"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

samedi 2 juin 2012

Du spectacle, du pop-corn et des jeux…


Pour faire d’une seule pierre deux coups en donnant une préface au roman des législatives et une postface à celui des présidentielles (et peut être un prologue à la pièce de théâtre du quinquennat…), quoi de mieux que de copier-coller ci-après le principal du texte (1) que Denis Tillinac vient de commettre dans la dernière livraison de Valeurs Actuelles ? :
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"Bien que contaminée par un marxisme résiduel, la vision de Debord, l’auteur de la Société du spectacle, garde sa pertinence. On nous a servi presque simultanément deux finales à suspense : Hollande-Sarkozy et Montpellier-PSG.
Pour nous tenir en haleine avant la finale du championnat de rugby, le Tour de France, l’Euro de foot et les jeux Olympiques, on nous refile les divas du Festival de Cannes, la énième tournée de Johnny et le tournoi de Roland-Garros. Les camés ayant toujours besoin que la dose augmente, on nous promet en outre deux autres matchs bien saignants : Mélenchon-Le Pen avant l’été, Fillon-Copé pour la gouvernance de l’UMP au début de l’automne. Ainsi réduit-on les peuples à l’état de supporters hystérisés par le matraquage médiatique. Rien de fondamental ne distingue les sectateurs dépités d’Auxerre ou de Sarko et ceux, comblés, du club de Nicollin ou du parti de Hollande. Les sourires interchangeables de Marion Cotillard et de Najat Vallaud-Belkacem sont en compétition sur le même marché. Peut-être aurait-on tort de s’en lamenter : faute de guerre pour rémunérer les pulsions élémentaires, faute de foi ou d’idéologie pour leur procurer des alibis, nos sociétés sécrètent à titre compensatoire des jeux du cirque.

"Moins nocif que les tueries d’antan, cet “opium du peuple” ne présage rien de très reluisant. Le retour d’un polithéisme primitif diagnostiqué par Chantal Delsol (2) promeut des divinités éphémères, les stars du sport, du show-biz et de la politique, avec les superlatifs jadis dévolus à l’exaltation des sentiments religieux ou patriotiques. Les médias sont commis au renouvellement des stocks de l’imaginaire. Ils croient expliciter le réel ; ils en improvisent des parodies infantiles dont les enjeux symboliques les dépassent. Dans cet univers en trompe-l’oeil du spectacle permanent, les champions sportifs s’en tirent mieux que les gouvernants car tout de même, la suprématie d’un Nadal, d’un Messi ou d’un Dusautoir se prouve dans l’arène ; il est plus difficile de forger un mythe à base d’Ayrault ou de Jouanno. Mais l’âge d’or d’un sportif ne dure pas longtemps, et la métamorphose en héros homériques de petits mecs de banlieue tatoués de partout exige des surdoses de lyrisme. D’où ce côté piège à gogos des liturgies médiatiques. Si Aristote ou le baron de Coubertin revenaient sur terre, ils s’indigneraient que l’on qualifie de joutes démocratiques ou sportives la gigue abrutissante de nos barnums télévisuels. Ils la trouveraient d’une vulgarité innommable.

(…)

"À quoi bon se commettre dans des débats oiseux pour défendre une “droite” si éloignée des songes de chevalerie qui, au mois de mai 1968, m’ont isolé des copains gauchos de ma génération ? C’était un printemps aussi et j’avais fait la belle avec mon Solex, sur des routes désertes, seul, pour fuir les palabres dans les amphis. Avec le recul, je me dis que cette évasion hors la clôture rouge et noire des idées convenues aura été le seul acte politique dont j’ai lieu de m’enorgueillir. À quoi bon passer pour un salaud de réac, décevoir des amis, entretenir des malentendus puisque aussi bien la droite “officielle” a avalisé tous les présupposés de la gauche, et n’en propose en somme qu’une version affadie ? Elle n’a cure de l’agonie programmée de la civilisation occidentale, et du sort que l’Histoire avec une majuscule réserve à la France. Son seul souci est de maquiller devant le miroir des médias une “image” aussi “moderne”, aussi “branchée”, aussi barbouillée d’“humanisme” niais que celle de la scénographie de la gauche. Aussi soumise à l’air du temps. Aussi immergée dans la société du spectacle, mais avec les balourdises du comédien amateur qui déclame à contretemps des tirades mal apprises."

Denis Tillinac
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A la haute époque de la Rome antique, les Ludi comprenaient les courses de chevaux, l'athlétisme, la boxe et même du théâtre où les acteurs portaient des masques. Les combats de gladiateurs relevaient du vulgaire et avaient lieu à part. Ce n’est qu’à partir de Caligula qu’ils furent intégrés aux Jeux où ils occupèrent une place de plus en plus majeure et appréciée par tous. Et vint la décadence… Caligula voulait élever son cheval au rang de sénateur et les citoyens de l’Urbs avaient le pain et les jeux. Ils adoraient ça…

Aujourd’hui, les citoyens acurabas aux ventres pleins grignotent du pop-corn en regardant TF1. Et ils adorent ça…
Le Président descend les Champs Elysées en voiturette électrique. On ne lui jette pas encore de cacahuètes…

(1) C’est ici
(2) cf. VA daté du 31 mai…

2 commentaires:

  1. memento mouloud02/06/2012 16:14

    Il faut être aussi étroitement catholique que Madame Delsol pour prétendre que le polythéisme gréco-romain était primitif. J'échange les métamorphoses d'Ovide contre toutes les merdes en barre cordicoles du passé récent, du présent en cours et du futur virtuel

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