c’était du sang… Dans le filet au-dessus de moi, le brave homme transportait, entre autres, dans un sac de toile je ne sais quel bête genre chevreau fraîchement tuée… Je précise que j’avais alors déjà renoncé à voyager en seconde à cause de l’odeur… Cela se passait dans un compartiment de 1° classe…
Parlons un peu de la bidoche et de l’anchois. Le Pérou vivait alors les très riches heures du général Juan Velasco. Seule dictature militaire sud-américaine dite de gauche : nationalisations de toutes les productions, expropriations massive des intérêts étrangers, tiers-mondisme, etc. Génial ! La grande affaire en 1974, c’était la pêche à outrance (ultérieurement en faillite par épuisement de la ressource). Ça sentait l’anchois dix kilomètres avant d’arriver à Chimbote, la capitale mondiale de ce petit poisson, richesse nationale… Pour économiser les devises et pousser le natif à consommer du poisson plutôt que la viande de bœuf importée d’Argentine (qui était excellente), Velasco n’avait rien trouvé de mieux que d’instaurer la quinzaine sans viande, un peu comme le stationnement alterné dans la rue… Le résultat le plus probant fut l’explosion des importations de congélateurs en provenance des USA honnis…
La vision du monde des classes populaires était simple. On fait des rencontres dont on se souvient en attendant aux arrêts des cars. Il est vrai qu’on pouvait attendre longtemps, surtout quand on vous dit qu’il passe ahorita ! On ne vous met pas le verbe au futur mais au présent puisque de toute façon on ne vous dit même pas maintenant mais un diminutif de maintenant. Il n’y a qu’au Pérou où j’ai entendu dire "dans un petit maintenant" Alors, si on vous dit ahora, pas la peine de regarder sa montre, on a le temps d’aller dîner… Bon, je m’égare. Vision du monde, disais-je. En attendant l’autocar, donc, un vieux tout ridé assis à mes côté sur le trottoir engage la conversation avec la question classique sur mon pédigrée. La première mise au point qui facilite toujours la suite, c’est de préciser que je ne suis pas gringo ! Tu lis alors dans les yeux du type à la fois qu’il te trouve tout de suite plus sympa et… qu’il est perplexe à l’idée qu’il puisse y avoir des types de mon genre qui ne soient pas étatsuniens… La France ? - ? ; L’Europe ? - ?? Finalement je lui ai dit que la France, c’est à côté de l’Espagne… Moment de cogitation intense puis son visage s'éclaire : "- Ah oui ! Mais… Hou dis-donc, c’est pas vachement loin ça ?"… Puis, zieutant Mme Plouc, il me demanda si nous avions des enfants. – Oui, un. – Quel âge ? – Huit mois… - Et où est-il ? – En France, chez l’abuela… Et c’est là que je me suis senti père indigne devant sa réaction scandalisée : - Ocho meses ! Pobre ! Si se muere ! C’est alors que j’ai repensé avoir déjà vu bon nombre de tout petits cercueils promenés dans les villages. La mortalité infantile, il y a 38 ans, nous on n’y pensait déjà plus…
La vision du monde des classes dites moyennes était encore plus riche d’enseignements. Un jour à Huaraz (le Chamonix du coin) je discutais avec un type, attablé autour d’une bière dans un bistrot. Le gars était quelque chose comme un directeur local de la DDA, le genre au moins bac+2 ou 3 (de notre époque…) Et bien il ne pouvait pas concevoir, c’était hors de ses possibilités mentales, qu’on puisse faire un voyage comme celui-là sans être payés par notre gouvernement… Il est vrai que leurs passeports à eux étaient conservés par l’administration et ne leur était temporairement prêté que sur demande par dossier justifiant leur déplacement à l’étranger…
Bien sûr, le régime communisant de Velasco multipliait les structures de soviets et les "comités", sortes de coopératives ouvrières dans tous les secteurs de l’artisanat et du commerce. Les lignes d’autocars interurbains étaient gérées de cette façon, les chauffeurs étant copropriétaires des bahuts et cogérants de la recette. Ouais… On était sept ou huit pelés à acheter nos billets au bureau à la gare des cars. Puis, dès après le premier angle de rue, le car s’arrêtait et se remplissait de guignols payant moitié prix, cette recette-là allant directo dans la poche du chauffeur qui ruinait ainsi allègrement sa propre affaire…
