"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"
"Il y a deux aristocraties : celle du haut et celle du bas. Entre les deux, il y a nous, qui faisons la force de la France.
mercredi 16 avril 2014
Abdullah Abdullah, enfin et pourquoi pas…
samedi 26 mai 2012
Le Thalys ? au Salang deux minutes d’arrêt !
Sauf contrainte particulière justifiant une escorte motocycliste, leurs déplacements en automobile se font dans la discrétion et le respect des règles du code de la route."
mercredi 8 février 2012
Últimos recuerdos de juventud…
Hormis les pays d’Europe cités et l’Afghanistan, le seul pays où j’ai dû un peu me frotter au réel, c’est le Pérou… Et c’est au Pérou que j’ai vraiment compris que les voyages forment la jeunesse…
Pour situer le contexte, j’étais alors rentré d’Afghanistan depuis deux ans. C’était le pays d’Asie centrale le plus moyenâgeux (en sens féodal) et le plus barbare (au sens de civilisation) On ne pouvait pas imaginer plus exotique. Or je m’étais facilement adapté au mode de vie local et n’en étais pas revenu épouvanté. Je m’estimais donc blindé… Alors qu’en fait, si j’avais si bien supporté et facilement admis le différentiel de culture, c’était parce que face à un tel décalage je vivais inconsciemment ça comme une visite au zoo. Je veux dire que cela ne m’impliquait pas, ne me remettait pas en question…
Il a fallu le Pérou pour que je comprenne ça…
Je partais donc au Pérou après avoir relu le Temple du Soleil et m’être bien documenté, mais sans avoir de connaissances sur place. Pour moi, il s’agissait d’un pays fortement marqué de vernis hispanique et catholique où l’on parlait castillan avec un accent plus audible qu’en Andalousie rurale. Donc pas trop de décalage culturel à prévoir et pas d’obstacle de la langue. Bref, no problem’. Pour la langue je confirme. Pour le culturel… Bonjour le choc.
Faut dire que ça a sûrement dû évoluer là-bas depuis. Mais évolué comme en France ? Pour situer, chez nous Giscard entrait à l’Elysée et on avait eu cette année-là dans la foulée la majorité à 18 ans, la pilule remboursée par la sécu et délivrée aux mineures sans autorisation parentale, la loi Veil légalisant l’IVG… Au ciné sortaient Les valseuses avec Depardieu et La gifle avec Adjani ; mais L’archipel du Goulag était enfin édité en français…
Pour là-bas à la même époque, je crois que le plus simple est de vous égrainer quelques séquences ciblées :
Dès l’aéroport, tout est clair : Il n’y avait pas de navette pullman pour gagner la ville, il fallait prendre un taxi dans la file à 100 sols le tarif "de base". C’est là que se débrouiller dans la langue de Cervantès se révèle utile comme d’oser aller tailler le bout de gras avec deux porteurs désœuvrés (les milieux sociaux se voyaient comme le nez sur la figure et ne se mélangeaient pas) : il suffisait de sortir du terminal par derrière, de charrier sa valise sur deux cent mètres de terrain vague et de héler un mini-bus ; Comment les reconnaître ? – Le premier déglingué et rouillé que tu vois fait l’affaire. Tarif : 0,5 sols par personne…
J’ai parlé de valise. J’avais été mis au parfum et le sac à dos était dans la valise ensuite confiée vide à un hôtel borgne de Lima pendant nos déplacements. Car le contrôle frontalier des bagages se faisait largement au faciès tant ces gens étaient pleins de bon sens : le routard portant sa maison sur son dos était sûr de devoir tout déballer et de se voir confisquer de façon aléatoire sous des prétextes locaux juridiquement imparables, qui un appareil photo, qui une paire de jumelles ou un nécessaire de maquillage…
Bloquée entre les entrées maritimes du Pacifique et la cordillère qui bloque les nuages, Lima bénéficie en toutes saisons d’un temps pourri, bruineux et humide sous un plafond nuageux. On raconte que ce sont les indiens qui avaient conseillé l’endroit aux conquistadores pour bâtir leur ville, espérant sans doute les y voir crever… Je n’en retiendrai que les autobus urbains. Le chauffeur s’occupait de klaxonner, c’est son job ; et le receveur d’encaisser. Encaisser est le mot… Le métier de receveur sur les bus de la RATP locale était principalement exercé par des garçons qui devaient sans doute prendre leur retraite du job vers l’âge de douze ans… et je les comprends ! Le boulot consistait en effet à faire payer les passagers dont s'était manifestement le dernier des soucis. Il était fréquent qu’ils s’y refusent, les hommes mûrs comme les grosses mégères n’hésitant pas jouer de leur ascendant physique pour engueuler, bousculer, voire même débarquer le gamin manu-militari lorsqu’il insistait trop. Premier contact du Plouc avec la cohésion sociale locale…
L’Altiplano, c’était sympa : Dans les cantinas des pueblos du plateau andin, il était bon de se réchauffer avec un roboratif petit-dej’. Qui aurait alors voulu échapper au petit matin à la soupe de tête ? Oui, la soupe de tête de mouton avec les yeux qui flottent…
