"Si la capacité des cons à s'auto-éliminer ne doit pas être négligée, la volonté effarante du monde moderne et de l'Etat-providence à les sauver rend vain tout espoir de sélection naturelle"

mercredi 16 octobre 2013

Les derniers feux du crépuscule...





Une fois passé au scanner des experts les plus avisés, le garçon s’était révélé aussi prometteur que Paul Gerbé l’avait soupçonné. Ce dernier décida alors d’être son Pygmalion, de formater à sa main ce Schemeun qui était encore assez jeune pour qu’il puisse le reprendre à zéro et le modeler à sa façon. Il était persuadé d’avoir trouvé là le futur mâle dominant qui saura poursuivre son œuvre diabolique. Et qui sera aussi le bras armé, la prothèse, dont il aura besoin pour continuer à tout contrôler jusqu’à la fin en dépit de son vieillissement inéluctable… mais encore lointain… Il est vrai que l’implacable mécanique cérébrale de Gerbé commençait à être un peu embrumée par l’âge…

On ne résiste pas à Paul Gerbé. Et tout alla très vite. Il n’y a pas que chez les Romanichels que certains vendent leurs enfants ou en louent l’usage. Solveig Sweborg se retrouva manager d’une des galeries d’art les plus en vue d’Upper East Side. Quant à Edmond Zorglub, il décrocha contre toute attente la sinécure de chef du Bureau du financement des industries culturelles au Ministère de la Culture, à la seule condition expresse de ne pas traîner son épouse dans les cocktails officiels. Sabrina divorça l’année suivante.

On ne s’étendra pas sur la formation dont bénéficia alors Schemeun. Tout à la fois scolaire et déjà universitaire, idéologique et dialectique, financière et commerciale, littéraire et artistique, accélérée et approfondie, elle lui fut dispensée par les meilleurs professeurs des écoles les plus cotées. L’élève était brillant et son adolescence peut se résumer ainsi :
- A quatorze ans, "vu son éloignement et l’absence de parent 2" le juge des affaires familiales avait accédé à la demande de sa mère d'en confier la tutelle à Paul Gerbé.
- A quinze ans, il s’installa définitivement chez son mentor. On jasa, mais seulement dans des milieux mal intentionnés qui ne comptaient pas. Et il obtint son bac cette année-là, avec mention TB en candidat libre.
- A seize ans, il était émancipé et Gerbé commença à imposer sa présence muette aux réunions de travail et conseils d’administration de ses affaires.
- A dix-huit ans, son adoption simple par Gerbé passa pour une simple formalité. Il maîtrisait alors déjà tous les arcanes des affaires du vieux et les subtilités de sa Fondation. Laquelle, à l’instar de Jacob et Delafon ou BNP-PARIBAS s’appelait toujours Fondation Paul Gerbé et Yvan Saint-Lolgenre.

Mais le temps passait en faisant son œuvre.
- A vingt ans, Schemeun appréhendait chaque jour que Paul se prenne les pieds dans le tapis avec son déambulateur. Et, lorsque celui-ci tenait encore à assister à une réunion de conseil d’administration, il veillait toujours à rectifier lui-même son nœud de cravate et à lui essuyer les lèvres avant de pousser le fauteuil roulant dans la salle…
Oui, à vingt ans, c’était désormais lui, Schemeun Sweborg, qui gérait la fortune du vieux, qui arbitrait les placements, décidait les investissements et contrôlait l’affectation des fonds de la Fondation. Et cela en s’entourant de juristes, de financiers, de consultants en marketing et de conseillers en opinion qui ne s’inscrivaient pas toujours dans la ligne souhaitée par la mouvance.
La "mouvance" ? L’ensemble informel d’individus constituant la clientèle de la galaxie Paul Gerbé. Il y avait certes là des gens brillants, notamment dans le tour de table de la Fondation. Mais leur éclat ne tenait qu’aux projecteurs complaisamment braqués sur eux et Gerbé ne les utilisait que pour amuser la galerie. La plupart étaient en effet aussi vains et creux que les seconds couteaux gravitant autour. Souvent issus des nurseries entretenues par la fondation ou d’autres pépinières de cons comme Uneffable-Idée, ces seconds couteaux étaient rarement foutus d’intégrer le secteur marchand. Ils constituaient une armée de parasites subventionnaires vivant grassement sur la bête, rémunérés par des associations sans contenus mais chouchoutées par les médias car porteuses de légitimes nouvelles revendications d’avancées sociétales.

Schemeun restait très respectueux de la ligne idéologique promue par la Fondation. Mais, soucieux d’efficacité, il n’hésitait pas si nécessaire à retirer son soutien à tel groupuscule dès lors qu’il en estimait le rendement nul, voire contre-productif. Ce que Paul, de plus en plus amorti, avait fini par  renoncer à faire. L’aigreur de la mouvance à l’égard de Schemeun devint palpable lorsqu’il laissa tomber les Fémènnes, micro-bidule hystérique en déclin trop longtemps maintenu à bout de bras. Ces pétasses n’arrivaient plus à recruter du sein neuf et les "sauteries" d’un stock en dépréciation rapide n’émoustillaient plus personne.    

Chacun dans la mouvance craignit alors de perdre un jour sa propre sinécure…   

( à suivre... )

5 commentaires:

  1. kobus van cleef16/10/2013 22:39

    Alors c'est une femmène qui l'a flingue ?( avec un accent aigu, mais la tablette ne le fait pas....)
    Ou alors une responsable d'une assoce spoliée ?
    Dites pas que je me goure

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    1. Ne croyez-vous pas que ce serait trop simple ?
      Vous m'avez l'air bien pressé que j'en finisse (moi aussi peut-être...)

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  2. kobus van cleef17/10/2013 11:05

    Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

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    1. Kobus, cher ami, je vous aime bien mais je viens d’interroger ma Direction pléonasiquement réunie avec moi-même et la conclusion est sans appel : Nous agréons les commentaires, remarques, critiques et observations sur notre production "littéraire", mais refusons de publier ici, au-delà de 350 signes et espaces, les ébauches de feuilletons inédits produits par des tiers, aussi "intéressants" soient-ils. Et gratos en plus ! (en ces temps de crise, n’est-ce pas ?)
      Pour ce genre de feuilleton, nous vous invitons donc à les publier sur une maison d’édition qui vous soit propre où nous les lirons avec beaucoup d’intérêt.
      Bien entendu, ceci étant clair entre nous, il va de soi que nous comptons continuer à répondre à vos attentes comme à celle de notre vaste clientèle. Veuillez croire, blabla, etc.

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    2. kobus van cleef17/10/2013 18:20

      350 signes, ça fait pas lourd
      me voici fort déçu
      Gare à vous si je retrouve l'idée sous une autre forme dans le feuilleton de la vie de Scheumen......nous irions sur le pré....

      Tiens, ça ne se fait plus, ça,en Afrance, aller sur le pré, on peut injurier les gens sur touitere comme l'assistant parlementaire du sénateur machin ( voir le blogueu de Koltchak),mais aller causer avec du fer à la main, entre 4 témoins, aux tristes aurores, c'est passé de mode chez l'élite....
      Faut dire que c'était une tradi de gens qui se piquaient d'honneur, ce qui, est un peu incompatible avec les termes"élites" et "actuelles"

      Pensez vous que je devrais ouvrir un blogueu ?
      Mais j'aurais jamais la patience, voyons !

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