Enfin, sur le plateau andin, la cohésion sociale et la solidarité villageoise étaient exemplaires à leur manière. Ça, je ne l’ai pas vérifié par moi-même mais, de l’avis général, quand sa récolte venait à maturité, le paysan allait coucher dans son champ pour éviter de se le faire nuitamment moissonner par… ses voisins…
Pour résumer, moi Plouc encore naïf, j’ai alors pris conscience que derrière un concept d’identité nationale, derrière un agencement de racines culturelles présumé consolidé par une histoire commune, il pouvait n’y avoir que le vide rempli de petits arrangements d’individus juxtaposés n’ayant d’autres principes que le chacun pour soi, le tout cosmétiqué par une phraséologie de mensonges auxquels personne ne croit vraiment mais qui donnent un semblant d’unanimisme à l’abri de mots d’ordre creux, que ce soit l’indianité ou l’avenir du socialisme.
Chez nous, aujourd’hui, c’est droidlhom…
Mais il y a encore au chapitre des rencontres une anecdote sans lien direct avec le thème ethnologique :
Nous étions arrivés au Pérou par un vol Miami-Lima qui n’avait rien de direct. L’avion n’était pas plein. Nous entendant parler français, Mme Plouc et moi, un passager embarqué à Panamá s’était insensiblement rapproché de nous puis décidé à nous aborder sur le tarmac à l’escale de Guayaquil en Equateur. La jeune trentaine, il voulait savoir si nous étions journalistes et paru très affecté par notre réponse négative. C’était un Chilien qui avait eu des responsabilités militantes exécutives dans le movimiento pour la réforme agraire au temps d’Allende. J’ai perdu depuis longtemps le papier où il m’avait donné son nom et bien d’autres détails sur son CV. Il nous avait aussi donné un plan de la ville de Lima que j’ai peut-être encore dans un carton (allez savoir, j’ai déménagé cinq fois depuis…) Bref, ça faisait tout juste huit mois que l’horrible Augusto Pinochet avait nettoyé tout ça et notre homme avait dû partir en cavale…
Je résume la situation : Il se disait condamné à mort au Chili. Arrêté en situation irrégulière à Panamá, ça faisait six mois qu’il faisait la navette suivante : 1° attendre en taule l’arrêté d’expulsion vers le pays d’où il venait (le Pérou) ; 2° être fourré dans l’avion, retour à l’expéditeur ; 3° arrêté à l’arrivée pour les mêmes motifs et mis en taule en attendant l’expulsion dans l’autre sens ; et bis repetita, ter repetita… Son problème, c’était que l’excellent général Velasco, tout gaucho qu’il fut, venait de réchauffer pour des raisons bestialement économiques ses liens avec son épouvantable voisin Pinochet… Le Panamá en ayant marre de le voir revenir, le risque était dorénavant grand de voir le Pérou s’en débarrasser définitivement en l’expédiant vers son pays natal… A Lima, au pied de la passerelle, les flics l’attendaient. Déjà encadré, il a encore discrètement jeté un regard interrogateur vers nous et je ne l’ai plus revu…
Bref, le gars nous avait suppliés de l’aider en ameutant les média français via un journaliste du Monde dont il avait les coordonnées et en prenant contact avec son avocate de Lima. Je n’ai pas osé lui dire que nous n’étions pas de la même paroisse et qu’à chacun sa merde… Le contact au Monde a fini au panier. J’assume sans aucun scrupule.
En revanche, je ne pouvais pas le laisser seul dans sa détresse, mon côté chrétien que voulez-vous… Dès notre arrivée en ville, sans dévoiler mon identité dans ce pays où, légitimement, la PIP (Policia de Investigation del Perú) n’aimait guère les étrangers se mêlant de ce qui ne les regardaient pas, j’ai quand même appelé son avocate d’une cabine téléphonique dans la rue… Manifestement bien au courant de son dossier, elle aurait ignoré son retour sans mon coup de fil. Au moins elle a pu se bouger. Car obtenir là-bas l’assistance de son avocat n’était alors pas aussi évident ; tout le monde n’a pas la chance d’avoir les lois Guigou… Je ne saurai jamais ce qu’il est devenu… La planète continue de tourner avec nous dessus…
C’est vrai que les voyages forment la jeunesse…

