"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

jeudi 25 février 2016

Elisez-moi, Elysée-moi !



Il n’est pas si étrange que ça que ressorte ces derniers jours, ici et là, l’idée de déménager la résidence et les services de la Présidence en des lieux plus adaptés que le palais de l’Elysée, ci-devant hôtel d’Evreux avant de porter d’autres noms ensuite. Sous le Directoire, il a même hébergé en son rez-de-chaussée un café-concert avec "serveuses montantes"…
Résidence officielle assignée au Président de la République depuis 137 ans, il est vrai que cette boutique ne correspond plus aux besoins d’aujourd’hui. De Mac-Mahon à René Coty, le locataire inaugurait surtout les chrysanthèmes et y recevait les invités de marque de la République ; l’exercice du pouvoir revenant à Matignon en des temps où l’Etat était d’ailleurs diantrement moins tentaculaire. Ça a changé avec la V° gueuse, encore que sous De Gaulle (puis dans une déjà moindre mesure sous Pompidou) l’exécutif était encore largement à Matignon. Ce n’est vraiment que sous Giscard puis surtout Mitterrand que le Président a pris la main sur tout en contradiction avec la Constitution (un "coup d’Etat permanent" donc…) qui stipule que "le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation"…D’où la nécessité de doter l’Elysée d’un staff de conseillers doublonnant à tout va avec les équipes de Matignon… Bref, il suffit de lire "Scènes de la vie quotidienne à l’Elysée" (sous Sarko) de Camille Pascal pour réaliser le manque de place, les pertes de temps et les guerres picrocholines pour s’emparer d’un bureau mieux placé ; si tant est qu’on puisse appeler bureaux des soupentes de grenier situées à des hectomètres de labyrinthes de coursives et d’escaliers de service du supérieur hiérarchique qui vous appelle à tous moments…
De Gaulle, déjà, en bon militaire éteignant la lumière quand il quittait une pièce, avait évoqué en 1959 l’idée de déménager pour le château de Vincennes. Et Giscard aurait bien voulu trouver quelque chose de plus moudern… Mais ils ont très vite renoncé.

Cette indispensabilité du palais de l’Elysée tient beaucoup au fait qu’après avoir guillotiné son Roi dans un moment d’égarement et de psychodrame gore, le peuple français reste, de tous les peuples européens, peut être bien plus que les Rosbifs, le seul à conserver dans ses tripes la nostalgie de la pompe monarchique apte à guérir les écrouelles. Les ors et les tapisseries du Grand Siècle sont donc pour lui des attributs nécessaires à l’exercice de la fonction présidentielle qui a remplacé le Roi dans l’inconscient populaire.
Regardez la nouvelle chancellerie allemande ; béton, verre et acier, on dirait un musée d’art contemporain, ou une annexe de… Bercy.
Regardez, dans un autre genre, le 10 Downing Street… Chez nous, cépapossible !

Il n’est pas si étrange que ça ressorte maintenant, disais-je. En effet, sous quel type de président et pour quel type de Président les Français pourraient-ils se résoudre à l’idée de transférer les services de la Présidence à Marne-la-Vallée et le logement de fonction du chef dans une meulière à côté ? Il n’y a qu’avec celui qu’on a actuellement pour encore quatorze mois !  

Ah oui ! Passons aux anecdotes de comptoir qui agrémentent l’histoire de l’Elysée. Nous savons tous, mais c’est toujours bon de le rappeler, qu’en 1899 Félix Faure a clamsé à l’Elysée dans l’exercice de euh… ses fonctions son mandat. Tout franc-mac qu’il était, en ces temps où la laïcité fermait encore parfois les yeux, on dépêcha dare-dare quelqu’un chercher un prêtre à la paroisse la plus proche pour lui donner les derniers sacrements. Le brave abbé, courant essoufflé derrière le garde républicain qui le précédait dans les couloirs, interrogea son guide : "- Le président a-t-il toujours sa connaissance ?" - "- Non, Monsieur le Curé. On l’a fait sortir par la porte du jardin"… Et comme le rappelle Nicolas Domenach sur Challenges.fr, Clémenceau qui n’en ratait pas une aurait dit : "Il voulait devenir César, il finit Pompée !"...
[* Selon certains historiens il s’agirait d’une légende : Félix Faure présentait des signes de tachycardie. Sortant d’un entretien politique houleux  (sur l’affaire Dreyfus) qui l’avait exaspéré,  il n’aurait ensuite passé que quelques minutes avec sa maîtresse avant de défaillir et de rejoindre son bureau où il serait mort entouré par sa famille et son médecin. La presse aurait brodé.]

En revanche, l’article de Nicholas Domenach m’en apprend une autre que j’ignorais : Le premier et unique Président de l’éphémère II° République qui ne dura que quatre ans, premier occupant des lieux, Louis-Napoléon Bonaparte donc, pas encore Napoléon III qui émigra aux Tuileries, avait installé sa maîtresse à quelques encablures de l’Elysée. Très exactement rue du Cirque… Mais il n’avait pas de scooter…


1 commentaire:

  1. La presse de l'époque surnomma également "la connaissance" du président "la pompe funèbre"...
    Si vous voulez une autre anecdote sur Félix Faure, en voici une :
    Le président, un beau jour, vérifie les comptes secrets. Il tombe sur une note "Bordeaux, 20.000 Francs". Il s'en étonne, se renseigne :
    "-Qu'est-ce que cela ?
    -Eh bien, m. le président est bien allé à Bordeaux le mois dernier ?
    -En effet, très belle ville, très bon accueil, excellent esprit républicain...
    -C'est 20.000 Francs."
    Cette histoire conjuguée à votre analyse sur la nostalgie royaliste des français m'a fait penser à une savoureuse réplique de la reine Elisabeth II. Venant en France pour une commémoration du Débarquement, au début de son règne, elle reçut un chaleureux (et surprenant pour un chef d'état étranger -même un chef d'état tout court-) accueil des Normands. "Quoi de plus naturel, dit-elle narquoise, après tout, je suis leur duchesse !".
    Antiloque

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