Les trains péruviens ont été une expérience pleine de convivialité. Il est vrai que 12 h de train pour grimper à 4 800 mètre d’altitude et redescendre sur Huancayo à 3 300 mètres, c’était déjà ça. Reprendre ensuite le train des compagnies minières pour s’enfiler tout le plateau des mines de cuivre et d’étain, ça laisse le temps de se dégourdir les jambes dans l’enfilade des wagons bondés où l’infirmier identifié par sa blouse blanche douteuse passait avec sa vessie d’oxygène pour ranimer les petites natures… Le riz du cuisinier était plus correct que ses bassines… Lors d’un de mes trajets les plus longs, je me souviens de la société dans le compartiment : Un militaire gradé peu causant, un lambda transparent, un genre agriculteur avec femme et enfants, Mme Plouc et moi. L’agriculteur était assis en face de nous sur la banquette et on a assez vite pris langue, grande étant sa curiosité quant à notre pédigrée. Au moment du casse-croute, il a dénoué une sorte de grand mouchoir douteux de grand-père contenant des bananes épluchées et cuites encore toutes tièdes. Il nous en a aimablement offert et elles étaient délicieuses. Mais ce dont je me souviens le mieux, c’est quand j’ai senti ma nuque mouillée et que ça dégoulinait dans mon cou derrière l’oreille jusqu’à mon col de chemise. J’ai passé ma main : c’était du sang… Dans le filet au-dessus de moi, le brave homme transportait, entre autres, dans un sac de toile je ne sais quel bête genre chevreau fraîchement tuée… Je précise que j’avais alors déjà renoncé à voyager en seconde à cause de l’odeur… Cela se passait dans un compartiment de 1° classe…
Parlons un peu de la bidoche et de l’anchois. Le Pérou vivait alors les très riches heures du général Juan Velasco. Seule dictature militaire sud-américaine dite de gauche : nationalisations de toutes les productions, expropriations massive des intérêts étrangers, tiers-mondisme, etc. Génial ! La grande affaire en 1974, c’était la pêche à outrance (ultérieurement en faillite par épuisement de la ressource). Ça sentait l’anchois dix kilomètres avant d’arriver à Chimbote, la capitale mondiale de ce petit poisson, richesse nationale… Pour économiser les devises et pousser le natif à consommer du poisson plutôt que la viande de bœuf importée d’Argentine (qui était excellente), Velasco n’avait rien trouvé de mieux que d’instaurer la quinzaine sans viande, un peu comme le stationnement alterné dans la rue… Le résultat le plus probant fut l’explosion des importations de congélateurs en provenance des USA honnis…
La vision du monde des classes populaires était simple. On fait des rencontres dont on se souvient en attendant aux arrêts des cars. Il est vrai qu’on pouvait attendre longtemps, surtout quand on vous dit qu’il passe ahorita ! On ne vous met pas le verbe au futur mais au présent puisque de toute façon on ne vous dit même pas maintenant mais un diminutif de maintenant. Il n’y a qu’au Pérou où j’ai entendu dire "dans un petit maintenant" Alors, si on vous dit ahora, pas la peine de regarder sa montre, on a le temps d’aller dîner… Bon, je m’égare. Vision du monde, disais-je. En attendant l’autocar, donc, un vieux tout ridé assis à mes côté sur le trottoir engage la conversation avec la question classique sur mon pédigrée. La première mise au point qui facilite toujours la suite, c’est de préciser que je ne suis pas gringo ! Tu lis alors dans les yeux du type à la fois qu’il te trouve tout de suite plus sympa et… qu’il est perplexe à l’idée qu’il puisse y avoir des types de mon genre qui ne soient pas étatsuniens… La France ? - ? ; L’Europe ? - ?? Finalement je lui ai dit que la France, c’est à côté de l’Espagne… Moment de cogitation intense puis son visage s'éclaire : "- Ah oui ! Mais… Hou dis-donc, c’est pas vachement loin ça ?"… Puis, zieutant Mme Plouc, il me demanda si nous avions des enfants. – Oui, un. – Quel âge ? – Huit mois… - Et où est-il ? – En France, chez l’abuela… Et c’est là que je me suis senti père indigne devant sa réaction scandalisée : - Ocho meses ! Pobre ! Si se muere ! C’est alors que j’ai repensé avoir déjà vu bon nombre de tout petits cercueils promenés dans les villages. La mortalité infantile, il y a 38 ans, nous on n’y pensait déjà plus…
La vision du monde des classes dites moyennes était encore plus riche d’enseignements. Un jour à Huaraz (le Chamonix du coin) je discutais avec un type, attablé autour d’une bière dans un bistrot. Le gars était quelque chose comme un directeur local de la DDA, le genre au moins bac+2 ou 3 (de notre époque…) Et bien il ne pouvait pas concevoir, c’était hors de ses possibilités mentales, qu’on puisse faire un voyage comme celui-là sans être payés par notre gouvernement… Il est vrai que leurs passeports à eux étaient conservés par l’administration et ne leur était temporairement prêté que sur demande par dossier justifiant leur déplacement à l’étranger…
Bien sûr, le régime communisant de Velasco multipliait les structures de soviets et les "comités", sortes de coopératives ouvrières dans tous les secteurs de l’artisanat et du commerce. Les lignes d’autocars interurbains étaient gérées de cette façon, les chauffeurs étant copropriétaires des bahuts et cogérants de la recette. Ouais… On était sept ou huit pelés à acheter nos billets au bureau à la gare des cars. Puis, dès après le premier angle de rue, le car s’arrêtait et se remplissait de guignols payant moitié prix, cette recette-là allant directo dans la poche du chauffeur qui ruinait ainsi allègrement sa propre affaire…
Enfin, sur le plateau andin, la cohésion sociale et la solidarité villageoise étaient exemplaires à leur manière. Ça, je ne l’ai pas vérifié par moi-même mais, de l’avis général, quand sa récolte venait à maturité, le paysan allait coucher dans son champ pour éviter de se le faire nuitamment moissonner par… ses voisins…
Pour résumer, moi Plouc encore naïf, j’ai alors pris conscience que derrière un concept d’identité nationale, derrière un agencement de racines culturelles présumé consolidé par une histoire commune, il pouvait n’y avoir que le vide rempli de petits arrangements d’individus juxtaposés n’ayant d’autres principes que le chacun pour soi, le tout cosmétiqué par une phraséologie de mensonges auxquels personne ne croit vraiment mais qui donnent un semblant d’unanimisme à l’abri de mots d’ordre creux, que ce soit l’indianité ou l’avenir du socialisme.