lundi 6 février 2012

Qui veut gagner des …(*)

C’est pas la question la plus simple…

On notera qu’il fallait proposer un choix de réponses qui soit un peu crédible…
La QCM ci-dessus ne propose donc pas l’éventualité de "compenser" en prélevant sur les crédits d’heures, réunions de conseils d’atelier, comités d’établissement, CHSCT, permanents temps plein et autres détachements syndicaux, emplois fictifs, assistants culturels de proximité, évaluateurs de diversité homologués, accompagnateurs de vivre-ensemble, emplois-jeunes au troisième âge, Audrey Pulvar, facilitateurs culturels aux collectivités, agents de civilité de proximité, coiffeurs de François Hollande, maquilleuses du même, chargés de médiation communautaire, auxiliaire de vie de Stéphane Hessel, subventionnaires titulaires, subventionnaires stagiaires, sociologues experts consultants chez TF1, intermittents d’animation urbaine, conseillers d’état accompagnateurs des libraires pour la TVA, journalistes stagiaires sélectionneurs de micro-trottoir, trolls de veille sanitaire en charge des délat… signalements citoyens, contributeurs sponsorisés au Bondy-Blog, écoutants prescripteurs de cellule d’assistance psychologique scolaire, vacataires de testing anti-discrimination, chargés de mission à l’équivalence des genres, plantes vertes reliftées hôtesses-accompagnatrices de peoples aux cocktails de la Règle du Jeu, contrôleurs d’Hadopi, professeurs de maintien dans les IUFM, acheteurs au Centre National des Arts Plastiques, graphistes-maquettistes au Journal Officiel, rewriters à Libé ou Charlie-Hebdo, figurants-spectateurs chez Ruquier,
attachés de médiation détachés aux quartiers, Christophe Barbier, euh… quoi d’autre ?

(*) – NB : N’ayant pas trouvé le mot qui convient le mieux pour compléter le titre de ce billet à la con, le taulier lance auprès de ses fidèles lecteurs un concours pour remplacer les pointillées. L’originalité, le décalé, le second degré (pas le cinquième…), etc. sont bienvenus. Le politiquement correct et le lubrique insortable (c’est pareil) seront censurés… Avec le soutien financier du FOPOD, le lauréat gagnera le droit de prendre un petit noir à ses frais en terrasse en regardant passer les acurabas boboformatés...

dimanche 5 février 2012

L’autolyse, la civilisation, la prévention et le Nouvel Obs…

N’oubliez pas que si nous sommes évidemment la veille du 6, c’est surtout aujourd’hui
"La journée nationale de prévention du suicide."

Selon une définition moderne qui ne préjuge pas des intentions de la personne et ne juge pas l’acte, le suicide est "l’acte qui a pour effet la mort et dont l’intention est soit d’en finir avec la vie, soit de produire un nouvel état de choses dont le sujet pense qu’il ne peut être atteint qu’au moyen de la mort."

Qu’ils disaient…

Heureusement, il y a le Nouvel Obscènateur, Cécile, Harlem, SOS truc, les jeeûnes socialos et les autres pour veiller à la prévention du risque…

Illustrations du billet :
- Paul Rebeyrolle. Titre : ‘’un temps de chien (on dit qu’ils ont la rage)’’
A la fondation Salomon d’art contemporain (reconnue d’utilité publique)
Visite guidée le mercredi après-midi par temps sec…

- 6 Février 1934…

vendredi 3 février 2012

Hollywood et Oslo fans de Charia…

Ah! Compatissons à la recherche tâtonnante et vaine de toutes ces gloires de papier glacé, classe précaire à leur manière dont la prospérité aléatoire est suspendue au bon vouloir de la presse people et aux caprices des majors de l’audiovisuel ! Encombrés par leur a-culture et l’inertie de leur confort, ces malheureux cherchent inconsciemment un sens à leur vie lorsque se profile l’âge du has been, souvent lié, en dépit du lifting et de la salle de sport, à l’avachissement de la silhouette et de la texture de l’éphèbe ; lorsque les efforts de l’attaché de presse grassement payé deviennent sans effet sur la lassitude d’Esquire ou de Gala, même en leur proposant un nouveau divorce à se mettre sous la dent… Et qu’en plus les publicitaires se mettent à rechercher des supports mimétiques plus foncés…

Souvenez-vous de Liam Neeson. On l’avait vu dans Mission de Roland Joffé (ça fait 25 ans déjà…), il c’était imposé dans le rôle-titre de La liste de Schindler et s'était fait une spécialité des rôles courageux comme ceux de Michael Collins, d’un maître Jedi ou… en reprenant celui d’Hannibal dans Agence tous risques…
Bref, l’acteur offrant l’image d’un mec comme on n’en fait plus et comme il en faudrait plus…

Et ben cette star hollywoodienne d’origine irlandaise de 59 balais (ça craint…) vient de révéler qu’il envisageait de renoncer à sa foi catholique et de se convertir à l’islam.

