"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

lundi 11 août 2014

Des sanctions et du chien de sa chienne…



Benoît Rayski, écrivain, historien et journaliste, chroniqueur régulier chez Atlantico, me réjouit souvent tant il oscille de façon parfois inattendue entre le bon sens le plus évident et le crétinisme le plus convenable… Aujourd'hui, ce serait plutôt le crétinisme... L’embargo décrété par Poutine sur les produits agro-alimentaires européens lui donne ce matin l’occasion de se gausser à peu de frais de l’ours russe, ce grand dadais à la fourrure mitée même pas foutu de fournir sa population en pommes et qui en serait réduit à promouvoir ses putes pour alimenter en devises sa Crimée miséreuse et sous-développée…

Ça le fait marrer à bon compte. Moi, ce qui me fait marrer, c’est le communiqué de l'Elysée : "Compte tenu de l'importance des exportations européennes et françaises de produits alimentaires vers la Russie, le Président de la République a assuré que des contacts étaient en cours avec la Commission européenne pour que les conséquences directes et indirectes de cet embargo soient évaluées avec précision afin de prendre des mesures adaptées à la gravité de la situation"… Quand on chatouille l’ours, il finit par réagir, fallait p’têt’e y penser… Et même qu’il est capable de réagir intelligemment… Le pavé de l’ours de la fable peut être astucieusement proportionné

A l’instar du maître d’école infoutu de tenir sa classe qui flanque des punitions au mauvais élève sur ordre du dirlo, le collaborateur du soft-impérialisme américain qu’on appelle l’U.E. prend des sanctions contre l’ours. Bon. Des sanctions qui font mal : des embargos sur les technologies indispensables à son développement économique, mais aussi, surtout, l’interdiction aux banques russes de se refinancer auprès des banques et des marchés occidentaux pour accompagner l’investissement productif…
Et notre Rayski de relever que la Russie se garde bien de répliquer en nous coupant le gaz, comme si la Russie ne pouvait réagir qu’en utilisant bestialement le pavé de l’ours.

Ben non. Poutine nous renvoie un chien de sa chienne que l’on n’attendait pas.

Alors Rayski de se gausser : "Voilà le plus grand pays agricole du monde obligé d'importer de quoi donner un peu à manger à sa population." Pour lui, Poutine ne fait que montrer au monde que l’ours est incapable de nourrir son peuple et qu’il n’a rien trouvé de mieux que d’accroître ses souffrances !
Voilà un historien à qui ni les guerres napoléoniennes, ni la guerre hitlérienne à l’Est, ni les génocides staliniens n’ont fait prendre conscience de la capacité de résilience de la Rous… Il n’y aura plus de pommes polonaises, de tomates hollandaises, de bidoche allemande et de courgettes françaises dans les rayons des supermarchés ? Et alors ? Le Russe s’en démerde, il a l’habitude… (*)
Imaginez, en revanche (hypothèse d’école…) que l’U.E. en vienne un jour à décréter l’embargo sur l’importation de produits textiles et numériques d’Asie ? Que l’acuraba de chez nous trouve les rayons vides chez Kookaï, la Redoute, Kiabi, Boulanger et Micromania ?  Je vous laisse me faire un dessin…

La Russie a donc fermé ses frontières à notre bouffe. Pour un an en attendant de voir. Et aussi sec, le jour même, les gros camions semi-remorques pleins de produits périssables ont dû faire demi-tour à la frontière. C’est beau un pays où les décisions de l’exécutif sont exécutées sans barguigner. Oui, ça existe. Et même si ça existe aussi chez nous (sur le papier seulement vu qu’on est un Etat de droit), on l’avait un peu oublié…