Chez nous, aujourd’hui, c’est droidlhom…
Mais il y a encore au chapitre des rencontres une anecdote sans lien direct avec le thème ethnologique :
Nous étions arrivés au Pérou par un vol Miami-Lima qui n’avait rien de direct. L’avion n’était pas plein. Nous entendant parler français, Mme Plouc et moi, un passager embarqué à Panamá s’était insensiblement rapproché de nous puis décidé à nous aborder sur le tarmac à l’escale de Guayaquil en Equateur. La jeune trentaine, il voulait savoir si nous étions journalistes et paru très affecté par notre réponse négative. C’était un Chilien qui avait eu des responsabilités militantes exécutives dans le movimiento pour la réforme agraire au temps d’Allende. J’ai perdu depuis longtemps le papier où il m’avait donné son nom et bien d’autres détails sur son CV. Il nous avait aussi donné un plan de la ville de Lima que j’ai peut-être encore dans un carton (allez savoir, j’ai déménagé cinq fois depuis…) Bref, ça faisait tout juste huit mois que l’horrible Augusto Pinochet avait nettoyé tout ça et notre homme avait dû partir en cavale…
Je résume la situation : Il se disait condamné à mort au Chili. Arrêté en situation irrégulière à Panamá, ça faisait six mois qu’il faisait la navette suivante : 1° attendre en taule l’arrêté d’expulsion vers le pays d’où il venait (le Pérou) ; 2° être fourré dans l’avion, retour à l’expéditeur ; 3° arrêté à l’arrivée pour les mêmes motifs et mis en taule en attendant l’expulsion dans l’autre sens ; et bis repetita, ter repetita… Son problème, c’était que l’excellent général Velasco, tout gaucho qu’il fut, venait de réchauffer pour des raisons bestialement économiques ses liens avec son épouvantable voisin Pinochet… Le Panamá en ayant marre de le voir revenir, le risque était dorénavant grand de voir le Pérou s’en débarrasser définitivement en l’expédiant vers son pays natal… A Lima, au pied de la passerelle, les flics l’attendaient. Déjà encadré, il a encore discrètement jeté un regard interrogateur vers nous et je ne l’ai plus revu…
Bref, le gars nous avait suppliés de l’aider en ameutant les média français via un journaliste du Monde dont il avait les coordonnées et en prenant contact avec son avocate de Lima. Je n’ai pas osé lui dire que nous n’étions pas de la même paroisse et qu’à chacun sa merde… Le contact au Monde a fini au panier. J’assume sans aucun scrupule.
En revanche, je ne pouvais pas le laisser seul dans sa détresse, mon côté chrétien que voulez-vous… Dès notre arrivée en ville, sans dévoiler mon identité dans ce pays où, légitimement, la PIP (Policia de Investigation del Perú) n’aimait guère les étrangers se mêlant de ce qui ne les regardaient pas, j’ai quand même appelé son avocate d’une cabine téléphonique dans la rue… Manifestement bien au courant de son dossier, elle aurait ignoré son retour sans mon coup de fil. Au moins elle a pu se bouger. Car obtenir là-bas l’assistance de son avocat n’était alors pas aussi évident ; tout le monde n’a pas la chance d’avoir les lois Guigou… Je ne saurai jamais ce qu’il est devenu… La planète continue de tourner avec nous dessus…
C’est vrai que les voyages forment la jeunesse…
jeudi 26 janvier 2012
Digressions aéromentales…
J’avais donc envie de vous parler de mon voyage au Pérou. Rien de bien extraordinaire en soi que ce séjour de cinq semaines effectué en bricolant un cumul de retard de congés payés avec une logistique de routard et un billet d’avion pour le retour en Europe. Même si le dit vol était prévu sur une compagnie off-shore underground au bord de la faillite qui, déjà à l’aller, avait du retard au décollage pour défaut de paiement du carburant et nous avait offert un détour avec escale de nuit, en short et chemisette à fleur, par… le Labrador, histoire de trouver un pompiste compréhensif pour rajouter les trois gouttes et un peu plus de kérosène qui manquaient pour atteindre Nassau… Il est vrai que c’était une époque où le principe de précaution n’avait pas encore tué la Vie. J’avais alors déjà acquis une assez bonne expérience des compagnies bizarres et je ne m’en faisais pas (j’avais tort…)
A propos de compagnies baroques, je repense à Alia Royal Jordanian Airlines, à l’époque catalogué par IATA comme ayant le plus fort taux d’accidents ; Alia qui surbookait son Boeing pourave à l’escale d’Istanbul pour ramener les travailleurs turcs à Francfort ; Alia qui m’avait offert un grand moment dans une de ses Caravelles au-dessus de l’Irak : N’entendant pas l’arabe, je m’étonnais des mouvements divers de mes voisins quand le commandant répéta en mauvais anglais sa demande aux passagers de se regrouper vers l’avant… pour faire contrepoids...
