"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 5 octobre 2015

"On N’est Pas Couché" nouvelle saison



Depuis la rentrée, le talk show star du samedi soir enchaîne « buzz » et scandales systématiques selon une mise en scène des échanges très révélatrice de l’évolution du climat idéologique.

Certains se consacrent à l’étude des insectes. Et ils acquièrent dans leur domaine une grande expertise. Avec la même rigueur que les entomologistes, d’autres se consacrent à l’observation des médias. C’est le cas de lojim (Observatoire des Journalistes et de l’Information Médiatique), un site que je recommande.  
Cette dernière version en date du Cirque à Ruquier a amené l’ojim à publier ce matin un article retraçant l’évolution de la "culture" télévisuelle des origines à nos jours – disons depuis cinquante ans. Evolution qui reflète parfaitement les inflexions successives de l’environnement idéologique. Et "chaque mutation est un indice"… L’article, long et passionnant, n’omet rien. Et on comprendra mieux – par exemple – que le prétendu "dérapage" de Nadine Morano est exactement le contraire d’une sortie de route.... Je vous invite à aller le lire en entier [ça représente 4 pages A4] Vous en trouverez ci-dessous le premier et le dernier paragraphe :    

« Au temps de l’ORTF, soit la préhistoire de la « culture » télévisuelle, la tendance, dans une émission politique ou culturelle, était d’inviter un écrivain, un acteur, un responsable politique et de l’interroger avec déférence sur des sujets qu’il connaissait et à propos desquels il ou elle avait généralement quelque chose à dire. Voilà qui paraît aujourd’hui aussi ahurissant que désuet, et pourtant… L’esprit libertaire qui soufflait dans les années 80 offrit dans l’émission « Droit de réponse » de Michel Polac sans doute les premiers grands « clashs » mémorables. Plus de déférence, moins d’écoute, certes, mais une forme égalitaire du débat respectant relativement les règles du jeu, et au cours duquel chacun, en buvant et en braillant à travers d’épais nuages de fumée, avait réellement le droit de dire ce qu’il lui plaisait et d’insulter qui lui chantait, le tout dans un joyeux bordel dénué de réelle instance de censure ou de référent moral comminatoire. Cela nous paraît aujourd’hui témoigner d’une licence invraisemblable et antédiluvienne. Puis Thierry Ardisson, au cours des années 90, et Canal+ à sa suite, inventèrent une nouvelle mise en scène des échanges. Non seulement, on se mit à mélanger des invités de milieux a priori incompatibles et à traiter sur le même plan une starlette de 22 ans et un député d’âge mûr, mais surtout, les invités cessèrent d’être les vedettes évidentes de ce genre d’émission, pour devenir parfois de simples faire-valoir de l’animateur lui-même et de son comique affidé. Au lieu d’accueillir comme un prince l’artiste en promotion afin que son aura fasse rayonner l’émission, celui-ci se trouvait relégué à constituer avec d’autres une espèce de cour répartie devant le trône de l’animateur-roi attendant son tour d’audience. Lorsque celui-ci venait, il se pouvait même que le ministre ou la starlette se fasse malmener, que le roi exhibe son intimité ou que le bouffon du roi l’humilie d’une plaisanterie douteuse.

(…)

Pour conclure, on peut remarquer que cette dernière mutation du dispositif est aussi flagrante, radicale, qu’inquiétante. En effet, elle ne traduit ni plus ni moins que la mise en scène, par un pouvoir idéologique, de sa tentative désespérée de prolonger son usurpation. Au lieu d’ouvrir le cercle, la caste médiatique le referme en public sur ce qui la menace, c’est sa manière ambiguë de laisser s’exprimer ce qui discute son hégémonie tout en tentant du même coup de l’étouffer. Certes, elle admet qu’elle n’a plus beaucoup d’intellectuels et d’idées de son côté, mais une poignée de comiques certifiés conformes, de pouffiasses parvenues, de crooners has-been et d’écrivains ratés, résidus des plateaux télé mitterrando-chiraquiens, lui permet néanmoins de faire nasse, du moins à l’écran. En attendant, les 80% de Français qui ne sont pas ou plus de centre-gauche devraient déjà s’estimer heureux, comme l’affirme Léa Salamé (tous les matins sur France Inter, tous les samedis soirs sur France 2), qu’on leur laisse parfois la parole… »


4 commentaires:

  1. Le piège est flagrant et on comprend mal que des gens censés puissent encore accepter d'en être victimes.
    François Fillon, plusieurs fois invité à ce type de spectacle, a fait savoir qu'on ne l'y prendrait certainement pas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ouh, désolé! Je n'étais pas censé écrire "sensés" de la sorte....

      Blaise

      Supprimer
  2. @ A l'attention du Nain : Navré, votre commentaire s'est perdu le trou noir de la machine. J'ai juste eu le temps de le lire et peux vous dire que la télé, ben euh la télé... est parfois riche "d'enseignements"^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas grave. J'avais la télé chez mes parents, et déjà je ne la regardais que peu. Je ne l'ai plus depuis 37 ans, et elle ne m'a jamais manquée.

      Le Nain

      Supprimer