Etant en tournage à Istanbul, il s’est dit fasciné par la foi musulmane pendant son séjour :
"L’appel à la prière a lieu cinq fois par jour et pendant la première semaine ça vous rend fou, mais ensuite il prend place dans votre esprit et c’est la plus belle des choses. Il y a 4000 mosquées dans la ville. Certaines sont tout simplement sensationnelles et cela me fait vraiment envisager de devenir musulman." [SOURCE]

Il est vrai que chez ces gens-là, la maturité n’apporte pas toujours un surcroît de sagesse aux facilités adolescentes ; et un vécu social protégé du réel derrière les clôtures paysagées de Beverly Hills ne favorise pas une interprétation du monde fondée sur autre chose que l’apparence…

Pauvre con. Tu veux te convertir à l’Islam ? Bien ! Je te propose de faire un échange ; un homme pour un homme, c’est correct non ? Donne ta place à un musulman qui s’est converti au christianisme et va prendre la sienne chez lui en Afghanistan. On ne te demande même pas de suivre son parcours, tu peux prendre l’avion en 1° classe et tu emménageras dans sa maison. Facile et direct, il est déjà parti.
Et lui, tu n’as qu’à te débrouiller pour lui procurer une mansarde en Californie et une carte verte. C’est pour lui un rêve inaccessible, il n’en demande même pas tant. Juste de sortir de son enfer… S’il y arrive encore vivant…

Vous croyez que son enfer est quelque part en Afgha’, en Libye, en Irak ou en Syrie ?

Non. Son enfer est ici en Europe, près de chez-vous.

Ali (appelons-le comme ça) a fui l’Afghanistan où sa conversion lui vaut la peine de mort par lapidation. Il a fini par échouer en Norvège, le doux pays qui nous a donné Efa et s’est gardé Breivick (ce qui n’a rien à voir, je sais mais…) Il est actuellement placé dans un centre de rétention pour les demandeurs d’asile dans l’attente de l’étude de son dossier. Normal.

Heureusement qu’il est en Norvège. Au moins c’est un pays des droits de l’homme : Il n’a rien à craindre d’autre que l’expulsion et les mouvements locaux d’aide aux sans-papiers devraient veiller sur lui… Il bénéficie du juridisme et du formalisme d’un Etat de Droit que le monde nous envie, mais aussi de la mauvaise conscience et du manque de courage de la Démocratie Laïque que le monde est sensé nous envier, ainsi que du pinaillage égalitaire et rigoriste du calvinisme nordique que le monde… non rien. Et toussa donne évidemment une impérieuse nécessité de traiter tout le monde sur un pied de stricte égalité sans considération de race, de religion, und so weiter. Ce serait de la discrimination !

Donc, dans un centre de rétention fermé d’un pays modèle de l’Europe a-identitaire, pour s’être converti au christianisme et ne pas avoir jeûné pendant le ramadan, Ali subit quotidiennement non seulement des menaces ("Si tu ne reviens pas à l’islam, nous te tuerons") mais aussi des sévices et des tortures pas toujours pratiquées à Abou Ghraib, des trucs sympas comme des bassines d’eau bouillante lentement versées sur la bête… Et cela bien sûr, de la part des autres pensionnaires qui nous apportent leurs richesses… [SOURCE]

mercredi 1 février 2012

L’art français de la haire*

Dans la vie je me suis doté d’un tas de petits principes accessoires à la con auxquels je me suis promis de ne pas déroger. C’est indispensable pour maintenir la santé mentale de la bête dans un environnement hostile. Parmi ces petits principes, il y a celui de manifester chaque année une totale indifférence à l’égard du bouquin couronné par le prix Goncourt… Non seulement je ne le lis pas, a fortiori ne l’achète pas, non seulement j’ai le snobisme de le dire dans les dîners, mais je me tiens aussi prudemment à l’écart des présentoirs des librairies pour ne pas être tenté d’en parcourir la quatrième de couverture. A l’évidence je n’ai globalement rien perdu d’essentiel… Je dis globalement pour ne pas me faire flinguer comme bourrin par certain(e)s que j'aime bien et qui ont tartiné des billets entiers sur le Houellebecq de l’an dernier…