J’avais aussi gardé une tendresse nostalgique pour la Bakhtar Afghan Airlines, lignes intérieures afghanes comme Air Inter à l’époque chez nous, mettez ça à l’échelle… La Bakhtar plus sympa et familiale qu’Ariana, sa grande sœur des lignes internationales et ses hôtesses à fichus et chemisiers avec des auréoles sous les bras. La Bakhtar et ses deux Yak 40 de trente-deux places. Le steward Tadjik était toujours le même et m’avait à la bonne ; il avait surtout toujours autant de mal et s’y prenait chaque fois à trois fois pour arriver à fermer la porte de l’avion…
Tiens ! Une anecdote quand même : Celle de ma non-visite à Hérat. Ce jour-là, je me pointe à l’embarquement à Kabul. No problem’. Notre avion était juste retardé en raison d’une rotation exceptionnelle pour transporter des huiles à une loya jirga, assemblée de notables réunie dans une autre ville. Il suffisait d’attendre… Il faut dire que dans ce pays moyenâgeux quasiment aussi grand que la France avec alors à peine 200 km cumulés de routes goudronnées, il y avait chaque jour un vol régulier pour partout. Cool ! Ouais… Le truc, c’était qu’un seul et même avion faisait la tournée de toutes les villes, un jour dans le sens des aiguilles d’une montre, le jour suivant dans l’autre… Fallait pas se tromper… Imaginez Paris-Marseille : un jour c’est 2h de vol, le lendemain la journée avec escales à Lille, Nantes et Bordeaux… J’suis pas con et j’avais un Kabul-Hérat via Kandahar seulement (un genre Paris-Bordeaux via Marseille…) Le zinc rentré de faire le taxi, nous n’avions que deux heures de retard au décollage ; bien !
Deux mots sur l’aéroport international de Kandahar. Furoncle inutile posé au milieu de rien avec un seul vol domestique par jour, le mien, c’était un cadeau financé par le contribuable US qui, outre leurs entreprises et cabinets d’études, a autant engraissé les cimentiers pakistanais que les maliks du bazar local et donné un peu de travail aux indigènes, c’était toujours ça… Bref, escale à Kandahar. En principe, les passagers qui vont plus loin restent à bord. Mais l’heure tourne sur le tarmac écrasé de soleil et on finit par nous faire descendre pour nous réunir dans le terminal avec les nouveaux passagers devant embarquer là pour Hérat. Ce qui était vachement sympa, c’est que tout ce qui a suivi s’est passé en totale transparence avec les usagers ; la SNCF peut en prendre de la graine... Heureusement qu’un jeune coopérant agronome parlant assez bien le dari était du voyage, seul autre étranger, ce qui m’a permis de rester dans le coup et de suivre la situation en temps réel…
Le problème était le suivant : Il y avait une tempête de sable sur Hérat et il fallait attendre… Pour ce qui est des acteurs jouant un rôle dans la pièce, il y avait là le chef d’escale de la compagnie, le pilote qui était Russe, le copilote qui était Afghan, le steward ainsi que tous les passagers, babouches, turbans et le Plouc compris... Auxquels il fallait ajouter une passagère que je n’avais pas encore vue puisqu’elle voyageait... dans le cockpit sur les genoux du pilote russkof. C’était une blonde au look Dallas du genre à flinguer JR, passablement torchée et furax : elle rapportait à Hérat des crèmes glacées qu’on ne trouvait sans risque sanitaire qu’à Kabul, glaces qui devaient fondre impassiblement dans le cockpit sous la fournaise du soleil de midi…
Tout ça s’éternisait et la météo ne s’améliorait pas sur Hérat… Que faire ? La question était la suivante : L’avion devait-il attendre le lendemain pour continuer son plan de vol ? Ou devait-il rentrer à Kabul ? Le pilote était d’un avis et le copilote de l’autre. Et tout un chacun autour donnait son avis… Plus personne n’était assis en tailleur, tout le monde était debout autour de l’unique table où trônait le téléphone. Finalement, entouré par tous les passagers attentifs, le chef d’escale a appelé le président de la compagnie à Kabul, lequel a tranché : l’avion rentrait à Kabul… Ceux qui devait embarquer là sont rentrés en ville et ceux qui venaient de Kabul ont eu le choix : attendre que l’avion revienne le lendemain ou rentrer à Kabul… Je suis rentré à Kabul et, comme les rois-mages, je suis retourné plus tard à Herat par un autre chemin (mais toujours avec le clin d’œil complice du même steward) Je dois dire encore qu’une fois rentré à Kabul je suis tout de suite allé en ville pousser le panneau de contreplaqué tenu par du fil de fer qui remplaçait la porte d’entrée vitrée des bureaux de la Bakhtar. L’employé m’accueillit avec un large sourire, heureux de me revoir encore vivant. Il était au courant et sans même que je lui sorte mon boarding-pass il me compta en petites coupures crades le nombre exact d’afghanis que j’avais déboursé pour mon voyage…
