"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

vendredi 29 mai 2015

Voir Palmyre et mourir…



Je me vois encore à Palmyre. Il y a vingt-deux ans de ça… J’avais alors la chance de loger quelques nuits dans le vieil hôtel d’allure coloniale, le seul dans l’oasis au plus près des ruines ; pas dans l’espèce de motel en béton blanc sans âme "des touristes" à la sortie de Tadmor, le bled moderne. Je me revois surtout le soir où j’étais parti à pieds grimper jusqu’au "château arabe", le Qalat ibn Mann qui domine le site. J’y étais allé pour avoir une vue générale de la cité de la bien fugace reine Zénobie, site immense, plus grec que romain avec ses canalisations en pierre et non pas en terre cuite. J’y allais non seulement pour avoir une vue générale, mais surtout en présageant le spectacle, unique et changeant, qu’allait m’offrir jusqu’au crépuscule le jeu doré du soleil couchant sur les pierres et les colonnes. Je n’ai pas été déçu… 

Hier, tant qu’à faire, les tueurs de l’Etat islamique ont profité des gradins du théâtre romain du lieu pour que la foule qu’ils y avaient rassemblée manu militari profite dans les meilleurs conditions visuelle et acoustique de l’égorgement de vingt civils chiites et alaouites prévu en lever de rideau…   

Si mon âge en est désormais une, ce n’est pas la principale raison qui fait que je ne verrai plus Palmyre. Et bientôt personne d’autre d’ailleurs…

Et cela m’a ramené en pensée vingt ans encore auparavant, en Afghanistan : Je me revois encore à Bâmiyân avoir pu grimper sur la tête d’un des trois Bouddhas taillés dans la falaise. Ceux-là non-plus on ne les reverra plus. Ça fait déjà 14 ans que les Talibans les ont réduits en poussière à coups de canon… Depuis, les mêmes causes produisent les mêmes effets mais nous savons bien que ça n’a rien à voir

C’est bien sûr l’actualité causant de Palmyre qui m’a fait repenser à toussa avec un peu plus qu’un brin de nostalgie et de regret de voir disparaître, hier et bientôt demain, ces morceaux de patrimoine. Mais ça n’aurait sans doute pas suffi pour justifier un billet purement sentimental.

Hier soir, j’ai lu chez Tak un texte d’un certain Joseph Mann. Parfois brutal comme un coup de poing, parfois excessif, paradoxal, voire contradictoire, ce brûlot m’a fait réfléchir. Il s’intitule "Palmyre contre Palm-beach"  C’est et je vous invite à le lire. J’insiste. C’est même un ordre…  


5 commentaires:

  1. Vos billets, Monsieur P.E, sont bien souvent édifiants; celui-ci en est un et je vous en remercie.
    J'ai lu, grâce à votre lien, l'article de tak.fr: j'en reste troublé.
    Evoquer avec grâce notre lourdeur et avec beauté notre laideur ne laisse pas indifférent.
    Ainsi que pourrait dire Hashtable, notre monde est foutu.
    J'en ai, certainement moi aussi, une part de responsabilité, par désinvolture peut-être...
    Mes amitiés.

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  2. j'ai suivi ton conseil, c'est effectivement un bel article, parfois très excessif et souvent très juste !

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  3. Dans les deux decennies passée deux images m ont de manière égale profondément bouleversé: les twins towers en feu et la destructions des boudhas de Bâmiyân.

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  4. Vous voulez parler de l'hotel construit autour des bains d'eaux chaudes ??

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    1. Le septuagénaire que je suis ne se souvient pas des bains d'eau chaude. En tout cas, c'était un petit hôtel vieillot dans la palmeraie avec une douzaine de chambres... J'avais 48 ans à l'époque (et seulement 27 à Bâmiyân...)

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