Le prix Goncourt a été créé pour récompenser chaque année "le meilleur ouvrage d'imagination en prose, paru dans l'année" C’est ça qu’il voulait, Edmond. Vous le saviez et je ne vous l’apprends pas. Un ouvrage d’imagination, donc a priori un roman, genre littéraire pas très bien défini mais dont la caractéristique essentielle est d’être une narration fictionnelle plus longue qu’une nouvelle. La procédure de sélection retenue consiste à convier une brochette de vieux bonzes (souvent vieux avant l’heure) pour becter dans un grand restaurant et dire du mal de leur prochain entre le homard et la poularde en chemise. Et cela avec la certitude qu’ils se seront mis d’accord au fromage, tant il est vrai que copinage et renvoi d’ascenseur sont les deux mamelles qui fournissent le pain dont s’abreuvent Gallimard, Grasset, Albin Michel, Flammarion et le Seuil. Ainsi sortira forcément du chapeau l’édit... l’auteur du roman qui bénéficiera pour ses étrennes d’un coefficient multiplicateur du tirage (coefficient parfois modeste pour l’auteur archi connu par qui les couillons ne se laisseront plus avoir, coefficient toujours élevé pour les inconnus comme celui de cette année)

Bien sûr, je n’ai donc pas lu le prix de cette année et ne le lirai pas. Mais le lauréat-surprise sorti du chapeau se trouvant être un concitoyen de mon douar de cantonnement, j’ai eu la faiblesse de m’interroger à son sujet.
D’abord pourquoi ce bouquin ? Comme je me refuse dogmatiquement de le lire (faut bien que je sois fondamentaliste dans mes principes, sinon je vais où, là ?) qu’en dit-on ici et là ? A priori, ce n’est ni un essai d’historien comme le titre pourrait le faire penser, ni un récit de témoignage mais pas une fiction quand même… Un soliloque de commentaires perso’ sur des faits lus dans le journal et dans Mallet & Isaac ? Je ne suis évidemment pas du genre à accorder a priori foi aux pisses-copies des Inrocks qui écrivent : "Ce Goncourt 2011, l'avènement du toc contre la littérature." Mais quand même… Bien sûr il y a les critiques-mercenaires qui tirent à la ligne une fois le prix décerné : "chef d’œuvre", "coup de maître" en s’en tenant à des généralités. Mais dès qu’on prend la peine de lire en détail, on tombe très vite sur des "souffle virant parfois à l’emphase", "un peu barbant", "vire parfois au ronronnement rhétorique", "fresque pompière et académique", "lourdeur et boursouflure du style", "phrases alambiquées pour prouver que c'est écrit", "construction simplette au service d’un truisme", "fresque indigeste émaillée de lourdeurs et digressions"…
A priori, si c’est le roman de l’année, moi je suis père abbé chez les Clarisses…

Alors pourquoi ? Réfléchissons : On a là un "produit" au sujet duquel Le Monde parle d’une "réflexion complexe et profonde sur "la pourriture coloniale", sa manière d'infecter, encore et toujours, la société française…" Bref un truc tout à fait mainstream qui ne mange pas de pain, sans danger et même "éducatif" pour la santé mentale du pois-chiche cérébral de l’acuraba moyen qui en aura pour son argent.

En outre, on a là de quoi tirer à la ligne pour humidifier l’œil de Margot en brodant sur l’auteur, petit prof inconnu et étranger au milieu, qui a consciencieusement gratté son pavé manuscrit de 600 pages sur un coin de table de brasserie de la place Bellecour entre deux corrections de copies de lycéens avant d’oser timidement l’envoyer à un éditeur. Bref, le remake de l’écrivain romantique à écharpe et veste de velours injustement méconnu de la mythologie XIX° et pré-germanopratine… Bon ça pour la vente chez Gallimard (enfin, pour un Goncourt, ce fut plutôt un flop…)

Enfin, au moins cela aura-t-il permis à un prof de SVT de Saint-Marc, boîte privée des jèzes, lycée de la bonne bourgeoisie locale et pépinière de patrons d’industries, de nous faire connaître ses états d’âme.

Pour résumer la critique, je vous invite à lire celle-ci.

* Haire : chemise rude en crin ou poil de chèvre portée sur la peau par esprit de mortification et de pénitence… (cf. cilice)