Ce fut une belle journée…
Bon, je m’égare… J’ai écrit comme ça vient et je vois que l’heure tourne. Et que j’ai perdu le Pérou en route… Eternel retour à l’Afgha… Ce n’était donc pas le Pérou (où je n’ai eu sur place aucun souci avec Aeroperú, je précise) mais maintenant que j’en ai parlé, il faudra bien que j’y revienne…
Photo : YAK 40dimanche 22 janvier 2012
Requiem pour deux épaves…
C’est parti. Trop long mais c’est comme ça et ce billet-là je ne sais ni le réduire ni le sortir en feuilleton :
C’était en 1972. Quarante ans déjà. Le tout dernier printemps des seules quarante années à peu près stables de leur siècle, avant que Daoud Khan ne renverse Zaher Shah et plonge la Terre de tous les temps dans quarante années de malheurs qui semblent n’être qu’un début…
En Afghanistan donc… Nous revenions d’un de ces trips qu’on n’oublie pas, plein de merveilleux souvenirs mais qui n’avait rien d’une promenade de santé.
A l’aller, déjà, c’était dans l’eau glacée jusqu’aux fesses que j’étais allé récupérer du matos dans le 4x4 immobilisé au milieu du torrent. Y avait un gué qu’y disaient… L’avantage, c’est que le truc qu’on m’avait ensuite prêté pour remplacer mon jean était suffisamment couleur locale pour ne pas faire lever le sourcil du natif environnant. Il est vrai que son œil réprobateur était accaparé par la minette blonde qui tenait mon jean à bout de bras pour le faire sécher au vent et par Mme Plouc qui se marrait de me voir ainsi reculotté… Le 4x4 disais-je. L’horizon mental de Hertz se limitant aux berlines, à Kabul City et à son aéroport, c’était bien sûr une caisse louée après force palabre à un particulier ayant imposé son chauffeur. Le type était bête à bouffer du foin et la caisse ne marchait que sur deux pattes, le crabot ayant rendu l’âme aux premières lueurs… Un vieux Land-Rover Defender châssis long, grave erreur ! Il fallait ça puisque nous étions six mais l’engin était trop lourd dans le contexte ; d’ailleurs, on n’a vu que des jeeps russes et des Toyota Land-Cruiser plus légers…
Puis il y a eu ce fameux soir du retour. Ce jour là nous avions fait une rencontre presque aussi improbable sur zone qu’un commentaire de Béachelle chez F.Desouche : Celle d’un fils de ministre du cru faisant faire du tourisme à un professeur d’université français d’âge mûr accompagné de sa jeune nièce (du moins nous l’avait-t-on présentée ainsi) Nous avions alors décidé de faire route ensemble sur la trace incertaine tenant lieu de piste sur ce plateau désertique des contreforts de l’Hindou Kouch. Roulant trois cent mètres devant nous, la jeep russe du fiston ministériel s’était brusquement immobilisée dans ce bourbier d’après mousson. Nous comprîmes vite le sens de leurs grands gestes, mais nos injonctions en dari et anglais n’eurent aucun effet sur notre chauffeur qui n’en accéléra que plus pour aller se fourrer dans ce merdier au-dessus des moyeux avec un mélange de dignité de Pachtoune offensé et d’impassibilité de mongolien sûr de son fait…
Le soir venait… La vanité de nos efforts pour nous en sortir était déjà avérée lorsque nous vîmes apparaître sur la ligne d'horizon une vingtaine d’hommes en file indienne : des Koutchis sortis de nulle part et allant d’un pas lent vers Dieu sait où…
Résumons : D’un côté, vingt Koutchis, c’est à dire une engeance considérée par l’Afghan moyen (toutes ethnies confondues) comme l’équivalent chez nous des gitans, romanichels, bref des roms… Mettez ça à l’échelle… Et avec, comme d’hab’ chez ces gens-là, une douzaine de fusils et bien sûr vingt coutelas…
De l’autre, un Pachtoune citadin, un autre minus habens, quatre guignols franchouillards sinon trouillards dont un vieux et quatre jeunes et jolies blondes (non, trois, quoique fort séduisante Mme Plouc a toujours été brune) Et avec ça, un seul et unique pistolet…