Ce faisant, ce sont :
- Sur une année pleine pour l’E.U. 8,8 milliards de dollars d’exportations qui s’évaporent, dont 1,4 milliards pour notre balance commerciale française (contre seulement 1,5 milliards pour les USA qui nous ont poussé dans cette galère…)
- Ces 1,4 milliards sont pour nos producteurs et notre industrie agroalimentaire un manque à gagner bien supérieur à leur marge…  
- Les produits en cause ayant perdu leurs débouchés, leur production se trouve en surcapacité.
- Les Espagnols et les Italiens, notamment, se trouvent dans la même situation de surcapacité (perte de 1,3 milliards d’export chacun), principalement sur les mêmes segments de marché que nous avec souvent des positions concurrentielles plus avantageuses que les nôtres en matière de prix. Ils ne vont pas se gêner pour tenter de déverser leurs excédents chez nous…
Bref, on a là tous les ingrédients pour provoquer un effondrement des prix par excès d’offre sur la consommation, avec faillites et licenciements en cascade. C’est le schéma classique d’une déflation d’ores et déjà en route et dont même nos amateurs gouvernementaux commencent à prendre conscience.

Cerise sur le gâteau, outre l’impact négatif sur l’upsilonesque croissance, l’emploi et les recettes fiscales, nos a-gouvernants français et européens vont se trouver contraints d’apporter "une attention particulière aux producteurs de fruits et légumes, et éleveurs qui rencontrent déjà des difficultés de marché" en gérant cette crise à coup de rétentions de productions, de constitutions de stocks du genre "beurre communautaire" que l’on a déjà connu et, évidemment, avec les indemnisations et autres déductions fiscales pour soutenir les producteurs, toussa faisant super bien dans le tableau des déficits publics et des niveaux de la dette…

Ça, c’est pour le court terme… Entre-temps, l’ours ne sera pas resté à se tordre les doigts devant les rayons vides du Goum. Il aura diversifié ses fournisseurs, en Chine et ailleurs, en Asie comme en Amérique du sud et en Afrique…
Un jour viendra, forcément, où l’embargo sera levé. Il le sera lorsque nous aurons levés les sanctions…
Ce jour-là, ce sera du jour au lendemain qu’ils recevront de nouveau notre technologie et que leurs banques pourront jouer partout. Quant à nous, il nous faudra sacrément mouiller la chemise pour reprendre pied sur les parts de marché perdues à récupérer; peut-être…

Rayski trouve ça hautement comique.

Poutine, lui, ébauche un soupçon de sourire entre ses lèvres minces. Il n’a pas tort.   












(*) Bien sûr, le Monde  nous parle déjà de panique à Moscou par peur de la pénurie, voire de renversement du régime par des émeutes de la faim...

9 commentaires:

  1. Puisque nous asticotons Poutine sur l'ordre d'Obama, il serait logique de lui demander de nous rembourser le manque à gagner occasionné par les sanctions que nous devons subir.
    C'est juste une idée comme ça.

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  2. C'est la première fois que je laisse un commentaire et pourtant je vous lis depuis longtemps. Contente que vous parliez de l'Ukraine alors que nos "merdias" peuvent postuler pour le premier prix "Orwell". J'espère aussi que le site "les crises.fr" peut aider à faire comprendre combien nous sommes désinformés.
    A diffuser largement parmi la "réacosphère".
    Merci

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  3. Transformer l'Europe en caniche des USA est bien léger. Avant de suivre quiconque encore faudrait-il s'assurer qu'il a une idée d'où il va et que la direction choisie, si elle existe, est la bonne...

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  4. Le Monde commet une bourde en dévoilant par anticipation une agitation forcément "improvisée et très spontanée" qui se développera à St Saint-Pétersbourg et non à Moscou.

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  5. kobus van cleef12/08/2014 08:42

    Vu dans Charlie hebdo, poutine semi sérieux, disant "j'arrive pas à me sortir de la tête l'air de la chanson mistral gagnant"

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  6. Quand il lèvera l'embargo Poutine lèvera aussi son fouet pour faire marcher aux pas l ' EU ,

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    1. kobus van cleef12/08/2014 19:00

      Si c'est un russe, le fouet s'appelle nagaika ( avec un tréma sur le i)

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    2. Ce n'est pas knout ?!? On m'aurait enduit d'erreur?

      Popeye

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    3. kobus van cleef04/10/2014 14:30

      nagaïka c'est le fouet des cosaques
      c'est dans cholokof "le don paisible"

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