"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mardi 7 juillet 2015

Allez vous faire négocier chez les Grecs…



Que ce soit à l’ENA ou dans les couloirs de Solferino, on n’apprend pas les règles les plus élémentaires de la négociation. Je sais, aucun de ces guignols n’a mis les mains dans le cambouis pour diriger une PME ou quoi que ce soit de ce genre en se coltinant des clients madrés, des fournisseurs futés et des banquiers qui ne vous suivent qu’après vous avoir fait les poches. Mais tout de même ! On aurait pu croire qu’étant arrivés "aux affaires" à force d’avoir tué les copains, ils avaient fini par combler sur le tas les lacunes de leur "formation initiale" généralement payée par nos impôts. Ben non. C’est sans doute dû aux CV qu’ils ont tous et qui se ressemblent. Qu’ils soient tombés directo de l’ENA ou de la rue d’Ulm dans les cabinets ministériels ou qu’ils aient trouvé leur premier emploi comme attaché parlementaire en sortant d’une Sciences Po de province, c’est pareil : Depuis lors, ils ont toujours eu en face d’eux, dans les collectivités, les préfectures et les ministères, des fonctionnaires zélés et obséquieusement soucieux de leur carrière prêts à leur mâcher le travail, à éviter de les contredire et à tenter souvent de rattraper leurs conneries.
Et une fois qu’ils sont arrivés au point d’être ce qu’on appelle avec indulgence "l’exécutif" ou d’avoir la chance de tourner autour de près, le décorum des palais nationaux et les huissiers à chaînes et gants blancs ne facilitent pas de salutaires remises en question.   

De quoi je cause ? Ben des réactions de nos dirigeants à la grandiose claque que les Grecs ont flanquée dimanche à toutes les instances de l’Union Européenne, qu’il s’agisse de la Commission, du Conseil Européen, de l’Eurogroupe ou de la majorité du Parlement.

Alors même que le politique – voire le social – ont été exclus du champ de ce que sont les fins dernières de l’Union Européenne et que seules les sujets économiques, financiers et commerciaux sont des objectifs convenables, il est curieux que les négociants fassent tant défaut aux manettes de ce boxon.

Regardez-les. Je n’évoquerai que pour mémoire parce que je suis bon notre Président Pédalonaute. Après avoir eu au téléphone (longuement… dit-on) la maîtresse d’école Merkel, Tsipras, Junker, le belge, je ne sais qui d’autre et même Poutine, il a pondu hier un communiqué officiel qui se résume à ceci : "- J’en appelle à la solidarité. Il y a urgence pour l’Europe, urgence pour la Grèce". Autant dire un enfilage de mots creux qui n’engagent à rien. Le seul signal qu’envoie peut-être cette déclaration d’une vacuité sans nom est à usage de politique intérieure en prévision des Présidentielles : "Le Président est au-dessus de la mêlée" et –en creux- "que Valls s’en démerde"… Mais ce n’est pas le sujet et je m’égare.

Et que dit Valls justement ?  "- La zone euro doit rester cohérente et fiable (...) La France est convaincue que nous ne pouvons pas prendre le risque d’une sortie de la Grèce de la zone euro" Et il résume :
"- La France fera tout pour que la Grèce reste dans la zone euro"

Vous avez bien lu. Passons sur l’affirmation que la zone Euro est "cohérente et fiable". C’est de l’intro lyrique. Que nous ne puissions "prendre le risque" est en revanche déjà plein d’enseignement. Mais le plus important, la seule chose qui compte, c’est "La France fera tout pour que la Grèce reste…"
Elle fera tout. Lui fera tout et nous – vous et moi – feront tout ce qu’il faut pour.
Bessif…

Les autres de tous bords ne valent guère mieux. Même Juppé qui dit aux Grecs : OK les gars. On va vous aider à sortir. Alors qu’ils n’ont pas encore avancé ce pion-là dans la négo…

Bref, on en viendrait presque à regretter la vieille méthode du "ce qui est à moi est à moi, ce qui est à vous est négociable" chère à Staline ; d’autant qu’elle est toujours pratiquée de par le monde, pas seulement par nos syndicats mais aussi par la Chine et bien d’autres encore…

Quoi qu’il en soit, ce qui est dit est dit : Bien sûr, on y mettra les formes et ça prendra du temps. Mais avant même de revenir s’asseoir à la table de négociation l’assurance est donnée aux marchand de tapis d’Athènes que, quoi qu’il arrive, petit morceau par petit morceau, on finira par céder tout ce qu’il faudra céder pour le garder dans l’Euro quoi qu’il en coûte…
A lui de jouer…  Au jeu du chat et de la souris, il sait désormais que, s’il le veut, au final ce sera lui le chat. Et en changeant de ministre des finances, il montre qu’il sait aussi mettre les formes quand il faut…

Et nous, avec un ministre des finances de la France – un des poids lourds de l’UE - qui ne trouve rien d’autre à dire que de comparer SYRIZA au FN, on a tout compris quand à la capacité de nos dirigeants à peser dans la négociation…

Timeo danaos et dona ferentes  


3 commentaires:

  1. Affligeant en effet, je me faisais les mêmes réflexions. Mais il y aurait eu pire avec cette pensée magique de notre Président, émise hier soir tardivement et repris par tout twitter: " le court terme n'est valable qu'à moyen terme..." C'est pas de la balle, ça ? !

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    1. P'tain le con ! Je ne regarde jamais les infos à la télé et j'ai raté ça !
      " le court terme n'est valable qu'à moyen terme..." Faut que j'en fasse fissa un court billet.
      Merci pour l'info.

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    2. @à noter quee cette reflexion de notre grand président n a été passée qu une fois sur BFM et itélé puis Kouik ! plus rien !

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