La balle était dans leur camp et il nous fallait la jouer car après nous avoir observés de loin ils semblaient prendre le parti de passer leur chemin. Or nous ne pouvions nous en sortir seuls et une autre opportunité d’aide pouvait passer par-là… un jour prochain. La négo’ a pris un moment… Heureusement, prudents, nous étions plusieurs à avoir chacun, outre une poignée d’afghanis (des bank-notes plus crades, tu meurs), une liasse de billets de un dollar dans nos doublures… Les koutchis sont partis chercher des pierres plates, dans un rayon de plus de 500 mètres pour en trouver assez. Puis que je te tire, que je te pousse, une fois la jeep – plus légère – au sec et son treuil aidant, la Land a suivi. Ayant pris congé des Koutchis avec les salamalecs et tashakor d’usage (et les transferts de biftons), il nous fallait encore gagner Bâmiyân, premier lieu présentant un semblant de quelque chose pouvant évoquer un contact distancié avec la civilisation… Sous une pluie féroce, fourbus après avoir mis six heures pour faire 70 km, nous montâmes directement à la ville haute, sachant pouvoir trouver là une sorte de motel à côté de l’espèce de fortin du gouverneur de district. Vide de clients, le motel en préfabriqué n’avait que trois chambres monacales hors de prix que le fiston ministériel a illico retenu pour lui et ses hôtes, nous laissant avec le sourire le privilège de profiter des yourtes voisines "équipées moderne" qui complétaient la capacité hôtelière. Conservées et meublées dans un naïf espoir de futur développement touristique, les dites yourtes avaient été montées pour… le tournage du film Les Cavaliers de Kessel ! (on notera que l’action du film est sensée se passer du côté de Maïmana, paysage très différent à 300 km de là à vol d’oiseau…) Bref, les dites yourtes étaient perméables, moisies et gonflées d’humidité…
Peu soucieux d’attraper une crève définitive, nous avons remercié et sommes descendus tenter notre chance dans le cloaque de la ville basse…
Femmes et enfants couchés avec les poules derrière les hauts murs et tout un chacun s’abritant de la pluie diluvienne et glacée, la rivière de boue tenant lieu de rue principale était évidemment totalement déserte. Il restait à trouver la tchaï-khanas, l’équivalent en version locale de l’indispensable "bistrot du village-bar-tabac-PMU-Les Routiers sont sympas"… J’étais déjà un vieil habitué des tchaï-khanas, mais toujours "en terrasse"… Vite déniché, l’établissement offrait le standard habituel en zone rurale : Une grande pièce sombre en terre battue avec l’indispensable samovar au milieu. Son eau en constante ébullition assurait une relative raréfaction des amibes dans les théières made in China et les verres Duralex douteux dédiés au service du thé. Pour le reste, le contrôleur de l’hygiène passera… On avait l’habitude… Il y avait du monde, que des hommes mûrs évidemment.
L‘accueil fut aimable, empreint ici de ce masque d’indifférence forcée propre aux adultes mais ignorée des enfants. A cette heure tardive, pas question d’espérer brochette de mouton et riz zamarod ! Le khalifa n’avait même plus de pain mais on pouvait tirer du sac sans le vexer, on n’était pas sur les Champs-Élysées. Et son tchaï sia brûlant réchauffait bien. Il était convenu qu’une fois la clientèle rentrée dans ses foyers, nous pourrions étaler nos sacs de couchage et dormir là, serrés les uns contre les autres…
NDLR : Tout ce que je vous ai raconté jusqu’ici ne visait qu’à planter le décor pour la suite qui justifie à mes yeux de vous embêter avec mes souvenirs.
C’est alors, qu’ILS sont entrés…
Ils étaient deux ; deux fantômes fagotés dans ce qui avait dû être des robes de bonzes bouddhistes. Sans qu’on sache si leurs crânes étaient rasés ou nettoyés par les parasites, ils étaient trempés jusqu’aux os et transis de froid. Faciès et frêles carrures semblaient sortir tout droit de Dachau…
Il y avait chez ces deux cadavres encore ambulatoires des je-ne-sais-quoi qui ne trompent pas : Rien à voir avec des Pachtounes, Tadjiks ou Turkmènes, encore moins avec des Hazaras ou Ouzbeks ; Nouristanis peut-être ? Non ! Manifestement c’étaient des Aryens de plus à l’ouest…
A l’ouest, ils l’étaient d’ailleurs carrément… D’autres signes ne trompent pas non plus. Ces deux là (sur)vivait par et pour le haschisch et Dieu sait quoi d’autre… Le khalifat leur a servi son thé brûlant et, pour eux, a déniché encore un peu de pain qu’il leur a glissé furtivement et qu’ils ont dévoré sur-le-champ… Personne n’a fait de remarque, la clientèle n’avait pas l’air étonnée.
