"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mercredi 30 juillet 2014

De lard, du bleu piscine et de l’effet de haine…



On avait déjà eu l’inévitable Buren. Ayant obtenu en son temps une juteuse commande de la ville de Lyon pour agrémenter de ses rayures l’immobilier urbain de la place des Terreaux, il avait assigné les éditeurs de cartes postales, coupables selon lui de ne pas lui verser de royalties sur la vente des cartes représentant la place. Le bon sens ayant alors encore prévalu, il avait été définitivement débouté en appel. Mais, dans les circonstances d’aujourd’hui, la jurisprudence pourrait bien évoluer…

En 2001, la municipalité de Hayange (Moselle) avait acheté à un certain Alain Mila, "artiste local", une fontaine de sa conception pour orner une quelconque place de ladite ville. Cette chose dont l’esthétique et l’originalité vous sauteront aux yeux se compose d’un tube métallique d’arrivée d’eau joliment courbé. A l’opposé de quelques fils de fer ébouriffés, un bout de tuyau horizontal envoie l’eau dans une conduite forée au travers d’un bloc de pierre (probablement de récupération sur quelque obsolète résidu de patrimoine médiéval) L’eau ressort astucieusement de l’autre côté pour arroser le chef d’un gros œuf en métal. C’est vrai qu’il fallait y penser…  Depuis treize ans, donc, ce mobilier urbain cette œuvre d’art faisait la fierté des Hayangeois. Entre temps, l’artiste "local" avait depuis longtemps quitté la région pour aller vivre la suite de ses jours en des lieux peut-être plus attirants…

Las ! Un coup de fil anonyme vient judicieusement de lui rappeler sa paternité de 2001 (laquelle lui avait, à l’époque, rapporté la modique somme de 9.000 €) en l’informant de l’outrage dont a été victime sa progéniture.
En effet, la nouvelle municipalité - dont les goûts et les couleurs peuvent se discuter – n’a rien trouvé de mieux à faire pour égayer à moindre frais la place paraît-il sinistre que de ripoliner la fontaine : le bassin en bleu piscine et l’œuf en bleu turquoise… Ce n’est peut-être pas du meilleur goût mais cela met une note de couleur et, après tout, le turquoise peut rappeler l’enrichissement culturel que nous devons et devrons de plus en plus à la Turquie…
  
Aussi sec, l’artiste ne pouvait pas rater cette occasion de faire parler de lui et de réactiver sa réputation : Il attaque la collectivité devant le tribunal administratif de Strasbourg pour "atteinte à son travail et à ses valeurs"...
Il est vrai qu’en 2001 la municipalité était socialiste et qu’elle est aujourd’hui FN.

De la part de l’artiste soucieux de ranimer son business plan, sa réaction outragée s’explique sinon se comprend. Alors, pourquoi vous en causer sinon pour meubler tant on n’en a rien à foutre ?

Parce que nous avons là un exemple de plus, un de plus, de la manière désespérée avec laquelle les guignols qui nous a-gouvernent cherchent quelque chose à dire. Faut dire qu’ils sont à bonne école depuis que le "Président de la République" (ne cherchez pas pourquoi je mets des guillemets) se substitue au sous-préfet d’arrondissement au point-presse du dernier accident de la route ; et qu’il remplace la spiquerinne du 20h pour lire les dépêches de l’AFP sur les crashs d'avions exotiques en ajoutant des blancs et des euh à ce que nous aurait dit la fille…

La divine Aurélie Filippetti, donc, s’est fendue d’un indispensable communiqué où elle dénonce «une violation manifeste du droit moral et des règles élémentaires du code de la propriété intellectuelle et de la protection du patrimoine». Interrogée avec gourmandise par France Info, elle a elle-même tenu à ajouter : «Qui sont ces gens qui s'arrogent le droit de dénaturer des œuvres ? Ça arrive dans une ville Front national, on vient bien le mépris avec lequel certains élus Front national tiennent l'art et la culture».
N’étant pas daltonienne (je crois), elle n’a quand-même pas osé reprendre le propos de l’artiste outragé : «Le bleu utilisé est très proche de celui du logo du Front national»…

J’attends avec impatience les attendus et le jugement de la justice administrative…

4 commentaires:

  1. Et comment y boit-on à cette fontaine? Et où pose-t-on le seau qu'on veut y remplir?
    Si j'étais la nouvelle municipalité, j'aurais avisé l'artiste précédemment local que sa fontaine avait été peinte par un artiste nouvellement local (par ailleurs employé communal).

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  2. pour outrager ainsi une œuvre d'art il eut fallu que chacun fut convaincu que c'était de l'art.
    demain il peindront le tuyau en rouge et la pierre en blanc et ce sera comme le drapeau bien français , quand on vend son œuvre elle n'est plus a soi et le client fait ce qu'il veut! sinon comment accepter qu'on repeigne la cuisine décorée par un artiste a la mode quand la peinture est défraichie, ou rétrécir la robe de chez chose quand on maigrit.
    ce bazar c'est pas une peinture ni même une vraie sculpture le mec a récupéré des trucs a la décharge et les a collé les uns a coté des autres ...il n'a rien fait lui même et n'a surement pas pondu l'oeuf , qu'il a acheté a un fabricant , car on en trouve partout !
    et le Romain qu'a sculpté le caillou il a demandé un dédommagement a l'artiste ? sa famille devrait se manifester !Il a outragé l'art greco romain je crois .
    font suer tous ces artistes en causerie et ineptie !

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  3. Dans mon bled, la municipalité a édité des plaquettes "Plan Graf", avec le logo de la ville, ce qui permet à la diversité de s'exprimer au tag sur des pans entiers de murs. C'est post-moderne et laid, des smoke et autres spliff s'enroulent autour de trompe-l'œil grossiers de ruines ou de jungle... Ils n'ont qu'à faire pareil, là-bas !

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  4. kobus van cleef30/07/2014 21:32

    Ha, si le bleu utilisé est très proche de celui du logo du FN, c'est un cas pendable...
    J'aimerais en être car, le mépris dans lequel ces "gens là" tiennent les zartiss comptantpourien et la Kultur, ce mépris je le partage....
    Faut dire que je suis un gredin, mais bon, je rallie des gens à ma cause...
    Imaginez un peu que j'ai réussi à faire douter ma femme ( et pourtant, hein, c'est dur) de l'unicité et de la magnificence de soulages
    En lui disant "avec un râteau et du goudron frais, je fais pas pire" puis en stoppant la ouature familiale devant le camion qui collait des rustines sur la chaussée et en empoignant une pelle, à l'ébahissement des manars ( ça m'a couté une paire de grolles définitivement saloppees par le goudron)

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