"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

dimanche 9 juillet 2017

Paris Plages désensablé…



Il y a trois mois (ici), naïf que j’étais, j’écrivais ceci :

« … C’est le sable et lui seul qui fait l’identité de Paris Plage ! Sans lui, quel Francilien bon enfant et pas forcément boboïde sortirait-il sa pelle et son seau en plastique pour venir faire des pâtés sur le bitume ? Lui fournir gracieusement les parasols ne suffirait pas !
Certes, la parasolisation des voies sur berge contribue déjà à elle seule à estivaliser Paris-au-mois-d’Août. Certes, le sable ne permet pas comme à Palavas de faire trempette dans la décoction de rats crevés et de je-ne-saurais-dire où vogue lascivement le bateau mouche. Mais sans le sable, disparaît cette possibilité inouïe de marcher pieds nus dans un livre d’image. Sans le sable, comment la Parisienne, aussi parasolisée soit-elle, pourrait-elle s’évader ? Allongée sur son transat, tapissée de Bergasol, protégée du soleil francilien par son numéro de Gala déployé devant ses lunettes Miami Beach, les pieds bien au chaud dans le sable de carrière bulldozérisé là par Caterpillar, elle peut fermer les yeux et se rêver être sur la plage de Phuket, de Copacabana ou d’Hawaï sous les palétuviers en plastique tant célébrés par Gauguin (à moins que ce soit par Philippe Muray, je m’y perds…) Bref, le sable est aussi incontournable que Maire Hidalgo est nécessaire à une collectivité territoriale aussi durable et responsable que la Ville de Paris pour remplir sa mission, sa vocation : Consoler ses acurabas de l’absence de bain de mer en leur garantissant du sable plein les yeux ! Mais je m’égare… »

 Oui ! Je m’égarais grave !

Mais reconnaissez-moi des circonstances atténuantes : Lorsque j’écrivais ça, c’était avant qu’on rallume la lumière ! Avant que le PEF (Paysage Electoral Fwançais) soit mis cul par-dessus tête. Encore du temps où Maire-Hidalgo dormait sur ses deux oreilles à l’idée de n’avoir, dans moins de trois ans, qu’à affronter une NKM, simple formalité, et sûrement pas je ne sais quel LREM… Avant, accessoirement, l’ouverture (discrète) d’une enquête préliminaire sur soupçons de favoritisme et autres magouilles dans l’attribution des marchés de travaux d’aménagement de Paris-plages (s’agissant des éditions 2012 et 2013, pour l’instant)

Bref, Paris-plages a ouvert ses portes ce ouiquende avec ses parasoles sur bitume. Tel Mussolini asséchant les Marais pontins, Maire-Hidalgo a désensablé les voies sur berges !  
La suppression d’un trait de plume de l’accessoire poudreux constituant depuis quinze ans la marque identitaire, donc le produit d’appel essentiel de l’évènement, ne résulte que d’un caprice émotionnel et d’une indignation médiatique surjouée devant les compromissions de Lafarge. Et du fait de ne pouvoir trouver au pied levé d’autres fournisseurs dans un délai aussi court…
Mais, bien sûr, on récupère le coup en évoquant un souci de renouvellement et d’élargissement de l’offre ludique, toussa avec une petite note convenable d’activités sportives, de souci écologique, de soutien à la candidature de Paris aux JO, etc. Même la place de l’Hôtel de Ville aura ses solariums et ses brumisateurs dans la perspective du retour de la canicule…  

La disparition du sable, si emblématique de ce livre d’image, est heureusement masquée, diluée, noyée par la grande innovation de l’été : On va pouvoir se baigner ! Pour ça, trois bassins flottants ont été installés sur le bassin de la Villette au débouché du canal de l’Ourcq… Lieux emblématiques s’il en est où les cadavres consécutifs aux règlements de comptes entre truands nourrissaient les poissons aux riches heures du cinéma en noir et blanc ; ou plus récemment…

Il ne s’agit pas là, bien entendu, d’une alternative à la disparition du sable ; la chose était préparée de longue main et la municipalité a depuis deux ans engagé des investissements considérables pour pouvoir convaincre le Parisien, le Francilien, le touriste, et le migrant ne l’oublions pas, de consentir à plonger sans terreur plus que son orteil dans la Seine qui, à ce niveau de son cours et en dépit des efforts annoncés, demeure une décoction d’escherichia coli, de rats crevés et d’huile de vidange…

Certes, des contrôles quotidiens de la qualité de l’eau sont prévus. Un système de mesure a été installé en amont des bassins pour anticiper l’arrivée d’eaux contaminées et, à la moindre alerte, la baignade sera immédiatement fermée. En outre, le plus grand des bassins ne pourra accueillir que 300 personnes en même temps
Cela me refait penser à la piscine-plan d’eau artificiel de mon douar d’élection. Alimenté par les torrents de montagne où ne pissent guère que les vaches, ce grand bassin où il fait si bon s’ébattre ou faire des longueurs est durable et était à l’origine très innovant. Inspiré d’expériences autrichiennes, il était lors de sa mise en service le premier bassin "bio" en France, "sans Javel", exclusivement assaini, épuré, par la nature elle-même grâce à des plantations d’essences végétales aquatiques sélectionnées. Là aussi, le nombre d’entrées était strictement limité et les contrôles sanitaires constants de la part des fonctionnaires départementaux. Tout baigne chez nous. Mais…les années de forte chaleur, en dépit de la qualité de nos eaux, le nombre de jours de fermeture préventives pour risque de pollution pèse sur la rentabilité et… l’humeur des usagers…

Attendons de voir ce que ça va donner sur la Seine… A moins que les services sanitaires soient plus coulants pour Maire-Hidalgo que pour les bouseux de nos montagnes…
Attendons de voir, aussi, dans la chaleur de l’été, ce qu’il en sera de la tranquillité familiale des bassins avec une fréquentation plus, euh… urbaine que… provinciale 

Le sable, à n’en pas douter, était plus propice au fare-niente et à la bronzette qu’aux excitations des piscines. Je dis ça, je dis rien…

Mais rassurez-vous. Le sable ne devrait pas manquer car il me semble bien que nous avons désormais la chance d’avoir un marchand de sable à l’Elysée.


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