Nous étions tous assis en tailleur sur le sol, le dos au mur ; nous d’un côté et eux en face. Progressivement la salle se vidait de sa clientèle autochtone, chacun réajustant son caftan et son turban pour regagner ses pénates sous la pluie. Moi, Plouc, je suis par nature plutôt naïf. Et puis il fallait l’intuition féminine… Au bout d’un moment, après s’être concertée en chuchotant avec sa voisine, Mme Plouc s’est tournée vers moi et m’a glissé à l’oreille : "- Tu n’as pas compris, celui de droite c’est une fille…"
Je résume ce que nous avons reconstitué ou compris, et complété le lendemain matin en interrogeant le khalifat qui ne parlait que dari : Ces deux-là, arrivés là Allah sait comment, vivotaient dans la forêt voisine en mangeant ce qu’ils trouvaient, devenus trop faibles pour louer leurs bras et être de quelque utilité aux solides villageois. Quand arrivait la neige, trop de froid ou de pluie, ils descendaient mendier et demander refuge ici et là. Le khalifat ne leur demandait rien en contrepartie du gîte et du pain. Quarante ans ont passé et ils n’ont sûrement pas fait de vieux os… Je rêve qu’aujourd’hui un naïf peace corps non encore égorgé par les Taleb’ vient dire au Khalifat nonagénaire que chez nous, au pays des ventres pleins, on se paie un truc appelé SAMU Social…
Mais ce n’était pas tout… Les conversations aux accents gutturaux s’étant raréfiées, nos échanges à voix basses devenus audibles ont éveillé quelque chose comme un vague intérêt dans les regards des deux zombies pour qui nous étions jusqu’alors aussi transparents que le reste de la compagnie. Petit à petit, du fond de leurs cerveaux remontait le sentiment d’ouïr quelque chose autrefois familier. Nous leur avons alors parlé. Après bien des réticences ils ont fini par lâcher quelques phrases hésitantes, remplaçant en dari les mots qu’ils ne trouvaient plus…
Ils étaient Français…
Nous n’en avons rien tiré, pas même un prénom, mais le film est facile à imaginer. Ils étaient plus jeunes que nous. Un couple d’ados parti pour Katmandou, horizon indépassable de l’époque, mais pas en avion comme le bourgeois car le monde leur appartient. La longue route passe par ici. On leur vole leurs papiers, on leur vole leur argent, on leur vole tout. Pas question de renoncer à leur rêve, de s’en remettre au semblant d’autorité locale la plus proche pour quémander le consulat et rentrer la queue entre les jambes chez papa-maman qu’on a envoyé paître. Mais il y a le réel. Moment difficile, donc encore plus besoin de shit ; certes, il est ici en vente libre et coûtait bien moins cher que les clopes mais ils n’avaient rien à offrir en échange… Petit à petit, les corps s’affaiblissent, les neurones aussi ; on se pose là, on ne peut plus aller plus loin… Voilà.
Sans brusquer, nous avons essayé. Y avait-il encore un possible ? Finalement non. Nous vivions là "la parabole du jeune homme riche" à l’envers : Tombés trop bas, ils ne pouvaient plus lâcher ce qui leur restait, grabataires avant l’heure… Peut-être avions-nous cru deviner dans les yeux de la fille comme un soupçon de voile de détresse qu’elle voulait résolument masquer... Ou l’avons-nous rêvé ? Finalement nous avons dû partir.
Il est possible qu’au même moment, quelque part chez nous, des parents, des pères, des mères, attendaient, voulaient savoir, espéraient peut-être encore…
Voilà le travail. Herbert Marcuse sera mort dans son lit entouré d’honneurs au lieu d’être collé au mur. Mai 68 avait juste quatre ans. Daniel Cohn-Bendit était retourné chez maman le temps de se refaire et Alain Geismar suivait tranquillement son cursus pour devenir Inspecteur général de l’Education Nationale avec le parrainage attendri des larves qui nous gouvernent. Encore deux ans et on allait entrer dans l’ère giscardienne. Je me retiens…
Avec nos deux zombies, sans doute nous serions-nous tabassés dans une manif quatre ans plus tôt. Petits cons ! Mais peut-être étaient-ils des purs… Ils y croyaient à leur trip, se voyant aventuriers avides de grands espaces. Comme nous… Eux, enfants perdus des fantasmes de leurs gourous tout confort, n’étaient que des sous Kerouac de Prisunic mais ils ne le savaient pas…
Le mois suivant, j’ai repensé à eux un soir d’humeur morose. C’était au Pen Club de Kabul, mariage et réception dans une famille kabuli aisée où j’étais invité, et même un des rares invités et le seul étranger avec Mme Plouc conviés à assister au rituel strictement familial de l’échange des consentements. Morose pourtant pour deux raisons : La première c’était de voir cette société bourgeoise frivole et son mollah s’empiffrer en commentant le prix de la voiture flambant neuve dont je n’ai pas compris si elle faisait partie de la dot ou était offerte par un oncle. Et encore étais-je loin d’imaginer que tous allaient bientôt être balayés par Taraki rentré dans les fourgons de Moscou…
La deuxième raison, surtout, c’était que je partais le lendemain pour Téhéran puis la France. Là aussi sans me douter que je ne reviendrai plus jamais…
Plus tard, je me suis parfois demandé lequel des deux avait survécu à l’autre, lequel avait dû rester seul ; peu de temps sans doute… Car je ne peux croire qu’ils aient pu durer longtemps et soient toujours de ce monde où ils n’auraient pourtant aujourd’hui qu’environ soixante ans. Je me souviens même m’être surpris à prier pour que ce ne soit pas la fille… De toute façon, c’était leur choix. Ce Choix si difficile à faire au sortir de l’adolescence. Ils avaient choisi et n’avaient plus le choix…
"Pour survivre, tu choisiras parmi les miroirs infinis un seul miroir. Un seul qui te reflètera irrévocablement. Tu te sacrifieras en choisissant, tu cesseras d’être tous les autres hommes que tu aurais pu être."
Pour moi une référence, cette phrase de Carlos Fuentes a été reprise dix ans plus tard comme citation d’exergue d’un livre sur le drame afghan écrit par un ancien attaché culturel de notre ambassade à Kabul retourné clandestinement là-bas après l’invasion soviétique. Coïncidence étrange car le bouquin a pour titre : "La cité des murmures", ce qui donne littéralement en dari "Shar-i-Gholgola" : Le nom d’une antique ville livrée aux flammes par Gengis Khan. Elle se trouvait sur l'emplacement de Bâmiyân…
Ils se rêvaient aventuriers avides de grands espaces. Mais leur rêve, ils avaient choisi de le fumer…
Nous aussi rêvions d’aventures et de grands espaces ; du Nouristan pakistanais à Palmyre en Syrie, du Sinaï à la Cyrénaïque et jusqu’à la Cordillère andine… Et aussi, au nord de là bas, les plaines de l’Amou-Daria, l’Oxus des anciens, imaginant Samarkand au loin, au pays de Zarathoustra… Les deux loques de Bâmiyân avaient dû en rêver aussi…
Mais il y a aussi d’autres grands espaces. Mme Plouc rentrait avec moi. Nous avions déjà fondé notre couple venu se risquer aux cailloux d’Asie Centrale et singulièrement à cette terre afghane où elle aurait dû consumer sa jeunesse à y pousser la seringue et le laryngoscope si nos routes ne s’étaient pas croisées. Et nous avions choisi.
Une autre aventure nous attendait, celle de fonder notre Clan…
Nous étions encore des aventuriers.
Eux aussi auraient pu l’être…
In memoriam
mercredi 23 novembre 2011
C’est pas d’hier et je m’en tamponne… (revival)
Oups ! Ça doit vous rappeler quelque chose…
Ça fait démodé ? Oui je sais… Ça m’était resté en travers de la gorge et de la pire des manières : depuis dix mois je m’en voulais à moi-même d’avoir retiré au bout de deux jours ce montage et le billet qui allait avec. Mon propos s’appuyait sur deux témoignages proches des sources et n’émanant pas de zozos... Ces témoignages ayant ensuite été formellement démentis par leurs auteurs (il n’y a sûrement pas eu de pressions^^) j’ai calé bien que sentant confusément que, quelque part, ce soit toujours la vérité qui gêne…
Mais voilà ! Ce soir vous aurez droit sur France3 aux témoignages oh combien plus fiables de nos deux guignols. Invités d’honneur de Pièces à conviction, ils seront interrogés avec gourmandise sur leur expérience de captivité. Ce sera captivant, mes enfants, après vous pourrez acheter le livre…
Alors je craque… Voici donc sans en rien changer ce que j’écrivais le 9 mars dernier et effaçais le 11 (allégé des deux tiers, j’ai pitié de mes lecteurs) :
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Je m’en veux de polluer votre écran avec ces images qui saturent quasi quotidiennement vos lucarnes télé et épisodiquement les façades de nos mairies et autres espaces urbains. Mais bon… C’est çà ou United Colors of Benetton…
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Ces témoignages ont bien sûr été totalement censurés par l’AFP et l’ensemble des médias habituellement si prompts à monter en épingle tout ce qui contredit les versions officielles…
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De toute façon (et si tant est qu’ils soient encore vivants) autant que ce soient ces deux connards plutôt que deux naïfs humanitaires qui profitent du régime alimentaire local quotidien des pauvres de là-bas : un bout de galette de pain sans levain à tremper dans du thé à l’eau bouillie du ruisseau. J’ai connu (au moins trois jours consécutifs) Ils en seraient à 434 jours, mais eux c’est des bons, non ? Moi pas…
Souhaitons que ça dure longtemps. Leurs collègues, BHL, les potes du Flore, etc. en ont besoin ; ça meuble. Faut de quoi faire rêver et s’indigner, de quoi permettre à la caissière qui fait ses heures de RER de penser un peu à autre chose qu’à son bête quotidien. Manque de pot, Polanski n’est plus sous contrôle judiciaire, pauvre chou. Mais on a Florence Cassez et Sakineh pour varier un peu. Ça occupe…
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Voilà. « Guékièrétaponié™ ». J’ai perdu mes sources trop pusillanimes et contraintes par leurs carrières ou positions, on les comprends, mais il y en a d’autres et je remercie Nicolas de m’avoir mis sur la voie pour me défaire de ce "billet sur l’estomac" (Le Nicolas de chez Ilys, bien entendu, pas le bonze suffisant du Wikio…)
Bon. Si ce n’est déjà fait, ne vous privez surtout pas de lire attentivement les huit pages de l’article d’Yves Debay (un journaliste de terrain des conflits, forcément peu fréquentable…) J’insiste. C’est LÀ.
Ensuite, à 23 h, vous pourrez vous installer religieusement devant le poste pour ouïr les témoignages de nos deux héros. Ce sera peut-être plein d’enseignements, surtout si vous êtes anthropologue ou si vous envisagez une carrière d’historien des causes (pour les conséquence, ne nous avançons pas…) de la décadence de l’Empire du Bien…

